Walmart a mis fin, la semaine dernière, à son programme d'intégration au travail des personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l'autisme.

Walmart veut réintégrer ses employés

Trois-Rivières — Après avoir présenté ses excuses la fin de semaine dernière concernant la fin du programme d’intégration à l’emploi de ses employés présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme dans 26 de ses magasins au Québec, Walmart a réitéré, jeudi, son intention de réembaucher les travailleurs qui ont été remerciés il y a maintenant huit jours. Bien que des approches aient été faites auprès du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec par le géant du commerce pour que cela se concrétise, la réintégration des 19 employés de Trois-Rivières et Shawinigan ne semble pas acquise chez Walmart pour autant, du moins pas du point de vue du CIUSSS.

Dans un bref courriel envoyé au Nouvelliste, Walmart indique que «l’ensemble des anciens participants du programme qui souhaitent revenir en succursale sous les mêmes conditions qui étaient offertes auparavant sont invités à le faire, et cela, pendant que nous consolidons les prochaines étapes avec les agences locales», écrit le vice-président aux affaires corporatives de l’entreprise, Robert Nicol.

Au CIUSSS-MCQ, on confirme qu’une rencontre téléphonique a eu lieu mercredi avec des représentants de Walmart et qu’une offre sera proposée par l’entreprise sous peu. «Nous sommes confiants que Walmart va nous faire parvenir une offre révisée pour ses plateaux de travail et ses stages. La rencontre s’est bien déroulée et nous en sommes satisfaits», a résumé la responsable des communications au CIUSSS-MCQ, Geneviève Jauron.

Toutefois, Mme Jauron indique que la volonté de Walmart n’est pas le seul critère qui sera étudié en ce qui concerne la réintégration ou non des employés remerciés au sein de cette entreprise.

«Les gens qui ont perdu leur emploi ont vécu un choc, un deuil si on peut dire. Pour la plupart, leur intégration à l’emploi représente un grand investissement. Nous sommes en processus d’accompagnement avec ces personnes dans le but de les replacer sur d’autres plateaux de travail ou d’autres stages, et on ne peut pas non plus revenir en arrière dans le processus en cours», reconnaît Mme Jauron.

Rappelons que la controversée décision de la multinationale a fait grand bruit au cours des derniers jours dans la région, ainsi qu’un peu partout dans la province. De nombreux témoignages d’indignation et d’appui aux personnes touchées ont été entendus. Le comédien et animateur bien connu Charles Lafortune, qui est le père d’un garçon autiste, a notamment fait une sortie en règle contre le géant de la vente au détail via son compte Twitter.

Différents organismes ont également pris part à cet élan de solidarité. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a entre autres réclamé que le secteur privé soit assujetti à la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans les organismes publics, ce qui aurait selon elle empêché Walmart d’agir de la sorte.

Le SEMO Mauricie, un organisme d’intégration en emploi pour les personnes handicapées, a de son côté levé la main afin de collaborer avec le CIUSSS – MCQ pour réintégrer les travailleurs à l’emploi. Cet organisme réussit à placer chaque année environ 45 % des demandeurs d’emploi en situation de handicap dans des postes non subventionnés.

La décision a également touché directement d’autres personnes que les 19 employés. Des élèves fréquentant l’Académie des Estacades et participant à un programme consacré aux enfants autistes ou ayant un handicap de communication, ont perdu leur lieu de stage chez Walmart à quelques semaines à peine de la fin de l’année scolaire.

L’offre révisée de Walmart, lorsqu’elle sera reçue par le CIUSSS, sera considérée au même titre que toutes les autres opportunités d’emplois qui se présentent pour ces personnes. «Nous sommes à évaluer le potentiel et les intérêts de chacun d’eux. D’ici un mois, on estime que chaque personne aura pu retrouver un emploi, en fonction de ses intérêts et de son potentiel. Nous allons considérer l’offre que nous allons recevoir au même titre que toutes les autres offres, mais il se peut aussi que les personnes qui participent au programme aient d’autres intérêts», rappelle-t-elle.

Mme Jauron explique du même souffle que dans son évaluation de chaque personne, le CIUSSS considère la possibilité qu’une personne soit apte à occuper une place dans un stage plutôt que sur un plateau de travail. Lorsqu’une personne intègre un stage, elle présente souvent une forme plus développée d’autonomie et requiert moins la présence d’un intervenant dans son milieu de travail. Par ailleurs, la plupart des stages peuvent déboucher sur un emploi rémunéré dans l’entreprise. «C’est vraiment un dénouement très positif pour ces gens-là, puisque ça les valorise énormément et leur confère encore plus d’autonomie dans leur travail», constate Mme Jauron.

Il n’a pas été possible de savoir, jeudi, si des employés avaient accepté l’offre de Walmart de retourner travailler dans l’une ou l’autre des trois succursales en Mauricie.

Avec la collaboration de Mathieu Lamothe