Geneviève Chabot, copropriétaire du vignoble la Halte des Pèlerins, éprouve énormément de gratitude pour les Québécois qui ont permis au vignoble de vivre une belle année de ventes malgré tout. Elle pose ici avec sa fille, Raphaëlle Corbin. Son conjoint Marco Corbin et leur fille Naomi Corbin ne pouvaient être présents pour la photo.
Geneviève Chabot, copropriétaire du vignoble la Halte des Pèlerins, éprouve énormément de gratitude pour les Québécois qui ont permis au vignoble de vivre une belle année de ventes malgré tout. Elle pose ici avec sa fille, Raphaëlle Corbin. Son conjoint Marco Corbin et leur fille Naomi Corbin ne pouvaient être présents pour la photo.

Ruée vers le vin d'ici

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Sherbrooke —  Ils sont passés d’inquiets à émus, cet été. Pour les vignerons estriens, il n’est plus question de se faire du mauvais sang, même si les touristes de Montréal et de Québec ne font soudainement plus partie de l’équation. Plutôt, ceux-ci s’apprêtent à tourner la page sur une saison de ventes sans pareil.

Geneviève Chabot, copropriétaire de la Halte des Pèlerins, à Sherbrooke, confie avoir eu très peur ce printemps. Déjà, avec le report d’un an de tous les mariages prévus au vignoble en plus d’une ouverture aussi tard que le 3 juillet, celle-ci se demandait bien qui remplacerait les visiteurs américains et asiatiques sur lesquels elle comptait habituellement. 

Finalement, « les Québécois se sont réapproprié le Québec. Je disais toujours qu’on était trop près de Sherbrooke pour être exotiques pour ses habitants. À l’automne d’habitude, on a plus de Coréens que de gens du coin, mais cette année, on n’a jamais autant eu de Sherbrookois. On a eu une clientèle complètement différente », note celle qui a complètement réaménagé sa boutique. Les visiteurs repartent même avec leur propre verre à vin après la dégustation, question de limiter les contacts.   

Même si l’achalandage à la boutique représentait environ 30 % ou 40 % de ce qu’elle connaît habituellement, les gens ont acheté davantage, explique Mme Chabot.

« Avant de rouvrir aussi, ajoute-t-elle. Trois semaines avant d’ouvrir la boutique, on n’avait plus une bouteille de rosé! On a eu des ventes records, tant dans les épiceries ou les SAQ. Les gens nous appelaient pendant le confinement pour qu’on aille livrer chez eux. Je tiens vraiment à remercier les gens pour tout ça. »

« Je n’ai plus de vin! »

 Au Vignoble d’Orford, la saison touristique a été « extraordinaire ». Le propriétaire Christian Bolduc, qui a bâti son entreprise en 2000, n’a jamais vu ses vins partir aussi vite. 

« Je n’ai plus de vin! Il ne me reste que du vin fortifié! Le rouge, le blanc et le rosé sont tous écoulés. On voit vraiment qu’il y a une forte demande pour les vins québécois, alors qu’ils étaient boudés à une certaine époque. Puis, mes vins traditionnels sont très secs. En ce moment, c’est très demandé », dit celui dont le principal problème, actuellement, est de trouver les moyens d’agrandir sa production.  

Alors qu’il recevait par les années passées plus d’Américains que de Québécois, M. Bolduc a vu ces derniers composer 95 % de sa clientèle cet été. 

À Ulverton, aux Vallons de Wadleigh, la pause sera bien méritée au moment de fermer boutique, à l’Action de grâce. Brian Illick, l’un des propriétaires, croit avoir vu les ventes grimper de près de 50 %. « Je pense que beaucoup de gens ont été sensibilisés. Ils se sont vraiment tournés vers les produits du terroir. Ça a été une très belle année pour nous. »    

Christian Bolduc, propriétaire du Vignoble d’Orford, témoigne d’une saison touristique « extraordinaire ».

Rattrapage dans les restaurants

Pour le petit vigneron derrière la Grange Hatley, Jean Paul Martin, l’engouement pour le local est venu sauver la mise, celui-ci comptant en partie sur les restaurants pour vendre ses produits. 

Après la fermeture de ceux-ci pendant près de trois mois ce printemps, le producteur, qui ne reçoit pas les touristes sur place, se réjouit tout de même d’avoir vendu autant qu’à l’habitude. 

« Cet été, les gens de l’Estrie ou d’ailleurs se sont déplacés et sont venus manger au restaurant. Je suis au Manoir Hovey et au Ripplecove, par exemple, et ça a plutôt bien fonctionné chez eux. Je dirais que ça a encore cette erre d’aller, mais avec ce qui se passe cette semaine, on ne sait pas trop. Mais je n’ai pas à me plaindre pour la vente, c’est certain que si j’avais eu plus de vin, j’en aurais vendu plus », avance M. Martin, qui ne produit que 4500 bouteilles par an. Cette année, 30 % de ses clients privés sont nouveaux. 

À la SAQ, on remarquait déjà une augmentation de 40 % des ventes de produits québécois entre le 29 mars et le 20 juin 2020.