Maxime Goupil, de Sapins Goupil, qui offre ses produits dans 14 points de vente, notamment chez Canac et RONA. L’entreprise prévoit vendre 10 000 sapins.

Un beau Noël pour les producteurs de sapin

Noël brillera cette année pour les producteurs de sapin du Québec. La cuvée s’annonce la meilleure depuis 35 ans.

Pour la première fois depuis plus d’une décennie, selon les associations de producteurs d’arbres de Noël du Québec et du Canada, les conditions du marché — entre autres avec la baisse de production provenant des États-Unis — ont permis aux producteurs en gros d’augmenter leurs tarifs entre 1 $ et 3 $ l’unité. 

Selon les prévisions, ce sont 1,6 million de sapins du Québec qui trouveront preneur au cours des prochains jours, comparativement à 1,3 million l’an dernier. Cela représente un marché d’environ 24 millions $ pour la province.

«Il y a 35 ans, nous vendions 1,8 million d’arbres; le marché a chuté à environ 700 000 et aujourd’hui, nous sommes de retour aux beaux jours», indique au Soleil Larry Downey, président de l’association canadienne. Son fils, Jimmy, est responsable de la branche québécoise. Et d’ailleurs, le Québec tire très bien son épingle du jeu dans ce marché, étant le principal fournisseur à travers le pays. Plusieurs pépinières sont notamment situées en Estrie.

Les dernières années n’ont pas été de tout repos pour les producteurs, en raison du tarif des intrants et de la guerre des prix avec les autres provinces et les marchands du pays de Donald Trump. L’industrie a d’ailleurs perdu de nombreux joueurs. De 450 producteurs de sapins de Noël vers la fin des années 90, le Québec en comptait 280 en 2014 et plus que 150 aujourd’hui, selon des données des associations.

Consolidation

«Il y a eu une consolidation du marché», concède Larry Downey, précisant toutefois que la production est toujours similaire. «Aujourd’hui, l’industrie est en bonne santé financière. Les dernières années ont été très difficiles, mais nous nous sommes tenus debout», a renchéri son fils.

Comme le veut le proverbe : après la pluie, le beau temps. La demande en provenance de la Nouvelle-Angleterre, de New York, de l’Amérique du Sud, de l’Amérique centrale et même de l’Asie, est aujourd’hui au rendez-vous. Environ 85 % des arbres produits au Québec sont exportés vers le sud de la frontière canadienne. 

Cette situation a de quoi faire sourire des entreprises comme Québec Balsams, située en Estrie, qui brasse des affaires dans plus d’une vingtaine de pays, dont le Venezuela, le Panama, Porto Rico, Singapour et la Thaïlande. 

Exportation

Des 100 000 arbres vendus par cette compagnie, environ «90 %» sont exportés par bateau ou à bord de camions réfrigérés à l’extérieur du Canada. Il faut prévoir jusqu’à 18 ans pour obtenir un sapin à maturité.   

«Depuis deux ans, nous avons même des commandes [2000 arbres] du Pérou, mais nous ne pouvons pas encore livrer en raison de la réglementation. C’est un marché qu’on souhaite développer, car il n’y a aucun arbre naturel en ce moment», avance le propriétaire Gérald Couture, concédant qu’il y a un manque d’arbres sur le marché. 

Par les années passées, une surproduction de sapins de Noël du côté des États-Unis, notamment en Caroline du Nord, entraînait une bataille de prix entre les deux pays. 

«Aujourd’hui, avec un dollar plus faible, c’est certain que c’est plus facile pour nous», concède l’homme d’affaires. «Même si c’est loin, les coûts de transport [3500 $] pour la Thaïlande sont moins dispendieux que pour aller en Amérique du Sud, en raison du volume par conteneur et de la compétition. [...] Cela me rapporte le même prix par unité [25 $] pour l’envoyer au Sud ou en Nouvelle-Angleterre». Dans les Caraïbes, un sapin de sept ou huit pieds de bonne qualité se vend aux consommateurs entre 70 et 100 $US (89 et 127 $), précise-t-il.

Contrairement à 1995, où le coût de production pour un arbre de Noël naturel était d’environ 6 $ dans la province, aujourd’hui, il avoisine 15 $. Pour l’entreprise Sapins Goupil, qui offre ses produits dans 14 points de vente, notamment chez Canac et RONA, le retour vers un équilibre du marché était très attendu.

«Il y a une tendance vers le sapin naturel et les Américains ont diminué leur production. On le ressent déjà», affirme Marquis Goupil, n’étant pas certain de pouvoir répondre à la demande. Il prévoit vendre 10 000 sapins. «Durant 15 ans, je n’ai jamais été en mesure d’augmenter mes prix. Dès l’année prochaine, je vais pouvoir le faire. Cette année, pour ma part, il n’y a pas eu de hausse», ajoute-t-il, précisant que la mode est surtout pour l’autocueillette. Il envisage d’ailleurs d’offrir ce nouveau produit dès 2018. 

Le prix de détail pour un sapin peut varier de 25 $ à 65 $. Il est déterminé en fonction de sa hauteur, de l’espèce et de sa grosseur. Au Canada, plus de 2,5 millions d’arbres de Noël sont produits chaque année.