La Ville de Lac-Mégantic attend impatiemment le feu vert du gouvernement fédéral pour lancer les travaux de réfection de la rue Champlain, où les conduites d’eau et d’égout doivent être refaites.
La Ville de Lac-Mégantic attend impatiemment le feu vert du gouvernement fédéral pour lancer les travaux de réfection de la rue Champlain, où les conduites d’eau et d’égout doivent être refaites.

Un chantier d’infrastructures retardé par une entente avec les Hurons-Wendat

SHERBROOKE — Les travaux de réfection de la rue Champlain à Lac-Mégantic, que la Ville a prévu réaliser durant les vacances scolaires, semblent retardés en raison d’une entente signée en janvier 2019 entre la Nation huronne-wendat et le gouvernement fédéral.

En vertu de cette entente, le gouvernement s’est engagé à consulter les Hurons-Wendat avant l’approbation finale de projets d’infrastructures « susceptibles de toucher leurs droits ancestraux » dans le Nionwentsïo, un territoire qui englobe grosso modo la région de Québec et s’étend jusqu’au nord du Maine.

La mairesse de Lac-Mégantic Julie Morin a eu la puce à l’oreille dans une correspondance avec la ministre des Affaires municipales, en mai, où on l’informait que le projet était admissible à une aide financière de 1,06 million $ du Fonds (fédéral-provincial) pour l’infrastructure municipale d’eau, mais que les travaux « faisaient l’objet d’exigences en matière d’évaluation environnementale et de consultation des peuples autochtones ».

« Infrastructure Canada informera prochainement la Ville de ces exigences. Ainsi, si les activités de construction ou les travaux préparatoires sur les lieux débutaient avant qu’Infrastructure Canada n’ait confirmé que ces exigences avaient été satisfaites, le gouvernement du Canada pourrait ne pas verser sa contribution aux travaux », précise la ministre Andrée Laforest dans cette lettre.

La mairesse Morin, comme d’autres maires au Québec, avait eu vent de cette entente en décembre 2019 à travers une missive signée celle-là par le grand chef de la Nation huronne-wendat Konrad Sioui, sans toutefois en mesurer les conséquences, admet-elle aujourd’hui.

Le grand chef Sioui y déclare que le Protocole de consultation et d’accommodement de la Nation huronne-wendat signé par le gouvernement du Canada est un « événement significatif » pour sa Nation. 

Il ajoute que le gouvernement s’est engagé à consulter et à accommoder sa Nation sur « tout projet ayant des impacts sur [ses] droits, ses activités et ses intérêts » et il invite les maires à communiquer directement avec le Conseil de la Nation huronne-wendat « lorsqu’un projet de développement ou de conservation de l’environnement, à caractère économique sera en élaboration dans [leur] région ».

« Ça dit que le gouvernement s’est engagé à consulter, pas que le gouvernement du Canada demande que les Municipalités consultent », décode Julie Morin, qui devait octroyer le contrat de réfection de la rue Champlain au plus tard lors du conseil municipal du 16 juin, en vertu des règles et délais habituels du système d’appels d’offres.

« Moi, faire la réfection d’une rue, je n’avais pas compris que c’était un projet de développement ou de conservation de l’environnement, explique-t-elle. La rue est déjà là. Il faut refaire les conduites d’eau en dessous d’une rue où il y a déjà des maisons et une école [l’école primaire Sacré-Cœur]. Est-ce que je dois comprendre que si on consulte et qu’ils ne sont pas d’accord avec la réfection, je ne pourrai plus desservir ces citoyens? »

« Comment le peuple autochtone pourrait dire non à ces travaux, je ne vois pas, reprend la mairesse. En même temps on ne connaît pas la nature des consultations, on ne sait même pas si c’est nous ou si c’est eux [le gouvernement fédéral] qui consulte, et sur quoi on consulte. On ne sait rien. »

La mairesse ajoute que le fédéral sait depuis longtemps que ces travaux sont dans les cartons puisque la demande de subvention au FIMEAU a été faite l’année dernière.

Combien de projets bloqués?

Interpellé sur la question, le député conservateur de Mégantic-L’Érable s’est tourné vers la ministre des Relations Couronne-Autochtones mardi à la Chambre des communes virtuelle. Luc Berthold a demandé à la ministre Carolyn Bennett combien de projets étaient ainsi « bloqués » au Québec parce que les municipalités n’ont pas été informées de cette nouvelle procédure et donc qu’aucune consultation n’a été menée.

Luc Berthold ne voit aucun problème à consulter les Hurons-Wendat. Il en a contre la façon dont l’entente a été conclue et ce qu’il qualifie de manque de transparence du gouvernement libéral. 

« Le gouvernement ne donne pas d’information aux municipalités qui attendent le feu vert pour commencer les travaux. C’est totalement inacceptable! » martèle-t-il.

La ministre Bennett a répliqué que son gouvernement avait un devoir de consultation, qu’il travaillait très fort pour faire avancer les projets et qu’il en avait octroyés 262 au Québec dans les derniers mois, sans préciser toutefois le nombre de projets encore en attente.

À Lac-Mégantic, un deuxième projet de réfection de rue doit passer par le même canal. Celui-là concerne la rue Laval, l’artère principale de la ville, bordée d’un bout à l’autre de commerces et résidences. L’administration Morin a prévu ce chantier d’environ 3 millions $ en 2021-2022.