Réunis au Centre communautaire de Bury, une centaine de citoyens ont bombardé de questions et d’inquiétudes les représentants de Valoris à propos du projet d’ajouter un lieu d’enfouissement technique de 33 hectares.

Projet d'agrandissement de Valoris : vives inquiétudes des citoyens

La première rencontre des représentants de Valoris avec les citoyens de Bury et des municipalités avoisinantes en vue du projet d’agrandissement a causé des flammèches mercredi soir lors de la soirée d’information tenue au Centre communautaire de Bury qui a attiré une centaine de personnes. Ces derniers ont soulevé plusieurs préoccupations quant aux désagréments visuels potentiels ainsi qu’aux coûts reliés au projet, sans obtenir de réponses satisfaisantes à leurs yeux.

Après avoir visionné une vidéo expliquant les installations actuelles de Valoris et le projet d’agrandissement du lieu d’enfouissement technique, les citoyens ont pris part à la première période de questions avec une brique et un fanal en main. « Le projet a l’air très beau comme cela en vidéo, mais si c’est aussi fantastique que ça, pourquoi est-ce que Valoris a arrêté ses opérations il y a quelques années? a questionné Luc Lemieux, un résidant de Bury, avant d’ajouter : Avant d’agrandir, on devrait s’assurer que tout est en ordre, surtout du côté des déboires légaux. On veut être sûr que ces dossiers sont réglés avant de se lancer plus loin dans le projet. »

Les réactions des citoyens ont été vives lorsque le directeur de projet chez Valoris Jean-Jacques Caron a avoué qu’étant donné que la nappe phréatique se situe quelques mètres seulement sous le site envisagé pour construire le nouveau LET, ses différentes cellules pourraient s’élever jusqu’à 100 pieds dans les airs afin que les membranes nécessaires pour éviter la contamination des eaux soient installées.

« Comme c’est là, je vois déjà le site d’enfouissement de chez moi. Quand on parle de construire en hauteur, surtout avec les dimensions envisagées, ça fait peur. On parle de 25 mètres pour le projet, mais les lois permettent jusqu’à 40 mètres. Ça peut détruire le paysage assez rapidement et affecter la valeur de revente des maisons de manière dévastatrice », a confié un autre citoyen résidant à proximité du site.

« Je ne peux pas croire qu’on s’apprête à construire un site destiné à enfouir des déchets par-dessus une nappe phréatique, c’est incompréhensible », a ajouté un autre citoyen. « C’est sur un sol glaiseux qu’il faut aménager un LET, pas sur un sol qui contient des milieux humides et qui est directement par-dessus une grosse nappe phréatique. »

Des signes encourageants

Les représentants de Valoris ont tout de même réussi à partager les informations par rapport au projet avec la population, de recevoir de leurs suggestions et de valider la démarche entreprise entre les deux partis. Particulièrement dans le dossier de la crainte des odeurs et de la contamination des cours d’eau avoisinants, M. Caron a su rassurer la population en les informant des procédés utilisés et des normes environnementales sévères.

« Pour ce qui est des odeurs, les biogaz émis par les cellules du lieu d’enfouissement technique sont captés avant qu’ils se propagent dans l’air. On s’est entendu avec des citoyens qui vivent à proximité du site pour qu’ils nous tiennent au courant s’ils détectent des odeurs pour qu’on règle le problème rapidement. Les membranes étanches qui servent à assurer que l’eau qui s’écoule à travers des cellules a une durée de vie de plusieurs centaines d’années », a-t-il affirmé.

Malgré le début de rencontre houleux, une consultation anonyme a démontré que les citoyens sont intéressés à dialoguer avec les représentants de Valoris et d’en apprendre plus sur le projet. Des inquiétudes persistent, mais la rencontre avec le ministre de l’Environnement pourrait apporter des réponses.

« Je suis content de voir que les gens s’intéressent à ce qui se passe dans leur municipalité », a dit le maire de Bury, Walter Dogherty. Le préfet de la MRC du Haut-Saint-François, Robert Roy, est allé dans le même sens : « On veut avoir le pouls de la population et s’assurer que les gens soient bien informés. »

La prochaine rencontre d’information aura lieu le 27 février, les citoyens seront invités à visiter les installations de Valoris et à échanger avec les responsables du projet d’agrandissement. D’autres rencontres sont prévues et un rapport synthèse sera déposé à la conclusion du processus.

