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Selon un sondage réalisé par la Fédération des agricultrices du Québec entre le 27 mai et le 8 juin 2020 auprès de 300 familles agricoles ayant des enfants d’âge préscolaire, 76 % des productrices ont été obligées d’amener les enfants à la ferme pendant le premier confinement.
Selon un sondage réalisé par la Fédération des agricultrices du Québec entre le 27 mai et le 8 juin 2020 auprès de 300 familles agricoles ayant des enfants d’âge préscolaire, 76 % des productrices ont été obligées d’amener les enfants à la ferme pendant le premier confinement.

Deuxième confinement : les agricultrices retiennent leur souffle

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
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La présidente des Agricultrices de l’Estrie, Yolande Lemire, met sa patience à l’épreuve depuis mardi matin, alors qu’elle apprenait dans La Presse qu’un nouveau confinement total serait annoncé mercredi. Celle-ci espère qu’on aura tiré des leçons du printemps dernier et qu’on accordera aux familles agricoles l’accès aux services de garde d’urgence, cette fois.

« On se montre patientes pour tout de suite. On a l’expérience du mois de mars et je souhaite beaucoup qu’on s’en serve. Je suis certaine que beaucoup de recommandations ont été faites et qu’elles seront prises en compte », exprime la productrice laitière de Compton, rappelant que lors du premier confinement, en plus de ne pas pouvoir recevoir de visiteurs — et donc d’aide — à domicile, les agriculteurs ne faisaient pas partie de la liste des travailleurs essentiels ayant accès aux services de garde d’urgence.

Cette situation a suscité beaucoup de détresse dans les familles, en plus de présenter un danger pour la sécurité des enfants, déplore la Fédération des agricultrices du Québec. 

Selon un sondage réalisé par le regroupement entre le 27 mai et le 8 juin 2020 auprès de 300 familles agricoles ayant des enfants d’âge préscolaire, 76 % des productrices ont été obligées d’amener les enfants à la ferme pendant le premier confinement. Cinquante et un pour cent d’entre elles ont aussi dû réduire leur temps de travail à la ferme. En comparaison, 32 % des hommes avaient fait de même.

Le syndicat avait ainsi conclu qu’un deuxième confinement sous les mêmes paramètres représenterait « des impacts financiers et psychologiques importants pour les familles ».  

Mme Lemire rappelle d’autant plus que les agriculteurs ont tout intérêt à se montrer prudents et à respecter les consignes sanitaires. « Si j’attrape la COVID et que je la partage avec les employés à la ferme, je suis pénalisée et je me retrouve seule à m’occuper de mon troupeau », image-t-elle. 

Du côté du cabinet du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, on indique que plus d’information sera disponible lors du point de presse de François Legault demain, mais que « le ministre Lamontagne est tout à fait conscient que la garde des enfants est un enjeu pour les producteurs agricoles » et qu’« il fait les représentations nécessaires auprès des autorités concernées ».

Selon le cabinet du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, il n’est « pas prévu pour le moment » de restreindre l’accès aux services de garde 0-5 ans. Comme c’est déjà le cas pour certaines périodes du congé prolongé des Fêtes, seuls les services de garde en milieu scolaire seraient réservés à une liste de travailleurs essentiels, dont les agriculteurs ne font pas partie. Les discussions avec la Santé publique étaient cependant toujours en cours, mardi après-midi.

« TOUJOURS DES RISQUES D’ACCIDENT »

En septembre dernier, alors que la deuxième vague s’apprêtait à frapper de nouveau, la productrice d’œufs Caroline Fillion déplorait d’ailleurs les conditions dans lesquelles elle a dû traverser le confinement du printemps 2020 : celle-ci devait amener ses enfants de 3, 5 et 6 ans au travail. 

En septembre dernier, alors que la deuxième vague s’apprêtait à frapper de nouveau, la productrice d’œufs Caroline Fillion déplorait d’ailleurs les conditions dans lesquelles elle a dû traverser le confinement du printemps 2020, alors qu’elle devait amener ses enfants de 3, 5 et 6 ans au travail.

« On travaille sept jours sur sept. On n’en a pas de congé. D’habitude, la semaine, on peut prendre de l’avance pour certaines tâches de la fin de semaine. Là, avec les enfants qui sont toujours avec nous, on manquait de temps. Et il y a toujours des risques d’accident. Mon plus jeune, directement en partant, il s’est pris le pouce dans une porte de l’éleveuse. Et je sais que je ne suis pas la seule qui a vécu un accident », avait alors confié à La Tribune l’entrepreneure à la tête des fermes avicoles Fillannoeuf et Hubëlie, à Saint-Sébastien-de-Frontenac. 

Si la même situation est répétée, « ça veut dire à tous les agriculteurs : “arrangez-vous pour nous nourrir, mais vous n’êtes pas essentiels.” », analysait-elle, mardi, après avoir appris la nouvelle. 

Rappelons que La Presse dévoilait mardi matin que le Québec serait à nouveau mis sur pause dès samedi. Le gouvernement de la CAQ devrait faire l’annonce mercredi de la fermeture complète des écoles, des bureaux, du secteur de la construction et du secteur manufacturier. Seuls les commerces de première nécessité demeureront ouverts.