L'offensive américaine sur le bois d'oeuvre canadien n'a pas suscité de débats lors de l'assemblée générale annuelle du Syndicat des producteurs forestiers du sud du Québec, tenue jeudi soir devant quelque 150 producteurs de bois.

Peu de débats chez les producteurs forestiers

La « taxe Trump » sur le bois d'oeuvre n'a pas suscité de débats enflammés jeudi soir lors de l'assemblée générale annuelle du Syndicat des producteurs forestiers du sud du Québec.
Hormis quelques remarques indirectes sur le sujet, aucune résolution ou position officielle n'a en effet été adoptée au cours de l'assemblée qui s'est tenue au centre communautaire Richard-Gingras, de l'arrondissement St-Élie-Rock Forest-Deauville.
Compte tenu des propos hostiles du président américain dans le dossier du bois d'oeuvre, le président du Syndicat des producteurs forestiers du sud du Québec, André Roy, a avoué qu'il s'attendait à davantage de débats autour du sujet de l'heure dans les relations canado-américaines :
« J'ai comme l'impression qu'il y a une certaine lassitude », a expliqué M. Roy au lendemain de l'assemblée à laquelle ont participé quelque 150 producteurs. « C'est un dossier qui perdure depuis les années 1980 et qui ne semble jamais vouloir se régler. J'ai l'impression que les producteurs reçoivent ça comme une certaine fatalité. Les gens semblent se dire que c'est un dossier qui va durer longtemps et qu'on n'est même pas sûr qu'il va se régler cette fois-ci. »
Selon M. Roy, l'inquiétude des producteurs de l'Estrie et de la Montérégie est aussi tempérée par les propos tenus par les propriétaires de certaines scieries situées le long de la frontière américaine.
« Je pense qu'il y a une certaine inquiétude, surtout chez les producteurs importants, mais il y a aussi la réaction de certains industriels qui ne semblent pas inquiets outre mesure, par exemple monsieur (Nicolas) Fontaine (de Woburn) a donné des entrevues en disant qu'il ne prévoit pas changer ses habitudes de production pour les prochains mois. C'est un peu rassurant, dans le sens où eux aussi en ont vu d'autres... »
Une chose est claire, selon M. Roy, la crise actuelle du bois d'oeuvre ne suscite pas le même intérêt qu'il y a 10 ans.
« La situation de l'industrie est bien meilleure qu'elle l'était lors du dernier conflit, dit-il. En 2007-2008, avec la crise financière, qui a entraîné une chute draconienne de la construction aux États-Unis, nos entreprises se sont retrouvées face à un marché qui avait fondu considérablement. Les prix s'étaient écroulés. La situation financière des entreprises était très mauvaise à l'époque, ce qui n'est pas le cas actuellement. La construction va bien aux États-Unis, les prix sont à des niveaux jamais vus. Il y a une certaine prospérité dans les entreprises de sciage de résineux actuellement. »
« Le gouvernement américain frappe partout »
La crise du bois d'oeuvre qui se dessine entre le Canada et les États-Unis complique le travail des scieries situées le long de la frontière américaine. On suit les développements dans ce dossier avec attention.
« Ça nous touche certainement. Le gouvernement américain frappe partout. Il a encore commencé avec le bois d'oeuvre. C'est plus facile on dirait », lance Jean-Pierre Rioux, vice-président de la Scierie Marcel Lauzon, à East Hereford.
« C'était déjà compliqué pour nous. Ça va l'être encore plus. Il y a aussi des frais d'avocat qu'il faut ajouter. »
Une dispute commerciale fait rage entre le Canada et les États-Unis concernant le bois d'oeuvre. Le département américain du Commerce a confirmé l'imposition de droits compensatoires de 20 pour cent sur les exportations canadiennes. Le taux moyen serait de 19,88 pour cent.
Pour de petits joueurs de l'industrie, ce taux peut faire mal. La scierie Lauzon espère échapper à la taxe compensatoire imposée sur le bois d'oeuvre, parce que l'entreprise est membre d'un regroupement de huit entreprises frontalières de l'industrie forestière, et qu'elle s'approvisionne principalement auprès de terrains privés aux États-Unis.
« Nous avons été exclus des ententes sur le bois d'oeuvre depuis plusieurs années parce que nous nous approvisionnons aux États-Unis. Notre matière première vient du côté américain », explique M. Rioux. « Mais cette fois, les droits imposés sont rétroactifs de 90 jours. »
« Nous pensons que ça va se régler et que nous pourrons être exclus encore une fois, mais en attendant, il faut payer. Ce sont de grosses sommes. »
Ce nouveau fardeau s'ajoute à la faiblesse du dollar canadien. L'entreprise située à un jet de pierre de la frontière canado-américaine, sur la route 253, a dû réduire les heures de travail des employés. « Nous sommes déjà à quatre jours par semaine », soutient le vice-président, quand on lui demande si des mises à pied sont envisagées.
« Nous réussissons à réduire nos inventaires, mais ils sont encore gros. La valeur du dollar canadien nous affecte, car nous prenons notre bois aux États-Unis. »
La direction de l'entreprise de 53 employés scrute les déclarations du président Donald Trump sur le commerce entre les deux pays. Mais c'est à en perdre son latin, fait remarquer M. Rioux. « Il y a de l'inquiétude pour tout le monde », dit-il.
« Un jour, Trump dit quelque chose. Le lendemain, il dit autre chose... » - Claude Plante