Sylvie Saint-Pierre a reçu une veste signée de tous ses collègues pour souligner son départ de Walmart après 18 ans.

Walmart remercie des déficients intellectuels

TROIS-RIVIÈRES — Walmart Canada remercie ses employés ayant des déficiences intellectuelles et des troubles du spectre de l’autisme. Des travailleurs de toutes les régions du Québec perdent donc leur emploi.

En Mauricie, 19 personnes sont touchées par la fin du programme visant leur intégration sur le marché du travail, confirme le Centre de santé et des services sociaux Mauricie-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ). 

La décision de Walmart est entrée en vigueur jeudi dans 26 magasins de la province. L’annonce de cette décision de Walmart Canada a été accueillie difficilement par ces travailleurs. Certains d’entre eux étaient à l’emploi du géant mondial du commerce de détail depuis près de 20 ans. 

Employée de la succursale de Trois-Rivières-Ouest depuis la fin de son adolescence, Sylvie Saint-Pierre avait le cœur gros jeudi. Après 18 ans à travailler chez Walmart, la femme dans la trentaine atteinte de trisomie 21 doit maintenant tourner la page sur une période de sa vie remplie de beaux souvenirs. 

«Je ne suis pas une personne handicapée... je suis une ‘‘handi-capable’’», affirme-t-elle en entrevue avec assurance.

Les tâches de Sylvie Saint-Pierre consistaient à assurer la réception des boîtes de nouveaux vêtements avant de placer les différents items dans les rayons. Consciente de ses qualités malgré sa différence, Sylvie Saint-Pierre sait que son travail était bien fait. Elle affirme avoir toujours mis du cœur à l’ouvrage. 

Plus que tout, ce travail lui plaisait et lui permettait surtout de briser l’isolement. Sylvie Saint-Pierre ne veut pas rester à la maison pour se tourner les pouces. 

«Je veux être utile et travailler. Je me suis fait beaucoup de bons amis et j’ai adoré mes collègues. Je me sentais accueillie et respectée. Et ce sont des gens qui m’apprécient beaucoup et qui ne me jugent pas», souligne-t-elle en précisant que les clients n’étaient toutefois pas toujours gentils avec les employés. 

L’annonce de l’arrêt du programme par Walmart Canada a été particulièrement mal accueillie par ses employés. Peu expliquée, cette décision est mal comprise par ceux-ci. De plus, les travailleurs n’avaient que quelques jours pour se préparer à quitter leur emploi. Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) qui gère ce programme d’insertion au travail n’a appris l’intention de Walmart que le 26 mars dernier. De l’accompagnement de la part d’intervenants a même été nécessaire pour permettre à tous les travailleurs d’accepter leur sort. 

«C’est surprenant et indignant une décision comme ça», dénonce Lyne Girard, la directrice générale adjointe programmes sociaux et réadaptation au CIUSSS MCQ. «Nous ne comprenons pas la situation.» 

Walmart Canada a justifié sa décision dans une brève réponse envoyée par courriel. «Sur une base régulière, nous passons en revue nos directives, programmes et pratiques. Ainsi, nous avons récemment passé en revue, en plus d’autres politiques, le programme de formation professionnelle qui est en place dans certaines succursales du Québec. Ces vérifications tiennent compte des changements à la législation, de nos propres politiques et visent à nous assurer de travailler de façon efficace et pertinente», s’est contenté de répondre Anika Malik de la direction des affaires corporatives de Walmart Canada. 

Le CIUSSS MCQ soutient que Walmart ne déboursait que six dollars par jour par travailleur de ce programme. Les participants bénéficiaient aussi d’allocations des Services sociaux. «Ce sont des gens qui sont très appréciés et dévoués. Et ils font plusieurs tâches», précise Lyne Girard du CIUSSS MCQ. «Pour ces personnes, c’est majeur d’avoir un emploi, de tisser des liens et d’avoir un impact dans leur communauté... Nous sommes vraiment très, très déçus.»

Cette décision de Walmart a suscité l’indignation de plusieurs organismes œuvrant auprès des personnes handicapées et déficientes intellectuelles. Le Regroupement d’organismes de personnes handicapées, région Mauricie, a publié jeudi un communiqué dénonçant l’abandon du programme. 

«À la veille du dépôt par le gouvernement du Québec d’une Stratégie sur la main-d’œuvre, cette décision nous apparaît laconique. Le travail constitue l’une des principales voies d’intégration et de participation sociales à la société. [...] Un emploi nous permet de tisser des liens sociaux, d’améliorer notre confiance en soi et de contribuer au développement de la communauté», affirme Steve Leblanc, le directeur du Regroupement. 

«Les gens reconnaissaient la valeur, la contribution, les habiletés ainsi que les capacités de ces personnes à contribuer à quelque chose de tangible et de concret. Malheureusement, sans trop de raison, Walmart décide de mettre ces personnes de côté.»

Les intervenants travaillant auprès des personnes concernées par les pertes d’emploi assurent que tout sera mis en place pour les réintégrer sur le marché du travail. Déjà, des évaluations des aspirations et des aptitudes des participants sont en processus de réalisation. Dès la semaine prochaine, une journée d’exploration de carrières sera organisée. L’objectif est de trouver un emploi aux 19 personnes touchées en Mauricie d’ici le mois de mai. 

Sylvie Saint-Pierre pense déjà à l’avenir et souhaite intégrer une entreprise où elle pourra se rendre utile et continuer à faire mentir les préjugés envers les personnes vivant avec un handicap intellectuel.