Contrairement à lors du premier débat, le chef de la CAQ François Legault «a particulièrement bien fait» lors du face-à-face présenté à TVA jeudi, estime Isabelle Lacroix, professeure à l'École de politique appliquée de l'UdeS.

Analyse : se préparer à «faire sortir le vote»

Si les couteaux ont souvent volé bas cette semaine entre les chefs de parti, l'objectif pour les partis sera de «faire sortir le vote» pour cette dernière semaine de campagne électorale qui s'amorce.
<p>Isabelle Lacroix</p>
«Ce qui est inévitable, c'est de faire sortir le vote», indique Isabelle Lacroix, professeure à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.
La question de l'éthique et de l'intégrité a été largement soulevée cette semaine : le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) se sont renvoyés la balle sur cette question, que ce soit à propos des contacts avec l'UPAC, des nominations partisanes... Or, difficile de dire qui peut se poser en champion de l'intégrité, estime Isabelle Lacroix.
Difficile de poser un constat à ce moment-ci, car l'UPAC et la commission Charbonneau n'ont pas terminé leur travail. «Sur cette question-là, il est trop tôt.» Les électeurs, à ses yeux, sont en mode solution : ils veulent savoir ce qui va se passer à partir de maintenant.
À la limite, si on voulait absolument apposer cette étiquette, il faudrait l'accoler à la Coalition Avenir Québec (CAQ) ou à Québec solidaire (QS)... qui n'ont jamais été au pouvoir.
Le chef du PLQ Philippe Couillard avait demandé à ses adversaires politiques de divulguer leurs états financiers, un exercice auquel il s'est lui-même livré. Or, Radio-Canada a révélé qu'il avait eu un compte dans un paradis fiscal. Est-ce que cette pratique légale pourrait toutefois influencer la perception des électeurs? Même si cette tactique s'est un peu retournée contre lui, on peut penser «qu'on est dans une logique de renforcement des préférences», juge Mme Lacroix. En somme, ceux qui appuient déjà le PLQ, par exemple, ne changeront pas d'idée.
Si les termes «salissage» et «boue» ont souvent été utilisés cette semaine pour décrire la campagne, le ton s'est avéré tout de même assez posé, jeudi soir, lors du face-à-face présenté à TVA.
«Compte tenu de la semaine qu'on a eue, on aurait pu s'attendre à un débat injurieux. Les quatre chefs ont été très combatifs, mais il n'y a pas eu de débordements. La question de l'éthique est la plus dangereuse en termes de dérapage. Ce sont des thèmes qui appellent à l'émotivité, le risque est plus grand.»
Les chefs du PQ, du PLQ et de la CAQ (la posture de Françoise David, coporte-parole de QS, étant différente) s'étaient sans doute dit qu'ils ne devaient pas s'emporter, car cela peut s'avérer coûteux. «Les Québécois n'aiment pas la chicane», résume Isabelle Lacroix, en faisant valoir qu'ils sont sensibles aux attaques personnelles. La thématique de l'éthique et de l'intégrité a été dominante, et il s'agit d'un dossier «nécessairement personnalisable» et il a justement été personnalisé, fait-elle valoir.
Contrairement au premier débat, le chef de la CAQ François Legault «a particulièrement bien fait», analyse Mme Lacroix. La formule à TVA semble l'avantager. «Les droits de parole fixes lui ont permis de prendre plus d'espace.» M. Legault était bien préparé et l'occasion pouvait se présenter comme étant «celle de la dernière chance». Même s'il est encore tôt pour s'avancer sur les répercussions, la professeure estime que cela pourrait à tout le moins permettre à la CAQ de stopper sa chute. Elle n'est pas convaincue, toutefois, qu'on assiste à un bouleversement des intentions de vote à la suite de l'exercice de jeudi soir.
Les étudiants, ce week-end, peuvent se rendre voter dans les différents lieux d'enseignement du Québec. Est-ce que cela aidera au taux de participation de cette tranche de la population? «Je le souhaite!» lance Mme Lacroix, en soulignant que leur comportement demeure difficile à prévoir. «Si les étudiants ne profitent pas de cette opportunité, je ne sais pas ce qu'on va devoir faire.»
Isabelle Lacroix, professeure à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke, commente les allures que prend la campagne électorale chaque samedi dans les pages de La Tribune.