Hôte du Grand symposium en droit du travail et de l’emploi de Lavery Avocats, qui s’arrêtait à Sherbrooke mardi, l’associée Danielle Gauthier pose avec la conférencière Josée Garceau, spécialiste des relations intergénérationnelles. Le symposium a aussi été l’occasion de parler des changements à la loi sur les normes du travail et de la protection de la vie privée à l’ère des médias sociaux.

S’inspirer des Y pour faire évoluer les milieux de travail

Plutôt que de décrier les habitudes et les valeurs des employés de la génération Y, il faudrait s’en inspirer pour faire évoluer les milieux de travail.

Toutes les générations y trouveraient leur compte, assure la conférencière Josée Garceau, une spécialiste des relations intergénérationnelles et de la gestion de ces travailleurs âgés de moins de 35 ans.

Mme Garceau prenait la parole, mardi, au Grand symposium en droit du travail et de l’emploi organisé par le cabinet d’avocats Lavery à l’intention de sa clientèle.

Celle qui a été directrice du recrutement étudiant à l’Université de Sherbrooke pendant 10 ans a développé une expertise recherchée pour mieux comprendre les générations X et Y.

« Dans mon propre bureau, relate-t-elle, j’avais à l’époque quatre générations qui travaillaient, alors je vivais aussi le volet gestionnaire qui doit composer avec une stagiaire de 19 ans et une commis qui en a 64. Comment peut-on faire travailler tout ce monde, leur trouver des points communs et aplanir les idées préconçues qu’on a sur les autres générations? »

Après avoir brossé le portrait des trois générations qui se côtoient actuellement dans les milieux de travail, Mme Garceau a livré plusieurs conseils pour favoriser la rétention des Y et tirer profit de leurs forces.

Rappelant qu’ils arrivent sur le marché du travail dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, elle insiste sur le fait qu’ils ont le choix et qu’ils se sentent très à l’aise de partir si l’employeur ne leur offre pas les défis attendus.

« Au contraire, les travailleurs de la génération X sont arrivés sur le marché du travail quand toutes les portes étaient fermées et qu’il n’y avait pas d’emplois. Ils ont été à contrat pendant des années et quand ils ont eu la chance de trouver un vrai travail, ils l’ont accepté même s’ils n’étaient pas complètement heureux. »

Aux baby-boomers qui n’ont pas hésité à enfiler des semaines de 60 heures contre un bon salaire et de l’avancement, elle conseille de ne pas espérer que la génération Y en fasse autant.

« Pour un représentant de la génération Y, la promotion n’est pas de monter à la verticale, c’est d’aller vers un emploi plus agréable, dans un endroit où il y a plus de plaisir, où le projet est plus intéressant et où il sent qu’il peut faire une différence. Même si c’est au même salaire ou à un salaire moindre », dit-elle.

Du point de vue de la conférencière, les milieux de travail ont beaucoup à gagner de s’inspirer des Y.

« Les gens pensent que c’est juste d’avoir une belle machine à café, une table de baby-foot et une terrasse au soleil, mais ce n’est pas ça. C’est le sens de ce qu’on fait. Est-ce que c’est important, est-ce que ça change la vie des gens, est-ce que ç’a un impact positif? C’est le nerf de la guerre. Si les emplois ne sont pas valorisés et valorisants, c’est sûr que cette génération-là n’y trouvera pas son compte. »

Ne pas se comparer

Et toutes les générations, après y avoir goûté, apprécieront de savoir pourquoi ils doivent faire les choses et obtenir de la rétroaction.

Les baby-boomers, amène-t-elle aussi en exemple, même s’ils n’ont plus de jeunes enfants à la maison, trouveront dans des horaires de travail plus accommodants la latitude nécessaire pour s’occuper de leurs parents vieillissants.

Josée Garceau invite par ailleurs les générations à éviter de se comparer, puisque chacun est le fruit bien involontaire de son époque.

« Dans les années 60, avoir un premier emploi, ce n’est pas comme en 2018. Les circonstances, les pressions, le contexte économique ne sont pas les mêmes. Si on avait les mêmes circonstances, bien sûr qu’on ferait les mêmes choses. Si la génération X avait eu des circonstances facilitantes où il y avait beaucoup d’emplois et d’opportunités, elle aussi elle aurait choisi. Si le Y était dans une situation où il n’y a pas d’emploi et où c’est extrêmement difficile, lui aussi s’en contenterait. On peut bien se plaindre qu’on aime pas ce comportement-là, mais ils sont dans des circonstances où c’est à leur avantage et ils en profitent! Essayons plutôt d’y voir une opportunité pour nous autres aussi de changer les choses, de devenir plus attractifs et de peut-être voir le travail autrement. »

N’est-ce pas non plus ce que les baby-boomers ont fait à leur époque?

« Si les baby-boomers n’avaient pas questionné quand ils sont arrivés sur le marché du travail, on serait encore à travailler comme dans les années 30. C’est parce qu’ils ont questionné, c’est parce qu’ils ont poussé des changements, c’est parce qu’ils ont mis des associations professionnelles et des syndicats... S’ils l’ont fait, eux, pourquoi les jeunes ne pourraient-ils pas le faire aujourd’hui? »

Ils sont nés entre 

1946 et 1964 - Baby-boomers

1965 et 1980 - Génération X

1981 et 2000 - Génération Y