Chez Transcontinental, on soutient que 9 personnes sur 10 consultent leurs circulaires, un chiffre qui aurait été confirmé par les études de la Ville de Montréal.

Publisac: un rapport qui pourrait changer l’avenir de la distribution des circulaires

Attendu avec impatience ou reçu avec irritation, religieusement consulté ou jeté aussitôt dans le bac à recyclage : le Publisac semble faire partie des meubles dans le paysage de la consommation québécoise. Or, un rapport fort attendu jeudi à Montréal pourrait changer l’avenir de la distribution des circulaires et faire boule de neige dans la province.

Dans les derniers jours, plusieurs maires de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont renouvelé leur soutien au Publisac, qui fait vivre une partie de l’industrie forestière. Même l’ex-ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, a livré un plaidoyer en faveur de l’industrie des circulaires dans une lettre d’opinion publiée dans les médias. De nombreux organismes communautaires ont aussi souligné l’importance pour eux de la distribution de circulaires. Pendant ce temps, TC Transcontinental, propriétaire de Publisac, continue une offensive publicitaire, notamment dans les journaux, pour «déboulonner les mythes» associés à ses activités commerciales.

Pour comprendre la source de toute cette agitation, il faut tourner les yeux vers la région de Montréal. Une pétition signée par 15 000 citoyens au printemps a mené à une consultation publique sur la distribution des circulaires en octobre. Le rapport de cette consultation doit être présenté au conseil municipal jeudi.

À l’origine de cette pétition, on trouve un homme, Charles Montpetit, qui a décidé de prendre les choses en main. Le citoyen de Rosemont continuait de recevoir ses circulaires malgré l’autocollant apposé à sa boîte aux lettres indiquant son refus.

Il s’agit présentement de la façon privilégiée par la compagnie, soit une distribution automatique sauf en cas de refus (opt-out). Malgré plusieurs plaintes formulées auprès de la compagnie, rien n’a changé, raconte-t-il au Soleil.

Il a alors entrepris de faire la recension des infractions commises au règlement municipal qui stipule que «chaque sac doit être glissé dans une boîte à lettres [ou suspendu à un crochet approprié]». Bien vite, il se rend compte que le règlement n’est pas appliqué, et que les sacs de circulaires traînent au bas des marches, sur des rampes d’escalier, devant des portes, bref, un peu partout. Il tente alors de s’adresser au palier municipal pour que ce règlement soit respecté, mais les démarches n’ont pas l’effet escompté.

Mouvement Propre.org

C’est de là qu’est né le mouvement Propre.org, aussi nommé Antipublisac sur sa page Facebook. D’entrée de jeu, Charles Montpetit tient à rappeler que la démarche concerne la distribution de toutes les circulaires, et pas seulement la compagnie Publisac, qui représente toutefois une grosse part de cette industrie.

Les demandes que son mouvement a formulées à la Ville de Montréal se résument en trois points, «tous aussi importants les uns que les autres», précise Charles Montpetit. «S’il n’y a même qu’une seule de ces solutions qui est retenue par la Ville, il y aura déjà un impact», note-t-il.

Le premier point concerne le mode de distribution des circulaires. Le système actuel, qui fonctionne sur un modèle de distribution pour tous sauf en cas de refus (opt-out), devrait être changé pour un système de distribution avec consentement requis (opt-in). Une mesure, dit-il, qui serait dans la même logique que la loi fédérale antipourriel, adoptée en 2017, qui empêche de distribuer des circulaires en ligne à moins d’avoir l’autorisation du client.

La deuxième demande du groupe est d’interdire la distribution de circulaires dans des sacs de plastique, en cohérence avec le règlement qui bannit l’utilisation de sacs de plastique dans les commerces à Montréal. Pour Charles Montpetit, il ne suffit pas que les sacs soient recyclables, et même maintenant faits de matière recyclée, puisque le problème est qu’ils ne sont souvent pas séparés de leur contenu avant d’être mis au bac de recyclage.

