Pyrowave, qui a été fondée en 2014 et qui compte une quinzaine d’employés, devrait en ajouter une dizaine au cours des 18 prochains mois.
Pyrowave, qui a été fondée en 2014 et qui compte une quinzaine d’employés, devrait en ajouter une dizaine au cours des 18 prochains mois.

Recyclage du plastique: Michelin mise sur le savoir-faire d’une entreprise québécoise

Julien Arsenault
La Presse canadienne
MONTRÉAL — Un pneu fabriqué avec 80 % de matériaux recyclés d’ici 30 ans est au coeur des objectifs du Groupe Michelin en matière de développement durable, et pour y arriver, le géant français a décidé de miser sur le savoir-faire d’une compagnie québécoise.

Après environ deux ans de pourparlers, Pyrowave, qui a électrifié son procédé chimique afin de recycler des déchets plastiques grâce à des micro-ondes générées dans un réacteur, a conclu un partenariat avec la multinationale.

«C’est fantastique, parce que c’est plus de 20 millions d’euros qui seront consacrés à l’industrialisation de notre plateforme», a lancé le cofondateur et chef de la direction de la société établie à Montréal, Jocelyn Doucet.

La technologie de l’entreprise vise à produire du styrène recyclé - utilisé pour fabriquer des plastiques - en utilisant des produits existants comme les emballages et des panneaux isolants. Il peut ensuite être repris par un manufacturier qui l’utilise afin de fabriquer de nouveaux produits.

Ce composé organique est notamment utilisé dans le caoutchouc synthétique pour les pneumatiques, d’où l’intérêt de Michelin, et d’autres produits de consommation.

«La collaboration vise à obtenir un démonstrateur en collaborant et d’en arriver à avoir une recette complète afin d’avoir la marche à suivre pour commercialiser cette technologie à travers le monde», a dit M. Doucet.

Le partenariat noué avec Michelin concerne bien entendu les pneus, mais on souhaite que l’industrialisation du procédé de Pyrowave puisse s’étendre à d’autres secteurs, comme l’emballage et l’électronique, a expliqué le dirigeant de l’entreprise.

À venir

Pyrowave fournira entre six et 12 réacteurs à Michelin qui seront installés dans un de ses sites en Europe qui n’a pas encore été identifié. La compagnie française offrira en retour le bâtiment, effectuera la collecte des matières premières en plus de les stocker.

Un démonstrateur industriel, financé et exploité par le géant des pneumatiques , devrait être mis en service en 2023.

Sur son site web, Michelin, citant le World Business Council for Sustainable Development - une coalition internationale de 190 entreprises - souligne qu’en 2018, il y avait environ un milliard de pneumatiques en fin de vie à travers la planète, ce qui représente environ 25 millions de tonnes.

De ce nombre, «70 % des pneus sont récupérés dont 50 % sont recyclés sous différentes formes comme l’asphalte».

«Cette collaboration est une parfaite illustration de la stratégie tout durable (de Michelin), a estimé son président, Florent Megenaux, dans un communiqué. Elle vise à fabriquer des pneus composés de matériaux toujours plus durables et à mettre ces technologies au service de filières de recyclage innovantes.»

Pyrowave, qui a été fondée en 2014 et qui compte une quinzaine d’employés, devrait en ajouter une dizaine au cours des 18 prochains mois.

L’entreprise, qui s’est déjà associée avec la Ville de Salaberry-de-Valleyfield afin de récupérer le polystyrène, conservera les droits sur la propriété intellectuelle qui a été développée, a assuré M. Doucet.

Michelin figure parmi les actionnaires minoritaires de Pyrowave puisqu’elle avait participé à sa ronde de financement en avril dernier. La société européenne de capital de risque Sofinnova Partners ainsi que le fonds d’investissement québécois Ecofuel avaient aussi contribué.

La compagnie québécoise a également reçu 3,2 millions $ d’Ottawa.