Jamais je n'avais eu l'occasion de m'approcher autant d'un éléphant dans son habitat naturel.

À la mémoire de Satao

Je n'ai jamais aperçu Satao. Cet éléphant emblématique vivait dans le parc national de Tsavo, au Kenya, une contrée que je n'ai pas encore explorée. Il avait les défenses longues, qui rasaient le sol et qui impressionnaient les visiteurs de partout.
Satao a été découvert sans vie, sans défenses, dans son parc national, victime des braconniers dans une lutte inégale entre les contrebandiers et les autorités. Quand même un parc national ne suffit pas à protéger ces grandes merveilles de la nature...
Je n'ai pu m'empêcher de me remémorer mes premiers éléphants. Ceux qui vivent somme toute en liberté, même si leur réserve les contient à l'intérieur d'un périmètre de barbelés. J'avais vu ceux qu'on enchaîne pour qu'ils trimballent les touristes, en Thaïlande. Jamais je n'avais été l'intrus dans leur milieu naturel.
C'est arrivé au parc Addo, en Afrique du Sud. On y compte semble-t-il plus de 500 éléphants, même si on ne nous garantit pas qu'on les verra. Remarquez, il faut être très malchanceux, ou très peu futé, pour les rater complètement.
J'avais arpenté le parc en safari de nuit, puis au lever du soleil, pour voir la faune qui s'éveille quand la chaleur du jour ne l'amortit pas. Pas de pachydermes. Quelques heures de navigation, quelques chouettes, des zèbres et des antilopes plus tard, toujours pas de grosses, très grosses bestioles.
Je n'avais d'yeux que pour ce troupeau qui imposait le respect.
C'est rempli d'espoir qu'au petit matin j'ai pris le volant pour sillonner le parc sur les routes balisées. Les yeux grands comme ça, je ratissais le plus large possible, question qu'on ne me trompe pas trop énormément.
Ils sont apparus sur le coup de midi. Ou presque. Au très loin, dans le plus horizontal horizon, j'apercevais quelques dos gris qui s'enfonçaient dans les buissons. J'en tapais presque des mains, imbécile que j'étais de n'avoir pas encore aperçu la horde de grandes oreilles qui se désaltéraient au trou d'eau du bout du chemin. À découvert, ceux-là.
Au diable les bébés zèbres qui traversaient la route, les phacochères qui se dandinaient allègrement et les buffles qui passaient le temps à fixer le vide. Je n'avais d'yeux que pour ce troupeau qui imposait le respect, à une centaine de mètres de moi. Ces immenses bêtes tranquilles se déplaçaient à basse vitesse, presque immobiles.
Le nez écrasé contre la vitre baissée de ma bagnole immobilisée, je ne pouvais m'empêcher de tirer des clichés. Oh regarde celui-là! Et celui-là! Leur grosse trompe plongeait dans l'étang pour projeter dans les airs, quelques secondes plus tard, un nuage d'éclaboussures.
Il y avait ce tout petit éléphanteau, immobile au centre d'un cercle de protection formé par les éléphants adultes. Son enthousiasme débordant lui avait permis d'échapper à l'attention parentale, ses grosses pattes chancelantes l'entraînant vers une courte mais
ô combien enivrante liberté. Il voulait s'amuser, mais a plutôt été ramené dans le rang par une maman autoritaire. On pardonne tout à un éléphanteau qui trébuche presque sur ses propres pattes.
Quand un des zèbres s'est aventuré trop près, quoiqu'il ne représentait aucune menace, l'un des gros pachydermes s'est énervé. Balourd, il a fait trois pas avant de secouer sa grosse tête avec colère. Wouah! Ça ne donne pas envie de rouspéter. J'étais coi. Ahuri! En admiration.
Lentement, ils sont partis, l'un derrière l'autre, retrouver l'ombre des buissons.
Le lendemain, j'ai pris tous les détours imaginables avant de quitter le parc. Au cas! Il faut dire que je n'avais toujours pas aperçu un des 19 lions qui parcouraient semble-t-il le parc. Je n'en verrais pas non plus.
Quoique devant la voiture, là où la route étroite était bordée de haute végétation, se trouvait un énorme éléphant. Encore mieux! J'aurais pu le toucher... mais je ne m'y serais jamais risqué. Tout doucement, il progressait, allait son chemin, sans se soucier de la présence d'une voiture dans son habitat naturel. Une fois de plus, il n'inspirait que le respect. Sans contredit, j'aimais de plus en plus les éléphants.
À côtoyer ces grosses bêtes, même quelques heures durant, on se demande bien comment quelqu'un peut s'en prendre à tous les Satao de ce monde.
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