Pierre Moreau, président directeur général du Groupe Restos Plaisirs, veut faire augmenter le chiffre d'affaires de son entreprise de 50 à 100 millions $ d'ici cinq ans.

Restos Plaisirs: expansion au menu

Un Cochon Dingue à Montréal?

«Cette fois-ci, on se pose la question beaucoup plus sérieusement que par le passé», affirme au Soleil le président-directeur général de Restos Plaisirs, Pierre Moreau.

Le restaurateur de Québec a faim. 

Il veut faire grimper son chiffre d’affaires de 50 à 100 millions $ d’ici cinq ans.

L’entreprise qui opère 12 restaurants, deux boutiques et un service de traiteur sous sept marques de commerce différentes (Cochon Dingue, Café du Monde, Paris Grill, Lapin Sauté, JAJA, Ciel! Bistro Bar et Restos Plaisirs - boutique et traiteur) n’écarte aucun scénario alors qu’elle planche actuellement un plan stratégique qui lui permettra d’atteindre cet objectif pour le moins ambitieux.

Développement de nouveaux marchés. Acquisition de restaurants concurrents. Élargissement de la gamme de services. Création de nouveaux concepts.

«Nous considérons toutes les avenues», insiste Pierre Moreau.

Sauf la vente de Restos Plaisirs, un groupe fondé en 1987 par Jacques et France Gauthier. 

«Il ne faut jamais dire jamais dans la vie. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Par contre, pour l’instant, ce n’est absolument pas une option qui est sur la table», prend-t-il le soin de préciser en reconnaissant que l’industrie de la restauration a la bougeotte au Canada par les temps qui courent. Le Groupe d’alimentation MTY et Cara Operations — le nouveau propriétaire des Rôtisseries St-Hubert — sont particulièrement actifs. 

«Nous ne sommes pas à vendre. Au contraire. Nous venons de racheter notre fondateur et actionnaire de contrôle. J’ai 15 associés avec moi. La volonté de Jacques Gauthier a toujours été de faire en sorte que l’entreprise qui a été bâtie par des gens de Québec reste québécoise. Il aurait pu faire comme bien d’autres et vendre au plus offrant. De plus, ça faisait partie de l’entente (avec Jacques Gauthier) que l’entreprise demeure une propriété locale.»

Pas si gros que ça!

Puisque tout est sur la table, Restos Plaisirs pourrait-il exporter ses marques de commerce ailleurs au Québec?

«Pour vous dire franchement, nous ne l’avons jamais envisagé. Nous avons toujours voulu être identifiés à la ville de Québec, et ce, pour toutes sortes de raisons. Qu’on pense aux synergies publicitaires et à la présence de fournisseurs qui sont tous de la région. Aussi, nous, les dirigeants de l’entreprise, nous sommes proches de nos établissements. S’il y a un pépin qui surgit dans un restaurant, vingt minutes plus tard, je suis là», expose celui qui s’est joint à Restos Plaisirs en 2010.

«Condamné» à croître, le restaurateur n’écarte plus, aujourd’hui, une expansion à l’extérieur de la région de Québec.

«Si l’un de mes associés me disait qu’il était intéressé à s’établir ailleurs et y développer une marque, nous pourrions considérer le tout», indique Pierre Moreau.

Avec 12 restaurants et 900 employés, Restos Plaisirs est un gros joueur dans le monde de la restauration au Québec.

«Pas si gros que ça», intervient M. Moreau. «Une chaîne régionale comme nous aux États-Unis peut posséder jusqu’à 100 points de vente.»

«Nous n’avons donc pas le choix de continuer de croître pour maximiser nos synergies et les opportunités d’améliorer nos marges de rentabilité. Ces dernières sont constamment mises au défi par l’augmentation des coûts de la main-d’œuvre, de la nourriture et des taxes.»

En pause

Dans les bureaux administratifs de Restos Plaisirs, l’année 2018 est consacrée à l’élaboration du plan stratégique.

Pour l’ouverture de nouveaux restaurants, il faudra vraisemblablement attendre à 2019 ou à 2020.

«J’ai actuellement sept ou huit projets qui m’ont été présentés par des promoteurs. Je leur répète que l’on se reparlera en novembre prochain. Nous n’attendons que la fin de notre réflexion sur la croissance de l’entreprise pour remettre la machine en marche.»

