Jean-René Ouellet, gestionnaire de portefeuilles chez Valeurs Mobilières Desjardin, a présenté les perspectives économiques et financières 2019 à une quarantaine de membres de la Chambre de commerce de Sherbrooke, mercredi matin, au Club de golf de Sherbrooke.

Une récession en 2021 ou 2022 ?

« Malgré les turbulences de fin d’année 2018 sur les marchés boursiers, on a des perspectives économiques relativement décentes pour 2019. La croissance ne suivra pas le même rythme qu’au cours des dernières années, mais elle sera supérieure à 2 % cette année et probablement l’année prochaine. À l’approche de la période électorale au Canada en 2019 et aux États-Unis en 2020, il n’y a pas un gouvernement qui veut se faire blâmer par son électorat d’être en récession », a résumé Jean-René Ouellet, gestionnaire de portefeuilles chez Valeurs mobilière Desjardins, lors d’un déjeuner-conférence organisé par la Chambre de commerce de Sherbrooke.

« Aussi, on réalise que les deux tiers de l’économie reposent sur les consommateurs. Et comment vont les consommateurs? Les gens travaillent comme jamais, on commence à voir les salaires monter et lorsque les salaires montent, les gens sont généralement confiants et ils consomment », ajoute M. Ouellet ajoutant que le taux de chômage est à son plus bas depuis 1976.

« La pénurie de main-d’œuvre devrait stimuler l’investissement des entreprises, qui était plus faible au cours des dernières années. Les entreprises n’investiront pas dans la robotisation, la machinerie et équipement par grande vertu, mais tout simplement parce qu’elles n’ont plus le choix », souligne M. Ouellet.

L’analyste principal chez VMD estime que la prochaine récession devrait se pointer en 2021, voire 2022. « On va suivre nos indicateurs. Aux États-Unis, on peut s’attendre à une récession de type cyclique, c’est-à-dire un recul des bénéfices sur 6 à 12 mois et une récupération assez rapide. Au Canada, par contre, il faut se rappeler que la dernière grande récession connue date des années 1990. Les années 2000-2001 n’ont pas fait si mal que ça. En 2008, on a perdu 400 000 emplois, mais on est le premier pays du G7 à les avoir récupérés. Aujourd’hui, avec un gouvernement qui fait un déficit de 18 milliards de dollars quand ça va bien, on peut se demander ce que cela aura l’air quand ça ira moins bien. Parlerons-nous d’un déficit de 40 ou 50 milliards? », explique le conférencier prédisant que la récession canadienne sera davantage de type structurel, qui nécessite un désendettement des ménages et un assainissement des finances publiques. Un processus qui peut prendre trois ou quatre ans.

Projections difficiles à long terme

Au niveau du rendement des portefeuilles, les épargnants et investisseurs devront ajuster leurs attentes. « Comme on a eu un excellent rebond boursier depuis 2009, les rendements ont été très forts et cela a créé une accoutumance. Les attentes sont élevées alors que les rendements raisonnables, aujourd’hui, tournent autour de 4 à 5 %. Si j’ai la moitié de mon portefeuille en obligations qui me rapportent 1 %, pour arriver à 5 % le reste de mon portefeuille doit générer au moins 8 %. On peut faire 8 % cette année, mais est-ce qu’on va faire ce rendement pour les dix prochaines années? Les probabilités sont pas si fortes », estime M. Ouellet.

Ce dernier prévient de faire attention aux comparaisons sur dix ans. « Bientôt les résultats de mars 2019 de vos portefeuilles sortiront et je prédis que les rendements seront excellents lorsque comparés aux rendements de mars 2009. Tout simplement parce que mars 2009 a été un creux historique en bourse. Attention à l’interprétation de ces résultats. Regardez quel niveau de risque a été pris pour obtenir ces résultats et observez les comparaisons sur 5 ou 2 ans aussi », conseille le conférencier.