Les vignobles devront être créatifs. Par exemple, au Cep d’argent, la dégustation se fera maintenant en plein air pour respecter la distanciation sociale.
Les vignobles devront être créatifs. Par exemple, au Cep d’argent, la dégustation se fera maintenant en plein air pour respecter la distanciation sociale.

Tourisme: les vignobles devront être créatifs

La mesure de distanciation sociale qui pourrait durer plusieurs mois obligera également les vignobles à faire preuve de créativité dans les visites prévues cet été.

« Il va falloir s’adapter, convient d’entrée de jeu Jean-Paul Scieur, copropriétaire du Cep d’argent. On ne peut pas faire comme avant. J’ai une visite guidée où la dégustation se termine dans la cave à champagne. C’est évident que de garantir deux mètres de distanciation, c’est difficile. Possiblement que la dégustation se fera à l’extérieur de la cave, dans un endroit où on est capables de respecter les directives de la Santé publique. »

Cette activité pourra donc être faite en plein air. « J’ai une grande terrasse et un gros chapiteau dans le milieu des vignes. Je vais m’arranger pour que les tables de dégustations soient conformes par rapport aux directives de la Santé publique. Les gens vont pouvoir faire des dégustations d’une façon sécuritaire. De faire une dégustation dans les vignes, où on a une vue sur le petit lac Magog, je pense que le changement sera bénéfique pour l’expérience du client », dit-il avec optimisme. 

Est-ce que M. Scieur prévoit faire le même chiffre d’affaires que l’an dernier? « Honnêtement, j’aurais tendance à dire que non. Je suis de nature optimiste, mais il ne faut pas rêver non plus. C’est à nous comme entrepreneurs de trouver des idées et des façons de faire pour continuer à vivre. C’est une grosse épreuve qu’on a à passer. En étant solidaires, on va être capables de faire quelque chose. Des projets seront remis à plus tard, car on ne sait pas où on va. Il faut être prudents et créatifs. »

D’après lui, les clients reviendront avec le beau temps. « Quand le soleil va se mettre en marche, c’est évident que si on offre un endroit sécuritaire pour les gens et pour nos employés [pour déguster], il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas », assure-t-il. 

L’engouement pour l’achat local se fait par ailleurs sentir au Cep d’argent, selon Jean-Paul Scieur. « On a vu une augmentation des ventes en ligne. Déjà le premier ministre a répété d’acheter local. Une partie des gens ont répondu à ça. Des gens qui ont plus de 70 ans veulent qu’on leur livre du vin, car ils ne veulent pas sortir de la maison. Ce ne sont pas des points positifs, mais la situation crée un changement du chiffre d’affaires », dit celui qui est établi en région depuis 34 ans. 

38 à 40 % de pertes de revenus

Le copropriétaire de la Halte des Pèlerins, Marco Corbin, nage aussi dans l’inconnu. « Pour tout ce qui est rassemblements, j’avais prévu le coup. Pour tout ce qui est noces et réceptions, c’est à bannir en 2020. L’ensemble de mes mariés a voulu se déplacer à l’an prochain. L’agrotourisme va ressembler à quoi? Avec les fameux deux mètres, il va falloir adapter nos bâtiments. Ce n’est pas juste d’accueillir du monde, c’est de les accueillir correctement, selon les nouvelles normes », dit-il, prévoyant que l’agrotourisme de groupe « n’arrivera pas ». 

« [La situation] représente une perte entre 38 et 40 % de mon chiffre d’affaires, enchaîne-t-il. Je me considère comme étant chanceux, car les hôteliers, c’est zéro. Moi, je peux me rabattre sur la vente de vin. Le réseau d’épicerie fonctionne bien, la SAQ et les livraisons aussi. Est-ce que l’agrotourisme de façon individuelle va reprendre cet été? Je pense que oui. À quelle hauteur? Je pense qu’il faut être proactif de ce côté. On l’est déjà », résume-t-il, ajoutant qu’il « y va un peu à tâtons » en vue de son déploiement estival.