Un parcours parsemé d’anges

Bien qu’elle soit issue d’une famille d’entrepreneurs et d’amoureux de la cuisine, Pasquale Beauvais n’a pas bâti BioBon en une journée. Le succès de son entreprise et de ses végé-pâtés est le résultat de plusieurs longues années de travail acharné, de dévouement et de dépassement, ainsi que de l’appui inconditionnel d’anges rencontrés sur son chemin.

« Je peux dire avec certitude que l’entrepreneuriat, c’est dans mon sang, déclare d’emblée Pasquale Beauvais, présidente et directrice générale de BioBon, qui produit plus de 50 000 végé-pâtés par semaine et emploie 20 personnes. Mes parents ont tous deux eu des entreprises et quand j’étais jeune, on me demandait quelle entreprise je voulais avoir plus tard, pas quel emploi. »

En plus d’avoir cette prédisposition à exploiter une entreprise dès son jeune âge, Mme Beauvais était très proche de ses grands-parents maternels, qui étaient tous deux des habitués du fourneau. 

« Ma grand-mère et mon grand-père, ce qui était rare pour l’époque, cuisinaient beaucoup. Ils étaient cuisiniers dans des camps de bûcherons dans le nord pendant plusieurs années. J’allais souvent chez eux après l’école et la vie se déroulait dans la cuisine, autour de la table à manger. C’est à ce moment que j’ai pris goût pour la cuisine et la préparation des aliments. Mon grand-père maternel était aussi beurrier ! » s’exclame la récipiendaire du Mérite estrien. 

Des débuts modestes

Bien que son avenir semblait déjà dessiné, il fallait que Pasquale Beauvais acquière plus de connaissances et d’expérience avant de se lancer dans l’entrepreneuriat alimentaire. Après avoir travaillé pendant 12 ans au Verger le Gros Pierre, soit jusqu’à l’âge de 23 ans, elle est allée étudier l’arboriculture en Europe, question de parfaire ses aptitudes. 

« Lorsque je suis revenue, j’ai suivi un cours sur la réalisation des plans d’affaires. J’avais développé deux projets dans le cadre du cours : une entreprise de production et de vente de cerises de terre ainsi qu’une pâtisserie artisanale, explique-t-elle. Comme la deuxième a généré plus d’intérêt, j’ai commencé en faisant de la transformation d’aliments dans les vergers du coin et j’ai ensuite mis sur pied un service de plats congelés pour agents immobiliers montréalais ainsi que pour les personnes âgées. »

Après un certain temps, ses quatre fours de cuisine ne fournissaient plus à la demande et une belle opportunité s’est présentée à elle. « Les propriétaires d’une pâtisserie-boulangerie de Waterville s’en allaient dans l’Ouest pour tenter un nouveau projet. Ils ont offert de me louer leur cuisine pendant une durée de trois ans, ce que j’ai immédiatement accepté, se souvient-elle. C’est dans ces circonstances que j’ai commencé à fréquenter le marché public de North Hatley, où une personne vendait des végé-pâtés. »

Suite au départ à la retraite du vendeur de végé-pâtés, Pasquale a commencé à entretenir l’idée d’en fournir à la clientèle locale, qui en raffolait. « Ma fille n’a jamais mangé de viande et à l’époque, les produits végétariens manquaient vraiment de goût et le marché n’était pas développé comme il l’est aujourd’hui. J’en faisais donc pour elle et j’en amenais une douzaine par semaine au marché pour mes clients. »

Embûches et triomphe

Lorsque ses clients sont retournés vers Québec et Montréal après l’été, ils ont voulu continuer de se procurer les végé-pâtés de Pasquale, ce qui l’a poussée à lancer un réseau de distribution. 

« J’ai commencé à mettre sous vide des pâtés pour les envoyer à mes clients à l’extérieur. À ce moment, les gens de Waterville sont revenus et j’ai dû quitter le local. J’ai rapidement emménagé dans une ancienne fromagerie à Compton, la ville où j’ai grandi. J’avais besoin de m’acheter tout le matériel d’un coup et mes parents m’ont acheté les équipements dont j’avais besoin, ce qui m’a sauvé beaucoup de temps et de soucis. » 

Cela faisait 10 mois seulement que Pasquale était installée à Compton lorsqu’un règlement de zonage a fait en sorte qu’elle devait déménager sa production. « C’est à ce moment que le bon samaritain qui possédait la ferme sur laquelle mon entreprise était située a fait en sorte que j’obtienne un délai d’un an, qui m’a permis de me trouver un endroit convenable. »

Une fois de plus, la chance lui a souri. Un vendeur d’assurances local, Gérard Leblanc, a volé à son secours en lui offrant ses anciens locaux à un prix en dessous de sa valeur réelle. 

« J’avais maintenant une pâtisserie-boulangerie sur la rue principale à Compton. J’habitais en haut et l’entreprise fonctionnait 24 heures sur 24, sept jours sur sept. À force de travailler des semaines de 80 et 90 heures, j’ai ressenti de l’épuisement et j’ai songé à tout abandonner, confie-t-elle. J’étais mère monoparentale et je sentais que je n’étais pas assez présente pour ma fille ni pour moi-même. C’est à ce moment que Gaétane et Guylaine, deux de mes extraordinaires employées encore à ce jour, ont pris une charge de travail plus importante pour me permettre de me recentrer sur mes priorités. »

Après avoir fait un important travail d’introspection, Pasquale a décidé d’abandonner la boulangerie et de concentrer ses efforts dans la production de végé-pâtés. « J’ai vendu le commerce et j’ai été m’installer dans le motel agroalimentaire de Coaticook et le reste de l’histoire est connue de tous. On trouvait ça tellement grand quand on est arrivée, on ne pensait jamais finir par louer la presque totalité des locaux. »