Les cours du pétrole ont chuté de près de 20 % en un mois, après avoir pourtant culminé début octobre à leur plus haut niveau depuis quatre ans.

Pétrole: une «nouvelle stratégie» souhaitée

ABOU DHABI — Les grands producteurs de pétrole ont affirmé dimanche que l'offre mondiale de brut l'année prochaine surpasserait la demande, appelant à l'adoption de «nouvelles stratégies» basées sur des ajustements de la production.

Cette déclaration conjointe a été diffusée à l'issue d'une réunion à Abou Dhabi de pays membres de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et non membres du cartel, au moment où la dégringolade des prix de l'or noir fait craindre un effondrement des cours comme en 2014.

Le ministre saoudien de l'Énergie Khaled al-Faleh a annoncé que son pays, le premier exportateur mondial de pétrole, allait réduire ses exportations de 500 000 barils par jour (bpj) en décembre.

La Russie s'est elle engagée à s'aligner sur tout nouvel accord permettant de limiter la production.

Dans un communiqué, les producteurs ont indiqué qu'après avoir étudié le marché actuel, ils ont noté qu'en 2019, «les perspectives de croissance pointaient vers une offre supérieure à la demande mondiale».

Ils ont ainsi décidé d'étudier «les options pour des ajustements de la production en 2019, qui pourraient requérir de nouvelles stratégies afin d'équilibrer le marché».

Le ministre de l'Énergie des Émirats arabes unis, Souheil al-Mazrouei, a souligné que l'objectif des pays OPEP/non-OPEP était de trouver le bon équilibre pour le marché.

«Une nouvelle stratégie est nécessaire (...) que ce soit une baisse de la production ou autre chose, mais ce ne sera pas une hausse de la production», a-t-il dit.

Mais au terme de la réunion, aucune décision commune n'a été prise. Selon plusieurs ministres, des recommandations devraient être émises avant une réunion plénière de l'OPEP prévue le 5 décembre à Vienne.

«Pas encore de consensus»

Pris en étau entre un bond de la production chez quelques grands pays producteurs et la crainte d'une baisse de la demande, les cours du pétrole ont chuté de près de 20 % en un mois, après avoir pourtant culminé début octobre à leur plus haut niveau depuis quatre ans.

Depuis octobre, Ryad avait augmenté sa production à 10,7 millions bpj, contre 9,9 millions de bpj en mai. Environ deux tiers du brut saoudien sont destinés à l'exportation.

Depuis décembre 2016, les pays de l'OPEP, menés par l'Arabie Saoudite, et d'autres producteurs non membres du cartel, dont la Russie, appliquaient un accord de réduction de la production d'or noir.

Avant le début de la réunion, Khaled al-Faleh avait assuré qu'il n'y avait «pas encore de consensus» entre grands pays producteurs pour réduire la production de brut d'un commun accord.

«Il est prématuré de parler d'action spécifique», a-t-il dit, en réponse à une question sur la possibilité d'une réduction de la production pour enrayer la baisse des prix. «Nous devons étudier tous les facteurs.»

De son côté, son homologue russe Alexandre Novak a affirmé que Moscou s'était engagée à mettre en œuvre les accords conclus en décembre 2016 et à Vienne en juin 2018. «Si des décisions sont prises en fonction de la situation sur le marché, alors, bien entendu, la Russie va agir en coordination avec d'autres pays afin que le marché soit équilibré et stable».

Le prix du baril de Brent est passé vendredi sous la barre des 70 dollars pour la première fois depuis avril, et celui du baril new-yorkais WTI sous les 60 dollars, en baisse pour le neuvième mois consécutif.

M. Faleh a dit lui-même dimanche que la chute des cours «nous a surpris», ajoutant que le marché était passé d'un sentiment de crainte de pénuries à celui d'inquiétude sur une surabondance de l'offre.

«Respect de l'accord à 100 %»

Malgré des signes de ralentissement de la demande, l'Arabie Saoudite, la Russie, le Koweït et l'Irak ont récemment augmenté leur production de brut, et les États-Unis celle de pétrole de schiste.

La récente diminution des prix de pétrole est notamment le résultat d'une demande en baisse de la Chine, le plus grand importateur, qui connaît un ralentissement de sa croissance, a souligné Cailin Birch, analyste à l'Economist Intelligence Unit.

D'autre part, les sanctions américaines contre l'Iran, qui menaçaient de faire baisser l'offre mondiale et de faire grimper les prix, se sont avérées moins sévères que prévu.

Dans la perspective des sanctions américaines, Moscou et Ryad, deux des trois plus grands producteurs mondiaux, avaient amendé en juin leur accord de limitation de la production afin de pouvoir extraire plus de brut et compenser une baisse des exportations iraniennes.

Selon Fawad Razaqzada, analyste pour Forex.com, les responsables doivent discuter probablement «de la nécessité d'un retour à un respect de l'accord à 100 %», après la décision de Washington d'accorder des exemptions à huit importateurs de pétrole iranien.

«Les prix sont en baisse alors que la production des grands producteurs, comme l'Arabie Saoudite, la Russie et les États-Unis continue d'augmenter, dépassant les quantités de barils iraniens perdus», a-t-il expliqué.

Si les producteurs «échouent à montrer leur intention d'inverser la dernière hausse de la production, les prix du pétrole risquent de plonger davantage», ont prévenu vendredi des analystes de Commerzbank.