Le prêteur sur gages Elektra, à Granby, est toujours ouvert, sauf le dimanche.
Le prêteur sur gages Elektra, à Granby, est toujours ouvert, sauf le dimanche.

Un prêteur sur gages autorisé à poursuivre ses activités

Le maintien des activités du prêteur sur gages Elektra, à Granby, a de quoi surprendre. Ce type d’entreprise ne fait pas partie des services essentiels, mais le propriétaire a obtenu une réponse favorable à sa demande d’information faite au ministère de l’Économie et de l’Innovation.

Jean-Pierre D’Auteuil, responsable des relations médias de MEI, a confirmé à La Voix de l’Est, vendredi, que les prêteurs sur gages n’étaient pas un service prioritaire.

Marco Fontaine, propriétaire de l’endroit, a pris la peine de faire afficher une capture d’écran du courriel reçu sur la porte du commerce.

« J’ai la même licence que la banque au coin de la rue. Je fais de l’encaissement de chèques, explique l’homme d’affaires, lui-même en quarantaine depuis son retour de Floride. Les gens qui ont besoin d’argent viennent chez nous. On est dans un moment où les gens ont besoin d’argent, alors ils viennent vers nous. On est un service essentiel pour ces gens-là. »

La clientèle peut venir vendre des objets, emprunter sur du matériel laissé là en gage, ou encaisser leur chèque mensuel contre de l’argent, en échange de frais de service.

Il estime à 2 millions de dollars en chèques qu’il échange contre de l’argent chaque année. Le commerce de prêt sur gages n’a pas constaté d’augmentation de la clientèle pour le moment.

Sans frais à la banque

Selon Tanya Brodeur, conseillère budgétaire à l’ACEF Montérégie-Est, tout le monde peut faire encaisser un chèque contre de l’argent — sans frais de service — dans les banques et chez Desjardins, qu’ils soient clients ou non.

« C’est une obligation qu’ils ont. Desjardins est de nature provinciale et doit accepter les chèques du gouvernement québécois, tandis que les banques sont fédérales et sont obligées par la Loi des banques à accepter d’encaisser les chèques du gouvernement fédéral. »

Environ 3 % des Canadiens de plus de 18 ans n’auraient pas de compte chèque où déposer l’argent de la Prestation canadienne d’urgence. Ce service s’adresse également à eux.

Mme Brodeur met en garde les citoyens qui pourraient avoir du mal à boucler leurs fins de mois, que ce soit durant la crise ou en général, et qui pourraient être tentés de se tourner vers les prêteurs sur gages. « C’est un service très coûteux et les coûts ne sont pas mis en perspective. Par exemple, quelqu’un va porter son téléphone pour avoir un 100 $, et s’il veut ravoir son téléphone le mois d’après il doit redonner 120 $. Quand on y réfléchit, c’est 20 % de frais. On dépasse les taux d’emprunt de n’importe quelle institution financière. »

Les clients qui fréquentent ce genre de commerce y vont surtout par manque de compréhension et de ressources alternatives, croit Mme Brodeur. Si cet argent permet de manger, elle rappelle l’existence des banques alimentaires qui sont là pour donner un coup de pouce durant une période difficile.

« Si c’est pour le paiement du loyer, ils ont intérêt à s’entendre avec le propriétaire pour reporter le paiement », renchérit la conseillère budgétaire. Elle ajoute que le prêteur sur gages est une solution de dernier recours. « Ils peuvent nous appeler aussi, à l’ACEF, pour voir quelles sont les options. »