Entre 2010 et 2017, Restos Plaisirs a investi 15 millions $ pour ouvrir de nouveaux restaurants ou pour retaper ses plus vieux. 

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RECRUTEMENT DE TRAVAILLEURS ÉTRANGERS: ENCORE TROP D'EMBÛCHES

«Les politiciens saisissent mal l’enjeu de l’immigration. Comme c’est souvent le cas, ils attendent une crise avant de réagir.»

Pierre Moreau ne sait vraiment plus à quel saint se vouer. 

«J’ai encore une quarantaine de postes à pourvoir d’ici le début de la saison estivale.»

Et ses espoirs de pouvoir les combler sont minces.

Ce qui signifie que les 900 employés de Restos Plaisirs seront appelés à faire des heures supplémentaires au cours des prochains mois.

«Le recrutement de la main-d’œuvre a toujours été un enjeu au cours des six à sept dernières années. Bon an mal an, on finissait toujours par pourvoir tous les postes. Je dois vous avouer que la situation est pas mal plus critique cette année», soulève le pdg de Restos Plaisirs.

Dans le cadre de sa planification stratégique, l’entreprise qui a vu son nombre de salariés passer de 350 à 900 entre 2010 et 2017 entend déployer des mesures «novatrices» pour faciliter au recrutement et la rétention des talents, notamment en matière de conditions de travail et de flexibilité des horaires.

Le recrutement international intéresse aussi Restos Plaisirs, même si «la paperasserie, la réglementation et l’obligation de devoir traiter avec deux paliers de gouvernement» rebutent l’employeur.

«Les règles actuelles ont été mises en place à une époque où elles avaient du sens. On ne voulait pas, par exemple, que les gens viennent ici pour profiter de notre système social ou pour occuper des emplois alors qu’il y avait des gens disponibles, ici, pour occuper ces emplois. La situation a bien changé», constate M. Moreau en signalant que les «gouvernements devraient être plus réceptifs à l’égard de l’immigration.»

À cet égard, il dit apprécier la «croisade» menée par le maire de la Ville de Québec, Régis Labeaume, pour abattre les règles qui nuisent au recrutement de travailleurs étrangers.

La force du nombre à la rescousse

La rareté de personnel a obligé des restaurateurs à prendre des mesures drastiques.

C’est le cas du paternel de Pierre Moreau, Michel, qui est propriétaire du restaurant La Tyrolienne à Québec. L’homme d’affaires a choisi de fermer son restaurant le lundi.

«Nous n’en sommes pas encore là», précise Pierre Moreau. «Par contre, je ne vous dis pas que ça ne se fera pas au cours des prochaines années.»

Selon le pdg, Restos Plaisirs parvient à s’en tirer en raison de la force du groupe.

«Certains de nos établissements sont plus achalandés que d’autres à un moment ou l’autre de l’année. Lorsque surviennent des situations critiques, un resto volera au secours d’un autre en lui prêtant du personnel.»

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LE PATRON NE PASSE PLUS INCOGNITO

Au moment d’aller casser la croûte, Pierre Moreau a le choix : l’un ou l’autre de «ses» 12 restaurants à Québec et à Lévis!

«Ça me permet de rencontrer les équipes, de me mettre au parfum de leur réalité», raconte celui qui occupait un poste de gestionnaire pour les Rôtisseries St-Hubert avant de joindre les rangs de Restos Plaisirs.

Ses visites lui permettent de remarquer, par exemple, la présence d’une lumière brûlée, de constater qu’un plat n’est pas tout à fait à point ou qu’une banquette doit être réparée.

Il annonce rarement sa venue lorsqu’il décide de se pointer dans un resto.

«Les employés commencent à me reconnaître», avoue-t-il.

«Quand je me rends compte qu’il s’agit d’un nouvel employé et que, de toute évidence, il ne sait pas qui je suis, je dis à mes invités de ne pas vendre la mèche. Je ne voudrais surtout pas lui causer un stress inutile», signale M. Moreau en rappelant que lorsqu’il bouffe dans l’un de ses restaurants, il est le client le moins important dans la place. «Moi, je ne paie pas. Les autres clients, eux, oui.»