L’incendie qui a ravagé l’abattoir Rousseau à Lingwick, la semaine dernière, a laissé un trou béant dans le monde de l’abattage en Estrie.

Un incendie qui laisse un trou béant dans l'abattage

L’incendie qui a ravagé l’abattoir Rousseau à Lingwick a laissé un trou béant dans le monde de l’abattage en Estrie. Le président de l’Union des producteurs agricole (UPA) de l’Estrie, François Bourassa, est catégorique.

« Selon leur type de production, beaucoup de producteurs doivent aller faire abattre leurs animaux à l’île d’Orléans, en Ontario, etc., affirme M. Bourassa. Il y a une longue distance à parcourir. Il devrait y avoir un abattoir multiespèce de classe A en Estrie. Beaucoup d’abattoirs peuvent abattre plusieurs espèces, mais dans les faits, ils se spécialisent dans un type en particulier. »

L’abattoir de M. Rousseau, qui était de classe A, pouvait vendre la viande dans les divers commerces. « Il y avait toujours un inspecteur dans l’établissement, explique M. Bourassa. Les abattoirs de proximité, eux, ne peuvent pas vendre leur viande dans les épiceries et dans les restaurants. La viande est pour le producteur ou pour l’abatteur », poursuit-il.

De plus, l’automne est une période de pointe au niveau de l’abattage au Québec, selon M. Bourassa. « On m’a dit qu’une centaine de producteurs faisaient affaire à Lingwick. Ce n’est pas une bonne période pour qu’un abattoir passe au feu, car c’est la période de grand achalandage », affirme-t-il.

D’ailleurs, un abattoir en Estrie serait en développement. Le projet de deux millions de dollars créerait une dizaine d’emplois. Des détails viendront dans les prochaines semaines.

Solutions potentielles

L’UPA de l’Estrie demande depuis plusieurs années la venue d’un projet-pilote qui ferait en sorte que les abattoirs de proximité pourraient vendre leur viande, moyennant une indication. Avec l’incendie de l’abattoir Rousseau, le moment est idéal, selon M. Bourassa.

« On demande que les producteurs puissent vendre au marché public en expliquant au consommateur que l’abattoir n’était pas inspecté de manière permanente. On demande de faire un projet pilote. Ça pourrait permettre de désengorger les abattoirs de classe A », analyse M. Bourassa.

En attendant, quelques solutions s’offrent pour les producteurs estriens qui souhaitent abattre leurs animaux en région. « Nous ce qu’on pense, c’est que le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) pourrait mettre un inspecteur à temps plein dans un abattoir de proximité où les règles ne sont pas les mêmes. Ça pourrait désengorger l’industrie durant une période de temps », commente M. Bourassa.

Pour les producteurs qui ne veulent pas aller trop loin, des options pourraient s’ajouter, selon François Bourassa. « Il y a un abattoir à East Broughton qui pourrait recevoir des animaux. Il y a aussi l’abattoir à Coaticook qui abat présentement deux jours par semaine. Ils pourraient peut-être rajouter une journée. Il y a aussi l’abattoir Giroux à East Angus qui abat présentement du porc, mais qui a déjà abattu du bovin. On regarde toutes les éventualités. Par contre, ça ne veut pas dire qu’ils vont pouvoir recevoir autant de demandes », s’inquiète-t-il.

Pas certain de vouloir reconstruire

Le propriétaire de l’abattoir qui a été incendié à Lingwick, Donald Rousseau, ne sait pas encore s’il reconstruira l’entreprise dans laquelle il a passé 43 ans de sa vie à titre de propriétaire.

« Ça fait 47 ans que je travaille à l’abattoir, indique M. Rousseau, joint par téléphone. Je l’ai agrandi en étape sur une période de 35 ans. Reconstruire coûterait beaucoup plus cher que le montant que nous donne l’assurance », explique l’homme, visiblement dévasté par la situation.
Outre le bâtiment, M. Rousseau a perdu l’abattoir dirigé par sa famille  depuis trois générations. « Mon grand-père a commencé à vendre de la viande aux portes dans le village. Mon père s’est embarqué avec lui au début de l’abattoir. Lorsqu’il est décédé accidentellement en 1970, ma mère me l’a gardé jusqu’à ce que je l’achète à l’âge de 20 ans », se rappelle-t-il avec quelques trémolos dans la voix.

Malgré la lourde perte au niveau personnel, M. Rousseau n’oublie pas la douzaine d’employés de l’abattoir, ainsi que ses clients. « Il n’y a pas seulement moi là-dedans. Les employés et les clients, c’est ce qui me fait le plus mal au cœur. C’est le plus gros regret dans cet événement », commente-t-il.

De plus, l’automne est une saison importante dans le domaine de l’abattoir. L’entreprise affichait complet pour plusieurs mois. « On était complets jusqu’au mois de janvier, dans un abattoir, l’ouvrage arrive avec les saisons », commente M. Rousseau.

L’abattoir Rousseau a été la proie des flammes mardi soir dernier. La cause de l’incendie est de nature électrique.