Nancy Squire est épicière propriétaire au Silo, une épicerie où la gestion des matières résiduelles et la revalorisation font partie de la culture d’entreprise.

Silo: petit geste ira loin

Au Silo, on fait son épicerie en vrac en amenant ses propres contenants pour le remplissage par souci environnemental. Mais cette volonté est également présente dans toutes les sphères du commerce, elle est partie intégrante du commerce.

« Le Silo c’est vraiment un projet global où la gestion des matières résiduelles a été intégrée dès le départ, jusque dans le design de l’épicerie. Tous les meubles ont été construits par Réuse, un ébéniste de la région qui utilise du bois destiné à l’enfouissement. Il pasteurise le bois à haute température et crée des meubles », lance d’emblée Nancy Squire, épicière propriétaire.

Toujours en termes de valorisation, les fruits et légumes qui ne sont pas vendus, mais toujours propres à la consommation, sont réutilisés dans la cuisine de l’établissement pour différentes recettes.

« Au niveau de la matière résiduelle, on utilise les trois voies que ce soit à l’arrière, sur le plancher avec les clients ou dans notre fromagerie et notre cuisine. Tous les employés sont formés à gérer les déchets », poursuit Mme Squire. Selon elle et ses employés, cette pratique n’est pas plus compliquée que de tout jeter et ne nécessite pas plus de temps.

Au Silo, il est question de réemploi pour limiter au maximum les rebuts. Les sacs de plastique reçus de fournisseurs sont réutilisés dans les poubelles et les boîtes de carton offertes aux clients pour transporter leurs achats. Les plastiques souples sont d’ailleurs pratiquement les seuls déchets ultimes générés par l’épicerie.

Nancy Squire travaille aussi avec ses fournisseurs afin qu’ils adoptent des techniques d’emballage plus écologiques. Certains ont même mis sur pied un système de consigne qui permet de réutiliser les mêmes contenants pour les commandes.
« Si les fournisseurs travaillaient aussi de leur côté pour emballer leurs produits dans des contenants compostables ou recyclables, on ne générerait pratiquement plus de déchets. Et ce serait réaliste. »

Prendre conscience

Pour l’épicière, un rêve serait d’implanter un programme d’éducation à l’interne pour sensibiliser la clientèle et faire rayonner les pratiques du Silo dans la gestion de matières résiduelles.

« Le petit geste compte. On se le fait dire, les gens font leur épicerie ici et quand ils vont dans d’autres commerces, ils réalisent qu’il y a beaucoup d’emballage. Ces gens-là travaillent parfois à la Ville ou dans de grosses entreprises, ce sont des acteurs de la société. Tu en prends conscience dans ta vie puis peut-être dans ton milieu de travail. Ça a des répercussions globales, puis c’est ce rayonnement qui va pousser en haut pour que les politiques changent », croit-elle.

Nancy Squire s’affaire ainsi à offrir des solutions à des gens qui veulent faire une différence.

En mode solution sur Wellington

Été 2015, la Ville de Sherbrooke lance un projet pilote pour inciter les restaurateurs de la rue Wellington à composter. Deux ans plus tard, on constate que si pour certains cela a fonctionné, cette approche ne convient pas à tous.

Des bacs de compostage communs avaient été installés derrière les bâtiments à trois endroits (ici appelés secteurs est, centre et ouest). Pour la Ville, l’objectif était d’évaluer les coûts et la logistique nécessaires afin d’assumer la gestion des déchets putrescibles des restaurateurs.

Une équipe verte veillait à caractériser et à peser les déchets au début du processus.

Christine Ouellet, alors conseillère municipale et présidente du comité de l’environnement, estime que si la méthode utilisée n’a pas été optimale, le bilan permet d’envisager de nouvelles solutions.

« Dans le secteur est, ç’a mieux fonctionné. Au centre et à l’ouest, il y avait moins de participation et, parfois, des matières non désirables se retrouvaient dans les bacs », explique-t-elle.

« Mais comme ç’a bien été dans l’est, le service a été maintenu pour eux. Ils étaient tellement impliqués et motivés, ça aurait été dommage d’arrêter », poursuit l’ex-conseillère.
Christine Ouellet est consciente que la logistique était défaillante pour certains commerçants et qu’un accompagnement plus rigoureux aurait été nécessaire. Elle est toutefois heureuse que la gestion soit reprise par le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie.

Avec son programme Objectif zéro déchet, l’organisme pourra proposer une manière de faire qui conviendra à chaque entreprise.

« C’est nécessaire, car en 2020, on ne pourra plus enfouir de matière putrescible », rappelle l’ex-conseillère.

Difficultés logistiques

Pour le restaurant Auguste, qui faisait partie du secteur central, la façon de procéder n’était tout simplement pas efficace.

« Comme 50 % de notre production devrait aller au compost, cela aurait nécessité que les cuisiniers sortent plusieurs fois dans la journée pour vider le contenant intérieur dans le bac à l’extérieur, qui était quand même éloigné », explique Anik Beaudoin, propriétaire du restaurant.

À cela s’ajoute la possibilité que le bac soit plein étant donné qu’il était partagé. Il faut aussi considérer que pour respecter les lois de la MAPAQ, les employés auraient dû consciencieusement se désinfecter les mains chaque fois.

Mais Anik Beaudoin souhaiterait faire sa part et apprécie les efforts de la Ville pour soutenir les restaurateurs. Au privé, la gestion d’un conteneur pour le compostage coûterait 750 $ par mois.

« Ce n’est pas par manque de volonté, mais c’était plus compliqué au niveau de la logistique. Le plus simple serait d’avoir un bac juste pour nous, alors on embarquerait à 100 %. »