L’usine d’American Biltrite a ralenti considérablement ses activités en réponse aux directives du gouvernement provincial pour tenter d’enrayer la pandémie de coronavirus. Elle fabrique néanmoins des produits pour le secteur hospitalier.

Tafisa et American Biltrite s’adaptent à la crise

Même si elle a craint de devoir procéder à un arrêt complet de ses opérations jusqu’au 13 avril, pour se conformer aux mesures édictées par le gouvernement provincial dans sa lutte à la pandémie de coronavirus, l’entreprise Tafisa de Lac-Mégantic s’en sortira plutôt avec un ralentissement de ses activités. Du moins jusqu’à nouvel ordre.

Après deux jours de discussions avec Québec, le plus grand employeur de Lac-Mégantic pourra finalement maintenir une de ses deux lignes de production de panneaux de particules et deux de ses cinq lignes de laminage pour répondre à des besoins créés par la pandémie dans les secteurs hospitalier et de l’alimentation.

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« On vend beaucoup à des distributeurs et ils nous avaient avisés que dans leur clientèle à eux, il y a plusieurs entreprises qui fabriquent des cabinets, des comptoirs ou différents types de produits qui peuvent servir à séparer ou à contenir les gens », explique Louis Brassard, président-directeur général de Tafisa.

L’entreprise de 350 employés a néanmoins réduit la cadence pour s’ajuster à ce marché spécifique et procédé à 48 mises à pied dans son personnel de production.

En avant-midi mercredi, Tafisa était plutôt engagée dans un scénario d’arrêt des activités d’ici vendredi. La reconnaissance d’une partie de sa production aux critères des services essentiels a donc été reçue comme une bonne nouvelle en après-midi.

« On suit la situation non pas de jour en jour, mais d’heure en heure, commente Louis Brassard. Et on va être doublement vigilant sur la santé et sécurité et sur les mesures d’hygiène dans l’usine pour éviter la propagation du virus ici », assure-t-il.

Louis Brassard

American Biltrite

Chez American Biltrite, au centre-ville de Sherbrooke, l’adaptation de la production à la crise actuelle fait plus mal. L’entreprise de 250 travailleurs n’a pu conserver que 20 employés de production sur le site.

Le manufacturier continuera à desservir certains clients qui font partie des services essentiels, entre autres des fabricants de composantes de respirateurs artificiels.

American Biltrite fabrique aussi des tapis antibactériens pour les hôpitaux et a des contrats à honorer pour des établissements à New York et au Tennessee.

« Tout ce qui est administratif, marketing, ressources humaines et logistique est en télétravail, précise le vice-président et directeur général d’American Biltrite Jean-Pierre Benoit. Pour la fabrication, ça va être une vingtaine d’employés, et on va renforcer, comme on l’a fait depuis quelques semaines, la désinfection de tous les postes de travail et toutes les autres mesures d’hygiène. »

Même si elle ne sera pas sans impact financier majeur sur l’industrie manufacturière québécoise, M. Benoit comme M. Brassard jugent que la stratégie du gouvernement d’imposer cette pause de trois semaines aux entreprises qui n’offrent pas des services essentiels est la bonne.

Ils déplorent néanmoins que leurs compétiteurs américains, ou même ontariens, ne soient pas soumis aux mêmes restrictions. « Je pense que ce qu’on essaie au Québec pour que la courbe soit moins pire, c’est la bonne chose, analyse Jean-Pierre Benoit. Le temps va nous le dire. »

« On est d’accord avec les mesures, ajoute M. Brassard. On croit que c’est la bonne approche de réduire l’activité pendant une certaine période pour enrayer la pandémie. Le problème, c’est que les autres juridictions que le Québec n’ont pas la même rigueur. Peut-être qu’on va réussir, mais même si on réussit, ce n’est pas dit qu’ailleurs ça va être réglé. Et on risque d’être affecté par la suite de toute façon. Ce sont des vases communicants. »

Les deux patrons s’inquiètent aussi que leurs employés mis à pied peinent à toucher rapidement leurs prestations de chômage. Et espèrent que ce ralentissement forcé ne durera pas plus de trois semaines.

« On fait un plan évolutif, dit M. Brassard. On espère trois semaines, mais on sait que ça pourrait être prolongé. Ça va dépendre de nos voisins encore une fois et de ce qui se passe au Québec. En même temps, c’est tout un pan de l’économie qui est fermé. C’est majeur comme impact. Ça ne peut pas se prolonger plus que trois semaines. »

Kruger en activité

Les deux usines de Kruger à Sherbrooke demeurent elles aussi en activité « jusqu’à nouvel ordre » puisqu’elles sont considérées comme des fournisseurs de produits et services nécessaires aux besoins quotidiens des consommateurs. Dans le secteur Brompton, on parle de papiers de spécialité, de recyclage et de production d’électricité, tandis qu’à Lennoxville, on œuvre dans le papier tissu.

Dans un communiqué envoyé en réponse à la demande d’entrevue de La Tribune, Kruger précise également qu’elle prend des mesures de sécurité et d’hygiène rigoureuses afin de s’assurer que ses employés « identifiés comme faisant partie de la main-d’œuvre essentielle puissent continuer à travailler en toute sécurité et contribuent à prévenir la propagation du coronavirus ».