En plus d'annoncer une imminente stratégie ferroviaire, ce qui ne s'est pas vu au Québec depuis presque 30 ans, le ministre Bonnardel s'est engagé à accélérer la réfection du tronçon gaspésien. Il n'a toutefois pas donné d'idée au sujet de la réduction du présent délai de six ans.

Sommet sur le transport ferroviaire: une stratégie pour le prochain quart de siècle

DRUMMONDVILLE – Le ministre québécois des Transports, François Bonnardel, annonce l’établissement d’une future stratégie ferroviaire pour les 20 à 25 prochaines années au Québec, une politique qui verra à l’amélioration des 25 % du réseau de juridiction québécoise.

M. Bonnardel a fait cette annonce en marge du Sommet sur le transport ferroviaire, tenu à Drummondville lundi. Aucun montant n’a été annoncé, mais des sommes à déterminer sont prévues pour intensifier le maintien et l’amélioration des infrastructures ferroviaires, renforcer la sécurité et accroître le transport des marchandises et des passagers par rail.

Le ministre a également confirmé la poursuite de la réhabilitation du chemin de fer Québec Central, dans Chaudière-Appalaches, incluant la conception du pont de Vallée-Jonction et le retour éventuel d’un service ferroviaire vers Thetford Mines. L’étape commencera avec la réalisation d’une étude d’opportunités pour déterminer le volume de marchandises susceptible d’emprunter l’axe Vallée-Jonction-Thetford Mines.

«Il faut transférer des marchandises présentement transportées par camion vers le réseau ferroviaire», a indiqué le ministre Bonnardel, avouant que depuis un quart de siècle, son ministère avait trop souvent oublié le transport ferroviaire. Il a aussi indiqué que le rail constitue l’un des moyens de réduire l’empreinte environnementale liée au transport, source de 43 % des émissions québécoises de gaz à effet de serre.

Depuis 40 ans, le Québec a perdu quelques milliers de kilomètres de voies ferrées, une situation qui a coupé bien des avenues de développement économique et social. C’est une situation qui a multiplié le recours aux camions, et accentué la pénurie de conducteurs.

Le ministre Bonnardel a indiqué que la stratégie ferroviaire à venir, dont la préparation sera amorcée au cours des prochaines semaines, prévoit non seulement des sommes pour les chemins de fer proprement dits, mais aussi «pour des bâtiments, des voies d’évitement, des équipements de manutentions et des centres de transbordement». Il a de plus précisé qu’il était en train de travailler avec le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, pour qu’Ottawa collabore au projet de stratégie ferroviaire à long terme.

Le président du comité ferroviaire de l’Union des municipalités du Québec, Jean-Maurice Matte, sort satisfait de l’annonce faite par le ministre Bonnardel. «Le ministre a livré une bonne portion des attentes venant du travail réalisé par les municipalités depuis le Forum ferroviaire de novembre 2018. On va s’assurer que les intentions exprimées aujourd’hui deviendront des “livrables”. Il y a encore 500 municipalités au Québec desservies par le rail».

Gaspésie

L’un des gros dossiers de Transports Québec depuis quatre ans consiste en la réfection du chemin de fer de la Gaspésie, en particulier la section entre Caplan et Gaspé, mise en dormance par ce même ministère en dépit du fait que des clients maintenant importants étaient sur le point de s’en remettre au chemin de fer. Il s’agit de LM Windpower à Gaspé et Ciment McInnis à Port-Daniel, deux sociétés devant acheminer leurs pales et leur ciment par camion avant de se rendre au chemin de fer.

En avril, le premier ministre François Legault avait indiqué que la réfection du tronçon gaspésien ne serait pas complétée avant 2026, soit sept ans de plus. À la fin d’août, après une manifestation tenue à Gaspé pour réclamer une réduction de cette attente, M. Legault a coupé d’un an le délai, mais les Gaspésiens sont d’avis que la réfection peut être réalisée plus rapidement.


« Il faut transférer des marchandises présentement transportées par camion vers le réseau ferroviaire »
Le ministre québécois des Transports, François Bonnardel

À ce sujet, François Bonnardel a indiqué lundi que les Gaspésiens «auront de bonnes nouvelles au cours des prochaines semaines (…) On travaille très fort à réduire ce délai».  Il n’a pas précisé de date.

Le président de la Société du chemin de fer de la Gaspésie, Éric Dubé, croit que Transports Québec adopte des moyens réels pour réduire le temps de réalisation de la réfection du tronçon de la péninsule, «en appliquant une pratique de regroupement des appels d’offres. C’était nécessaire parce qu’une partie du problème était attribuable au fait que certains appels d’offres étaient trop petits; les entrepreneurs ne déposaient pas de proposition».

Serge Saint-Pierre, président du Conseil central CSN en Gaspésie, un syndicat militant depuis des années pour que Québec réalise cette réfection au plus coupant, craint que des opportunités de transport ferroviaire et des projets soient perdus si ça prend trop de temps».

La CSN à l’échelle nationale suit également ce qui se passe dans le rail depuis que les travaux de réfection des tronçons sont assujettis au décret de la construction. «Il y a de 8000 à 14 000 travailleurs de la construction à remplacer chaque année au Québec. Le signal envoyé ici au Sommet ferroviaire, c’est qu’il y aura de la place pour former des nouveaux travailleurs pour tous les chantiers de réfection ferroviaire. Ça représentera éventuellement des millions d’heures de travail par année», précise Pierre Brassard, président de la CSN-Construction.