Pénurie de main-d'oeuvre: une réalité « épeurante »

La réduction des heures d’ouverture du restaurant Auguste en raison du manque de main-d’œuvre a fait beaucoup de vagues au centre-ville de Sherbrooke au courant de la fin de semaine.

Si le manque de main-d’œuvre était une préoccupation majeure depuis plusieurs mois voire des années, voilà que les conséquences commencent à être bien réelles.

Le restaurant sera désormais fermé les dimanches soirs et les lundis. Alexandre Hurtubise, président de l’Association des gens d’affaires du centre-ville de Sherbrooke, qualifie « d’extrêmement dommage » de voir l’Auguste devoir ajuster ses heures.

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« Le restaurant Auguste était l’un des derniers restaurants de ce type à être ouvert le dimanche soir et le lundi, indique-t-il. C’était génial d’avoir ça au centre-ville, mais là on perd ces heures. Il ne faudrait pas se surprendre non plus de voir d’autres restaurateurs ajuster leur horaire même si on souhaite que ça ne se généralise pas. »

M. Hurtubise tient toutefois à préciser que c’est un problème beaucoup plus large que le centre-ville de Sherbrooke.

Alexandre Hurtubise

« Il va avoir une concertation, les restaurateurs du centre-ville sont prêts à travailler ensemble, mais ça va prendre une volonté politique, pense-t-il. C’est un problème que le Québec en entier doit combattre. »

Du monde « pas fiable »

Pour la copropriétaire du bar Liverpool et vice-présidente de l’Association des gens d’affaires du centre-ville de Sherbrooke, Annie Faucher, la fiabilité des employés est au cœur du problème.

Annie Faucher

« Depuis un an, il y a une vague de gens pas fiables qui ne se présentent parfois pas du tout aux entrevues, explique-t-elle. Parfois tu les embauches, tu les formes et tout d’un coup tu ne les vois plus jamais. Ils ne donnent même pas de nouvelles. C’est un fléau et ce n’est pas juste dans la restauration. »

« Je ne veux pas généraliser, mais malheureusement la génération qui nous suit n’a pas les mêmes préoccupations quant à leurs valeurs, poursuit-elle. Ça clash. Par chance il y a des exceptions, mais ça demeure difficile. Dans les cuisines j’ai eu du monde pas fiable avec des problèmes de drogues. »

« Vient un temps où on est complètement désarçonné, ajoute-t-elle. On ne sait plus quoi faire. J’en prends soin, je leur accorde des congés autant que possible. On ne sait plus quoi faire. »

Annie Faucher estime que la situation n’ira pas en s’améliorant.

« Je vois ça comme la pointe de l’iceberg, je pense qu’on va connaître une crise encore plus grave dans la prochaine année, lance-t-elle. Je n’ai jamais hésité à rentrer dans ma cuisine pour que mes clients puissent manger, mais je vais pouvoir faire ça encore combien de temps? Servir des gens est un métier honorable, ce n’est pas un emploi de bas de gamme. Il y a encore des gens qui voient ça comme une job d’appoint. Je suis très fière de ce que je fais et j’essaie d’inculquer ça aux gens que j’engage. »

Le Liverpool est ouvert sept jours par semaine depuis près de 30 ans. Annie Faucher assure que son commerce conservera ces heures d’ouverture dans un avenir rapproché.

« C’est une fierté pour moi alors quand je vois une situation du genre ça me fait énormément de peine pour Anick [NDLR: la propriétaire du Auguste] qui est une amie. C’est une réalité qui devient de plus en plus épeurante. »

Problème dans les cuisines

L’emploi de cuisinier est critique pour les restaurateurs qui peuvent toujours fonctionner avec un serveur en moins si besoin est. Lorsqu’il manque de cuisiniers, c’est plus compliqué.

« On touche du bois pour l’instant, mentionne Maxime Saumier-Demers, copropriétaire du O’Chevreuil. Au niveau des serveurs ça va bien on reçoit encore pas mal de CV. C’est plus dans les cuisines que c’est compliqué. Souvent après un an, les cuisiniers veulent aller voir ailleurs pour vivre d’autres expériences. Les bons cuisiniers vont ouvrir leur restaurant bien souvent ou aller travailler dans des gros services comme l’Université Bishop’s avec de très bonnes conditions. »

Saison estivale

L’ajustement des heures au Auguste survient à l’aube de la saison estivale. Le restaurant est l’un des plus prisés par les touristes

Denis Bernier, directeur général de Destination Sherbrooke, indique être pleinement conscient que la pénurie de main-d’œuvre aura un impact sur l’industrie du tourisme.

« C’est une préoccupation et c’est un problème dont on est largement conscient, précise-t-il. Mais il ne faut pas être alarmiste non plus. On a 2,5 millions de touristes qui viennent à Sherbrooke par année et on est en croissance. On fait de la promotion, mais il faut aussi être capable de livrer la marchandise. »