Le grand chef de la nation huronne-wendat Konrad Sioui
Le grand chef de la nation huronne-wendat Konrad Sioui

Un imbroglio selon le grand chef Sioui

SHERBROOKE — L’entente intervenue entre la Nation huronne-wendat et le gouvernement fédéral n’a bloqué aucun projet d’infrastructures au Québec depuis un an et demi.

C’est le grand chef Konrad Sioui qui l’affirme, en entrevue avec La Tribune, au lendemain d’un article où on apprend que la Ville de Lac-Mégantic est en attente du feu vert d’Ottawa sur cette exigence de consultation autochtone pour lancer un chantier de réfection d’aqueduc et d’égout sur la rue Champlain.

« Je vais faire un suivi auprès des hautes instances fédérales, assure le grand chef Sioui. C’est un imbroglio qui va se résoudre rapidement. On est dans une période d’ajustements et il faut juste s’habituer. C’est incroyable comme on ne se connaît pas même si pourtant on a toujours vécu un à côté de l’autre. »

Toute cette affaire découle du Protocole sur la consultation et l’accommodement de la Nation huronne-wendat conclu avec Ottawa en janvier 2019. 

Selon cette entente, le gouvernement fédéral s’est engagé à consulter les Hurons-Wendat avant l’approbation finale de projets d’infrastructures « susceptibles de toucher leurs droits ancestraux » dans le Nionwentsïo, un territoire qui englobe grosso modo la région de Québec et s’étend jusqu’au nord du Maine.

Or en attente d’une aide financière de 1,06 million $ du Fonds (fédéral-provincial) pour l’infrastructure municipale d’eau, la mairesse de Lac-Mégantic Julie Morin a appris par Québec le mois dernier qu’il faudra que ces exigences de consultation soient satisfaites avant de pouvoir lancer les travaux.

Pour le grand chef Sioui, le protocole n’a pas pour objectif de retarder quoi que ce soit et il se désole de la situation, qu’il attribue à une simple période d’ajustements. 

Cette entente, explique-t-il, a été obtenue après plusieurs années de discussions avec le gouvernement canadien et il s’en réjouit pour les siens.  

La Nation huronne-wendat a un peu d’avance, glisse-t-il d’ailleurs, mais elle sera bientôt suivie par d’autres nations qui mènent des discussions semblables pour être considérées sur leur territoire ancestral, entre autres les Innus sur la Côte-Nord et au Lac-Saint-Jean. 

« Ce sont des ententes qui sont faites à travers le Canada. Dans le fond on a tous le même objectif et le même but, c’est de s’assurer que les mesures environnementales sont respectées et que quand il y a des questions qui touchent les premières nations sur leur territoire ancestral, qu’on établisse des relations bilatérales pour qu’on puisse non seulement être consultés mais qu’il y ait des accommodements. C’est fait pour que la Nation huronne-wendat soit impliquée et sache un peu ce qui se passe. » 

« Ça améliore la qualité de vie, ça améliore les relations, ça donne un peu de respect à nos ancêtres, et quand je dis nos ancêtres, c’est les vôtres et les miens, parce que mes ancêtres c’est les vôtres aussi si vous vivez dans le Nionwentsïo », fait-il valoir.

Des mains tendues

Konrad Sioui explique que depuis que le protocole a été conclu, il a écrit aux quelque 300 municipalités et MRC concernées, par souci de bon voisinage et de respect. 

Cette lettre invite les maires à présenter leur projet d’infrastructures au conseil de la Nation et souligne l’obligation de consultation du gouvernement fédéral. 

Le Nionwentsïo, détaille aussi Konrad Sioui, a son « bureau » avec des ressources en ingénierie, architecture, archéologie, anthropologie et histoire prêtes à étudier les projets et à leur apporter une plus-value, ce qu’elles ont fait abondamment depuis un an et demi. 

« Vous seriez surprise de la réponse que j’ai obtenue. J’ai tendu une main et j’ai senti d’autres mains se rapprocher et c’est tant mieux. On ne peut pas toujours être en dehors du système, exclus de tout et être considérés comme un obstacle dans la vie de tout le monde. »

« On est un peuple qui sait cohabiter, ajoute-t-il. Ici, à Québec, c’est de la coexistence pacifique et du respect mutuel. Quand on a des questions à régler, on s’assoit et on se parle comme de grandes personnes. »

Le grand chef de la nation huronne-wendat ne pouvait dire, lundi, pourquoi le dossier de Lac-Mégantic semble traîner. Il estime que le gouvernement fédéral joue son rôle et remplit ses obligations constitutionnelles, mais admet du même souffle que son peuple aura peu à redire sur la réfection de conduites d’égout et d’aqueduc. 

Est-ce que la Ville de Lac-Mégantic aurait dû communiquer directement avec le conseil de la Nation huronne-wendat? 

« Je ne blâme personne, répond Konrad Sioui. La démarche est ambiguë. Mais avec une grosse machine comme le Canada, il ne fallait pas s’attendre qu’en un an on ait trouvé une formule qui aurait tout réglé. On le voit ici, c’est un petit projet qui va être réglé avec un peu de travail de nos fonctionnaires respectifs. »