Josée Fortin, directrice générale de Sherbrooke Innopole.

Sherbrooke Innopole rebrasse ses cartes

Alors que 2018 laisse poindre un certain ralentissement économique, La Tribune a demandé à des experts des différentes régions de l’Estrie de parler perspective et bons coups. À suivre au cours des prochains jours.

Recruter de la main-d’œuvre à l’étranger et planifier la création d’un nouveau parc industriel sont à l’agenda 2018 de Sherbrooke Innopole.

« Le parc industriel régional a été inauguré début 2016 et déjà de nombreuses entreprises s’y sont implantées. La lancée de 2016 s’est poursuivie en 2017 et, selon moi, elle se poursuivra en 2018 », croit Josée Fortin, directrice générale de Sherbrooke Innopole, la corporation paramunicipale dédiée au développement économique de la Ville de Sherbrooke.

Soprema commencera ses opérations au printemps. Motrec et Précigrafix construisent leur usine. En ce moment, 65 % de la nouvelle section du parc industriel régional est occupé, considérant qu’une portion du parc est non desservie à ce jour.

« Nous ferons une prospection intelligente pour les sites restants afin d’identifier où sont nos manques dans la chaîne de valeur de nos industries. On doit se demander : quand nos entreprises doivent-elles se tourner vers l’extérieur pour avoir recours à une expertise ? Et ensuite, aller chercher des entreprises qui ont cette expertise », explique Mme Fortin.

Trois ou quatre sites sont envisagés pour le nouveau parc industriel qui devrait être inauguré en 2019, car il y a plusieurs étapes encore à franchir.

Sherbrooke Innopole s’affairera également en 2018 à remplir son Espace LABz. « Deux nouveaux baux ont été signés depuis le début de 2018 ce qui fait en sorte que 13 des 20 laboratoires seront occupés déjà. On est en avance sur nos prévisions », se réjouit Mme Fortin.

Sherbrooke Innopole a par ailleurs restructuré son équipe pour répondre au besoin grandissant de main-d’œuvre de sa clientèle en créant un nouveau poste, soit celui de conseiller en attraction de talent.

« Son rôle sera d’attirer de la main-d’œuvre de l’extérieur du Québec et à l’international. On ne veut pas nuire à nos collègues des autres MRC, ce n’est pas le but », précise la directrice générale.


On doit se demander : quand nos entreprises doivent-elles se tourner vers l’extérieur pour avoir recours à une expertise ? Et ensuite, aller chercher des entreprises qui ont cette expertise.
Josée Fortin, directrice générale de Sherbrooke Innopole

Maintenir la croissance

L’embauche de cette nouvelle ressource, qui a pour objectif de maintenir la croissance de l’économie sherbrookoise, a été rendue possible grâce à la réduction des employés liés aux communications de l’organisation.

« On a le même budget pour les opérations et on a pris une décision d’affaires d’abolir un poste en communication pour en créer un qui répond mieux à notre mission. On n’est pas une firme de communication. Oui, on doit se promouvoir, mais on doit soutenir nos entreprises et tenir compte de leurs besoins et le plus criant est celui lié à la main-d’œuvre. On rebrasse les cartes pour mieux faire avec les ressources que nous avons », note Mme Fortin ajoutant qu’un groupe de gestion de projet a aussi été créé au sein de l’organisation.

« Les investissements dans la formation et dans l’innovation demeurent les meilleurs moyens de contrer la pénurie de main-d’œuvre. C’est un bon temps pour les entreprises d’investir, les taux sont bas, pour rendre nos PME plus rentables et plus concurrentielles. »

Selon la BDC, le Canada a eu une croissance économique solide de 3,1 % en 2017 et son expansion est généralisée, puisque tous les secteurs y contribuent. La croissance devrait ralentir, mais se poursuivre en 2018 avec une hausse anticipée de 2,2 %. Aussi, les exportations canadiennes de biens sont en hausse de 8,7 % en 2017 par rapport à l’année précédente.

« La récente baisse de la valeur du dollar canadien est aussi de bon augure pour les exportations en 2018. Bien sûr tout dépendant de la décision de Trump à savoir si les États-Unis se retirent ou non de l’ALENA », note Mme Fortin qui croit que les entreprises devraient diversifier leur marché, notamment en misant davantage sur le marché européen, pour contrer les risques liés à de possibles changements avec nos voisins du Sud.

La renégociation de l’ALENA n’est pas la seule préoccupation de Mme Fortin.

« Il y a aussi les droits compensatoires. Et un autre élément qui risque de nous faire mal est la baisse d’impôt des entreprises américaines. On perd un avantage concurrentiel à ce niveau », croit la directrice générale répétant qu’investir dans l’innovation est la meilleure solution pour que nos entreprises demeurent concurrentielles.