Thierry Freire, président du Groupe Forces et Alexandre Latour, président et chef de la direction d’Équipe Laurence ont récemment uni leurs deux firmes de génie pour poursuivre leur croissance.
Thierry Freire, président du Groupe Forces et Alexandre Latour, président et chef de la direction d’Équipe Laurence ont récemment uni leurs deux firmes de génie pour poursuivre leur croissance.

Union de deux firmes de génie pour poursuivre leur croissance: un mariage d’expérience et de jeunesse 

Pierre Théroux
Collaboration spéciale
Il aura fallu plusieurs mois de rencontres et d’échanges. Finalement, après environ un an de discussions entre les dirigeants des deux entreprises, le cabinet-boutique d’ingénieurs-conseil Le Groupe Forces de Joliette décidait récemment de joindre les rangs d’Équipe Laurence, une plus grande firme spécialisée en génie civil basée à Piedmont dans les Laurentides.

«On perdait certains contrats parce que notre petite équipe de cinq personnes n’avait pas la profondeur que nous donne maintenant cette association», explique Thierry Freire, président du Groupe Forces qu’il a joint lors de sa création en 1992 à titre de vice-président environnement avant d’en prendre la direction en janvier 2006.

Cette acquisition était aussi devenue incontournable pour Équipe Laurence qui souhaite accélérer sa croissance et diversifier ses marchés géographiques. «Ça nous ouvre de nouvelles portes. On voulait étendre nos services dans la région de Lanaudière, mais comme il y a déjà plusieurs firmes de génie, on a préféré faire une acquisition plutôt qu’ouvrir un nouveau bureau», précise Alexandre Latour, président et chef de la direction d’Équipe Laurence, qui a commencé à travailler au sein de l’entreprise comme stagiaire en 2005, puis est devenu associé en 2012 et président en 2017. Autre avantage : «On avait besoin de têtes grises. On n’avait pas assez d’employés seniors ayant une grande expérience», ajoute M. Latour.

Le bon fit

Il y a une foule de raisons qui poussent des entreprises à s’engager dans un processus de fusion-acquisition : diversification des marchés ou des produits, élimination de la concurrence ou gain de parts de marché, accroissement de la capacité de production ou réduction des dépenses. Mais, dans tous les cas, il importe justement «de bien identifier les raisons et l’entreprise-cible, et surtout de bien planifier longtemps à l’avance, car c’est un long processus», prévient Saki Tzanidis, expert en fusions-acquisitions au sein de la firme Raymond Chabot Grant Thornton.

Les premiers pourparlers entre Groupe Forces et Équipe Laurence se sont amorcés tout juste avant le début de la pandémie. Au fil des rencontres qui, ironiquement, ont eu lieu dans un restaurant de Joliette appelé Le Lapin qui tousse, les deux dirigeants ont notamment appris à bien se connaître et à échanger sur la culture des deux entreprises.

«Ça prend un bon fit. Et, même si on aimerait toujours que ça se fasse rapidement, il ne faut surtout pas brusquer les choses», souligne Alexandre Latour qui a déjà évité une catastrophe lors d’une tentative d’acquisition d’une autre entreprise. «Ça paraissait bien de l’extérieur, les discussions avec l’autre président se passaient bien, mais lors d’un dîner avec les employés, la chicane a pris et tout a dégénéré», raconte M. Latour qui s’est empressé de retirer son offre.

Cette fois, Alexandre Latour n’a pas eu l’occasion de discuter avec les membres de la petite équipe du Groupe Forces avant la conclusion de l’entente. Mais un de ses employés connaissait bien la firme de Joliette pour y avoir déjà travaillé. De plus, «on est comme une petite famille et on se connaît assez bien pour savoir quelle sera la réaction des employés», indique Thierry Freire, qui assume maintenant le poste de responsable du bureau de Joliette de l’Équipe Laurence.

Le mariage d’expérience et de jeunesse est un bon fit pour les deux firmes.

D’autres marchés en vue

L’acquisition de Groupe Forces est une autre étape charnière de la croissance d’Équipe Laurence qui a également acquis l’été dernier N. Sigouin Infra-conseils, un cabinet-boutique de génie civil situé à Mont-Laurier. L’entreprise avait également ouvert en 2018 des bureaux à Gatineau et Boisbriand.

«Nous souhaitons conquérir d’autres marchés géographiques, soit par le biais d’autres acquisitions ou par l’implantation de nouvelles antennes», indique M. Latour, dont la firme a vu son personnel passer de 7 employés lors de sa création en 1983, à près de 100 professionnels aujourd’hui, dont près de 40 % de femmes.

Équipe Laurence entend profiter du nouveau Plan québécois des infrastructures 2021-2031 qui prévoit injecter une somme historique de 135 milliards de dollars pour stimuler la croissance économique des régions au cours des dix prochaines années. Elle dit ainsi être en mesure de doubler ses revenus qui atteindraient plus de 20 M$ d’ici les 5 prochaines années.

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Fusion-acquisition : les clés du succès

Le capital…humain. La revue diligente est incontournable, mais elle va au-delà des aspects comptables et financiers, souligne Saki Tzanidis. «Il y a aussi beaucoup d’émotion et il faut prendre en compte le facteur humain. Il faut s’assurer que les employés embarquent aussi dans le projet et de garder en place les employés-clés», souligne-t-il en ajoutant que l’acquéreur peut alors offrir des incitatifs financiers ou renégocier certains contrats.

Ouverture d’esprit. «Ça prend de la flexibilité de part et d’autre, car il y a beaucoup d’éléments à considérer. Il ne s’agit pas seulement de négocier un prix, mais aussi plusieurs autres aspects en lien avec l’acquisition et la transition», estime Saki Tzanidis.

Atterrissage en douceur. Même si une culture d’entreprise similaire est un des facteurs de réussite d’une fusion-acquisition, il faut aussi réussir à amalgamer des façons de faire qui peuvent s’avérer différentes. «Les trois à six premiers mois sont toujours plus difficiles. Chaque entreprise a son style de gestion ou encore des façons différentes de mener des dossiers. Sans compter qu’il y a toujours de la résistance aux changements. Ça prend de la patience et il ne faut pas faire de grands chambardements», reconnaît Alexandre Latour.

En collaboration avec l’École d’Entrepreneurship de Beauce et le Groupement des chefs d’entreprise