Arrière-goût de guimauve

Ma douce m'a glissé avec toute cette belle diplomatie qui la caractérise qu'elle me trouvait un brin guimauve dans mes chroniques depuis un moment. «J'aime ça quand tu fais une montée de lait, que tu te choques ou que tu nous parles des affaires qui te tapent sur les nerfs.»
C'est la même fille qui me reproche de temps à autre (pas si souvent mais quand même) ma mauvaise humeur, mon impatience et mes élans de colère quand il y a une sacrement de bébelles qui fait pas sa job de sacrement de bébelles ou quand il y a un membre de la communauté des tatas qui se distingue tout particulièrement de ses congénères.
Faque, je résume, la fille qui me répète de ne pas me choquer me demande tout à coup de le faire.
Avouez, juste ça, c'est assez pour amener une personne normale à pogner les nerfs.
Une personne normale, oui. Moi non.
Pas parce que j'ai bon caractère ou que je suis particulièrement zen.
Ben non.
Juste par esprit de contradiction.
On s'entend, y en a 15 à la douzaine des occasions de s'arracher les cheveux d'incompréhension, d'irritation ou de désespoir de la race humaine. À la seconde, là. J'veux dire tu regardes d'un bord: 15 à la douzaine. Tu te vires de bord: 15 à la douzaine. Tu te dévires encore une fois juste pour voir: même maudite affaire. Tu te mets la tête dans le sable: y en a 100 fois plus... pis en plus tu te retrouves face à face avec tes voisins que t'évites depuis des années.
T'sais, les journaux, les bulletins de nouvelles pis les medias sociaux débordent d'affaires pour te faire pogner les nerfs pis te chasser la bonne humeur à grands coups de pied dans le derrière. Pis le pire, c'est encore tout ce dont on ne parle pas "parce que c'est pas des sujets qui intéressent le lecteur/auditeur/téléspectateur".
Ça y est, j'suis en train de me pomper. Encore 45 secondes comme ça pis je pourrais animer du talk-radio.
Mais non. Je respire. Vous ne m'aurez pas. Ni vous, ni votre porte-parole anti-guimauve. Je suis zen et je le reste.
Tiens, c'est dans une toune de Delerm:
Vous semblez aller bien,
Vous n'êtes pas révolté
Alors, tout vous convient
Dans notre société?Réponse (toujours dans la toune):
C'est pareil, c'est sûr, on vit sûrement une époque qui a des défauts
mais qui a aussi des qualités,...
***
Ben c'est ça. Je les vois les défauts. Pis j'en parle des fois aussi. Mais là, qu'est-ce que tu veux que je te dise, j'suis dans cette espèce d'état de reconnaissance totale envers la vie, j'ai comme pas le goût de chiâler dessus.
Ça t'emmerde?!
Prends ton mal en patience, ça va inévitablement revirer de bord un moment donné. Ça doit être pour ça d'ailleurs que je tiens tant à en profiter.