Avant de mettre à pied la quasi-totalité de son personnel à la fin mars, l'entreprise comptait quelque 6800 salariés et exploitait 576 magasins dans toutes les provinces et territoires sous les enseignes Reitmans, Penningtons, RW&CO, Addition Elle et Thyme Maternité.
Avant de mettre à pied la quasi-totalité de son personnel à la fin mars, l'entreprise comptait quelque 6800 salariés et exploitait 576 magasins dans toutes les provinces et territoires sous les enseignes Reitmans, Penningtons, RW&CO, Addition Elle et Thyme Maternité.

Reitmans veut se placer à l’abri de ses créanciers

La Presse Canadienne
MONTRÉAL — Après Groupe Aldo il y a moins de deux semaines, voilà que la pandémie de COVID-19 oblige un autre détaillant bien connu des consommateurs, Reitmans, à se placer à l'abri de ses créanciers afin de tabler sur une restructuration qui se soldera par des fermetures de magasins. 

En se tournant vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), mardi, la chaîne de vêtements fondée en 1926 a pris la «décision la plus difficile» de son histoire, mais la plus logique afin d'assurer sa pérennité, a estimé le président et chef de la direction du détaillant et petit-fils des fondateurs, Stephen Reitman.

Au cours d'une entrevue téléphonique avec d'autres membres de la haute direction du détaillant, celui-ci n'a toutefois pas offert beaucoup de détails sur ce qu'il entendait mettre de l'avant dans le cadre de son plan de relance.

«Nous allons devoir optimiser notre empreinte, mais il est vraiment trop tôt pour en dire davantage, a répondu M. Reitman, lorsqu'invité à se prononcer sur le nombre de fermetures à venir. Les ventes en ligne ont été robustes et au-delà de nos attentes, mais pas suffisantes pour contrebalancer la fermeture (temporaire de notre réseau).»

Ce dernier n'a pas voulu ouvrir son jeu à propos d'éventuels licenciements et sur ce qui attendait, de manière précise, chacune des marques de l'entreprise.

Des factures

Reitmans ne traîne pas de dettes à long terme, mais ses créances - montants dus à des fournisseurs (109 millions $), certificats cadeaux (14 millions $), sommes liées à son programme de récompense (1 million $) et obligations envers ses retraités (24 millions $) - s'élèvent à environ 148 millions $.

Le détaillant pourrait aussi devoir d'importantes sommes à ses propriétaires immobiliers puisque les loyers des mois d'avril et mai n'ont pas été payés, indique le rapport du contrôleur Ernst & Young.

Avant de mettre à pied la quasi-totalité de son personnel à la fin mars, l'entreprise comptait quelque 6800 salariés et exploitait 576 magasins dans toutes les provinces et territoires sous les enseignes Reitmans, Penningtons, RW&CO, Addition Elle et Thyme Maternité.

«Les magasins briques et mortier sont importants pour nous, a dit M. Reitman. C'est une partie intégrale de nos activités et nous entendons y demeurer.»

Environ 60 % des points de vente ont une porte qui donne vers l'extérieur alors que les autres se trouvent dans des centres commerciaux. Affirmant être sur le point de boucler un financement provisoire, Reitmans prévoit rouvrir tous ses magasins qui auront le feu vert des autorités sanitaires locales.

Un avertissement

Le détaillant avait signalé, au début du mois, être à la recherche de financement à long terme afin de «s'acquitter de ses obligations financières et futures». Des pourparlers sont toujours en cours.

Pour la période de 12 mois terminée le 1er février, Reitmans a vu ses recettes fléchir de 5,8 %, à 869,5 millions $. Environ 20 % de cette somme avait été récoltée grâce aux ventes en ligne. La perte nette du détaillant s'était chiffrée à 87,4 millions $, ou 1,56 $ par action. L'année précédente, le détaillant avait affiché un bénéfice net de 6,8 millions $, ou 11 cents par action.

L'annonce de Reitmans vient s'ajouter à la liste des mauvaises nouvelles qui ont frappé le secteur de la mode au cours des dernières semaines. En plus de la restructuration chez Aldo, le président-directeur général de la Maison Simons, Peter Simons, avait confié aux médias de Québecor plus tôt ce mois-ci perdre «beaucoup d'argent» chaque semaine.

«Il y certainement des détaillants qui sont sur le respirateur artificiel, a souligné Francine Rodier, de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, au cours d'un entretien téléphonique. Plus le temps avancera, plus il faut s'attendre à ce qu'il y en ait d'autres (mauvaises nouvelles).»

En point de presse à l'Assemblée nationale, le premier ministre François Legault a expliqué que son gouvernement était en train d'examiner des mesures destinées au secteur du commerce de détail qui pourraient être complémentaires au soutien fédéral déjà annoncé.