La circonscription de Richmond sera à surveiller lors du scrutin du 7 avril. En 2012, l'annulation du prêt à Mine Jeffrey avait pris le dessus sur les enjeux nationaux, qui risquent d'être au coeur des préoccupations cette année.

Analyse : Mégantic et Richmond à surveiller en Estrie

NDLR : Isabelle Lacroix, professeure à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke, commentera les allures que prend la campagne électorale chaque samedi dans les pages de La Tribune.
En 2012, dans Richmond, « les enjeux locaux ont pris le dessus sur les enjeux nationaux », ce qui avait alors grandement favorisé la libérale Karine Vallières, commente Mme Lacroix. Elle fait allusion au fait que le Parti québécois (PQ) a annulé le prêt de 58 M$ consenti à Mine Jeffrey par les libéraux, suscitant la grogne au sein de la population.
Cette fois, la partie n'est pas gagnée pour Mme Vallières, même si certains électeurs en veulent sans doute encore au PQ. « Le temps ayant passé, les enjeux nationaux prendront le dessus. Ils auront envie d'entendre parler d'économie, de services publics de façon plus générale », croit Mme Lacroix. Les paris sont ouverts.
La situation s'avère très particulière dans Mégantic, de couleur rouge depuis plusieurs années. Là non plus, rien n'est joué. La candidate du PQ, Isabelle Hallé, directrice générale de la Chambre de commerce de la région de Mégantic, a été très présente depuis la tragédie du 6 juillet dernier.
Le PQ devrait aussi bénéficier de sa gestion de la crise : les analystes s'entendent pour dire que de façon générale, la crise a été bien gérée. « C'est venu à un moment où on s'interrogeait sur le leadership de Pauline Marois. On la voyait comme quelqu'un de très distant, de froid, et soudainement elle est devenue humaine... » Ces éléments pourraient avantager le PQ malgré la longue tradition libérale.
Et pour l'ensemble de la région? « À ce stade-ci, il n'y a toujours pas d'indice que la carte électorale pourrait véritablement bouger tant que ça », s'avance Mme Lacroix en indiquant que Richmond et Mégantic s'avèrent les deux « inconnues ». Elle rappelle que la campagne n'en est qu'à ses débuts et qu'elle peut influencer le choix des électeurs. Citant le professeur de l'UdeS Jean-Herman Guay, elle observe que le pourcentage d'électeurs qui avant la campagne maintiennent le même choix jusqu'au scrutin, sans même se questionner, est en diminution.
Certaines candidatures doivent encore être annoncées ici comme ailleurs au Québec.
Dans Saint-François, le député sortant Réjean Hébert a de bonnes chances de conserver son siège. « Il a été un ministre très solide du gouvernement Marois. » Le ministre de la Santé a été à la fois présent sur la scène régionale et nationale, « n'a pas abusé de la cassette » et il a réussi à faire avancer certains dossiers.
Quant au député péquiste de Sherbrooke Serge Cardin, il ne pourra profiter cette fois de la grogne contre Jean Charest, qui a été carrément délogé. Même s'il est un député peu flamboyant, M. Cardin bénéficie d'une bonne qualité d'organisation. « Il faut voir dans quelle mesure le départ de Jean Charest a pu déstabiliser l'organisation libérale... Ce n'est pas banal ce qui s'est passé. » On peut aussi se demander si les libéraux ont eu le temps de se réorganiser en un an et demi, une période somme toute courte.
M. Cardin fait face au candidat libéral Luc Fortin, qui compte s'installer dans la région.
Interrogée sur les faits saillants au national, Mme Lacroix ne peut passer sous silence le déclenchement même des élections, alors que le PQ n'a pas perdu la confiance de l'Assemblée nationale et qu'il a fait adopter une loi sur la tenue d'élections à date fixe. « Lors du déclenchement des élections, Mme Marois a refusé de répondre aux questions des médias. Elle a fait une erreur stratégique. » Toutefois, cela n'aura sans doute pas d'effet sur les électeurs. « Le problème, c'est que je ne suis pas sûre que les journalistes vont oublier cela. En campagne électorale, les médias sont incontournables. »