« C’est l’emplacement idéal »

Le président du conseil d’administration de Valoris et maire de Sherbrooke Steve Lussier a lancé mercredi la démarche sociale et administrative dans le cadre du projet d’agrandissement de son lieu d’enfouissement technique, visant à assurer la pérennité du centre de valorisation des matières résiduelles. 

Après avoir traversé des temps difficiles, qui ont culminé avec le départ du directeur général Jean-François Sornin, et de nombreux défis opérationnels et administratifs, le parc éco-industriel Valoris veut jeter les bases à un avenir prometteur suite à cette annonce. Le lieu d’enfouissement technique (LET) actuel de 13 hectares affichant complet d’ici quelques années au plus, la décision de construire un nouveau LET d’une superficie de 33 hectares s’est imposée. 

« Je crois fermement que nos déchets sont notre responsabilité et c’est pourquoi je considère que l’agrandissement du site actuel, qui permettrait de recevoir 4,5 millions de tonnes et d’allonger sa durée de vie d’une cinquantaine d’années, est souhaitable », a déclaré d’emblée Steve Lussier. « Il y a de grands enjeux qui sont reliés à un tel projet et nous allons tenir des consultations publiques pour nous assurer d’amorcer un partenariat solide entre Valoris et la communauté. »

La zone de 33 hectares où les dirigeants envisagent construire le nouveau LET appartient déjà à Valoris, elle qui est située dans une zone boisée en périphérie du parc éco-industriel. Le ministre de l’Environnement Benoit Charette sera d’ailleurs en ville le 19 février pour examiner la demande d’agrandissement et parler des compensations monétaires allouées au projet d’envergure, qui pourrait se chiffrer dans les 60 M$. 

Les dirigeants de Valoris souhaitent entamer le processus d’agrandissement le plus tôt possible, les démarches à entreprendre pour réaliser le projet nécessitant environ deux ans. Dans la foulée de la saga du site d’enfouissement de Coventry, le maire Lussier se fait rassurant auprès des communautés limitrophes, assurant que le LET ne déverse pas de contaminants dans l’environnement.

« Il n’y a pas de dangers du tout, mais il faut comprendre qu’éventuellement, on aura probablement besoin d’une usine d’épuration des eaux directement sur place », a avoué M. Lussier. « C’est dans nos plans et nous n’attendrons pas de vivre une situation comme à Coventry. Ce sera bien entendu un sujet de conversation que je vais avoir avec le ministre Charette lors de sa visite. »

« C’est l’emplacement idéal pour construire un nouveau LET », a quant à lui répondu Denis Gélinas, responsable de la gestion des matières résiduelles à la ville de Sherbrooke, lorsque questionné sur la possibilité de construire le LET ailleurs. « Même si un LET ne pollue pas les nappes de surfaces ni les profondes, on a un site loin de la population et loin des cours d’eau à Bury. Les chemins pour les camions sont déjà aménagés. Des études d’impacts sur l’environnement seront réalisées pour déterminer tous les désagréments possibles, s’il y en a. »

Le parc éco-industriel Valoris dessert présentement 190 000 citoyens et la grande majorité des entreprises estriennes, tout en réussissant à valoriser 60 % des déchets qui y sont acheminés. 

Peu de plaintes

« On va évaluer les impacts sur la faune et la flore, les eaux, les odeurs et la circulation. Des firmes spécialistes vont faire ces études d’impacts et on va ensuite pouvoir implémenter des mesures d’atténuation », assure le directeur de projets Jean-Jacques Caron. « On reçoit très peu de plaintes en lien avec Valoris, ça s’élève à une ou deux seulement par année. Toutes les précautions sont prises pour impacter l’environnement et la population le moins que possible. »

Dans la foulée du départ de Jean-François Sornin, M. Gélinas assurera le relais à titre de directeur général par intérim en attendant qu’un candidat soit sélectionné à cette position. « Étant donné que je suis avec Valoris depuis les débuts, je connais assez bien les enjeux et les dossiers pour mener le projet à bien lors de la transition », a-t-il commenté. - Maxence Dauphinais-Pelletier