Le troisième point de la démarche consiste à enjoindre la Ville de faire respecter son règlement municipal concernant les circulaires, et de donner des amendes aux contrevenants, ce qui n’est pas fait présentement, soutient M. Montpetit.

La fin du Publisac?

«Au niveau de la distribution de masse gratuite, ce n’est pas possible pour nous de mettre en place ce système» de distribution avec consentement, a affirmé au Soleil Patricia Lemoine, porte-parole de TC Transcontinental, propriétaire de Publisac. Déjà, en mars, le président et chef de la direction de l’entreprise, François Olivier, indiquait que le modèle «ne serait pas viable à cause de sa complexité et des coûts prohibitifs qu’il engendrerait».

Chez Transcontinental, on soutient que 9 personnes sur 10 consultent leurs circulaires, un chiffre qui aurait été confirmé par les études de la Ville de Montréal, soutient Patricia Lemoine. Pour Charles Montpetit, il s’agit d’une preuve que le fait de demander aux gens de consentir à la distribution de circulaires avec un autocollant plutôt que de marquer leur refus ne mènerait pas à une baisse majeure de distribution pour Publisac. «Si Transcontinental pense que ça les force à fermer leur porte, c’est leur décision, souligne-t-il. Ça me semble absurde de dire ça, mais libre à eux d’affirmer que si on ne leur donne pas tout ce qu’ils veulent, ils ferment boutique. Dans un tel contexte, ce sont eux qui menacent de priver tous les gens qui sont intéressés à ce service-là, ce n’est pas moi, et ce sont eux qui menacent les hebdos de les priver de ce moyen de distribution. Libre à eux de prendre ces gens-là en otage.»

Pour Patricia Lemoine, l’entreprise travaille déjà à réduire son empreinte en produisant un Publisac 100 % recyclable et fait de matières recyclées, même les sacs de plastique depuis cette année. Il y a aussi une réduction des déchets à la source avec la possibilité de refuser les circulaires, ce que 200 000 personnes ont déjà fait comme choix. Elle soutient que le système fonctionne, et que l’entreprise travaille sans cesse à l’améliorer. «Sur le nombre de portes qu’on distribue, c’est normal qu’il y ait un certain pourcentage d’erreur», a-t-elle ajouté. «On a plus d’appels pour ceux qui souhaitent le recevoir et qui ne l’ont pas reçu que ceux qui ne veulent pas le recevoir et l’ont reçu.»

La porte-parole soutient que l’industrie des circulaires fait travailler 10 000 personnes à travers la province, et permet aussi aux hebdos de continuer à exister. «Nous espérons un dialogue productif avec les municipalités», a-t-elle ajouté. Elle souhaite aussi que les nombreuses personnes qui se sont fait entendre en faveur de la distribution des circulaires lors de la commission à Montréal soient considérées. «Les gens sont tournés vers Montréal, ça peut avoir un effet d’entraînement», admet Patricia Lemoine.

Charles Montpetit confirme que des gens de partout au Québec se sont joints au mouvement qu’il a créé et ont contacté leurs administrations municipales. «Ils se font répondre que tout le monde attend de voir ce qui va se passer à Montréal avant d’appliquer quelque chose de similaire dans leur ville», note-t-il. «On espère que la Ville nous entendra et que ça fera boule de neige.»

La seule ville à avoir légiféré en ce moment est Mirabel. Depuis le début du mois d’octobre, les citoyens qui veulent recevoir leur Publisac doivent le signaler par le moyen d’un autocollant sur leur boîte aux lettres. TC Transcontinental a déposé une poursuite en Cour supérieure pour faire annuler le règlement, arguant qu’il est discriminatoire et viole sa liberté d’expression commerciale puisqu’il ne s’applique pas aux distributions d’autres circulaires, par Postes Canada notamment.