La gestionnaire des cliniques Santé Cannabis Nadia Kvakic et l’infirmière éducatrice Julie St-Laurent ont ouvert les portes de leurs locaux de Sherbrooke.

Pas là pour geler les patients

L’intérêt pour le cannabis médical comme traitement croît, tout comme le nombre de cliniques qui le prescrivent. La clinique semi-privée Santé Cannabis, nouvellement établie à Sherbrooke, ne dit toutefois pas ouvrir la porte à n’importe qui.

Depuis quelques semaines, la clinique Santé Cannabis de Sherbrooke, comme ses semblables déjà établies à Québec et à Montréal, permet exclusivement aux patients recommandés par un médecin d’explorer l’avenue du cannabis médical.

« Nous sommes avant tout une clinique de recherche. Les gens qui souhaitent obtenir une prescription de cannabis doivent obligatoirement s’inscrire auprès d’un projet de recherche, comme le médicament n’est pas encore officiellement reconnu », explique le médecin de la clinique, qui préfère ne pas être nommé.

La clinique s’associe au projet de recherche du Dr Mark A. Ware du centre universitaire de santé McGill, une recherche que le Collège des médecins du Québec (CMQ) supporte. Le projet cherche à recueillir des données à travers le Québec dans un but de développer des recherches futures et de donner accès aux produits de façon plus sécuritaire.

La clinique refuse donc tout patient qui ne correspond pas aux critères stipulés par le CMQ. Par exemple, la personne doit avoir tenté d’autres options thérapeutiques avant d’avoir recours au cannabis.

« Mon objectif n’est pas de prescrire du cannabis, mais d’aider les patients. Si je m’aperçois qu’une autre molécule pourrait mieux leur convenir, je me permettrai de faire des recommandations à leur médecin pour un traitement différent » partage le médecin de la clinique.

Les utilisateurs récréatifs n’ont pas leur place à la clinique, selon lui. « Quelqu’un qui voudrait nous visiter seulement pour se procurer un pot légal et se geler n’aurait aucun intérêt à nous visiter. Le cannabis médical et celui qu’on retrouve dans la rue diffèrent complètement. De toute façon, nous réussissons à identifier rapidement les motivations de ces patients, et nous les retirons du projet de recherche », affirme le médecin.

Fort en CDB, faible en THC

Les prescriptions faites à la clinique comportent souvent une haute teneur en CBD, comme c’est davantage ce composé du cannabis qui est utilisé pour soulager les symptômes des patients. La quantité de THC, l’ingrédient de la plante aux vertus récréatives, est de son côté diminuée autant que possible, à l’exception de certaines conditions.

« Le THC est ce qui a des effets psychoactifs, c’est-à-dire qui "gèlent”. Pour nous, les effets psychoactifs sont des effets secondaires, que nous tentons d’éliminer », mentionne le médecin de la clinique.

Les méthodes de consommation s’éloignent également de celles de la rue : « Nous déconseillons aux gens de consommer le cannabis en le fumant, en raison des effets nocifs de la fumée. Nous privilégions plutôt les huiles et la vapoteuse, pour lesquelles aucune combustion n’est impliquée », explique le médecin de la clinique.

La vapoteuse, aussi utilisée pour le tabac, chauffe le cannabis séché pour en faire s’échapper des vapeurs, mais sans le faire brûler. Les huiles de cannabis, elles, sont avalées par les patients sous forme de liquide ou de gélules.

Les bureaux sherbrookois de Santé Cannabis comptent à ce jour une quarantaine de patients et deux médecins à temps partiel.

Les consultations avec les médecins sont couvertes par le Régime d’assurance maladie du Québec, tandis que les patients doivent débourser de leur poche pour le reste de services, y compris le cannabis.

En plus du projet de recherche du Dr Ware auquel elles participent, les quatre cliniques Santé Cannabis réalisent des essais cliniques pour des produits du cannabis, en collaboration avec l’entreprise Tetra Bio-pharma. Pour ces études, les produits sont fournis gratuitement.

Un dernier recours plus accessible

La clinique semi-privée Santé Cannabis, nouvellement installée dans le Complexe de la santé sur la rue J.A. Bombardier à Sherbrooke, vise à rendre le traitement plus accessible aux malades qui ne savent plus vers où se tourner pour trouver une part de soulagement.

« La majorité des patients que j’ai vus jusqu’à maintenant souffrent de douleurs chroniques. C’est une condition extrêmement difficile, qui force parfois les gens à cesser de travailler », avance le médecin de la clinique, qui préfère ne pas être nommé.

Les gens souffrant entre autres de la sclérose en plaques, de fibromyalgie, de la maladie de Crohn, de sclérose latérale amyotrophique, d’épilepsie, de perte d’appétit liée au cancer ou au VIH peuvent également explorer un traitement auprès de Santé Cannabis, toujours sur recommandation de leur médecin. Les doses et les niveaux de CBD et de THC prescrites dépendent du profil médical.

À leur arrivée, on demande aux patients de remplir un formulaire médical exhaustif, qui permet de déterminer leur admissibilité. On prend ensuite leurs signes vitaux avant qu’ils ne consultent le médecin.

Une fois la prescription en mains, les patients s’assoient avec une infirmière éducatrice, qui les guide dans leur choix de consommation et dans leur compréhension du traitement.   

La prise du médicament se fait graduellement à l’aide de petites doses croissantes, qui aident le patient à s’habituer à ses effets et à trouver la quantité qui le soulage.

« Avec le cannabis médical que nous prescrivons, les gens ne se sentent pas “gelés”. Nous cherchons à faire en sorte qu’ils puissent, par exemple, demeurer en état de conduire un véhicule », mentionne le médecin.  

Les patients, une fois que leur prescription les en autorise, réalisent l’achat de cannabis séché ou d’huile de cannabis en ligne auprès des fournisseurs recommandés par Santé Cannabis. Le tout est livré directement à leur porte, sous demande de signature.  

Des visites de suivi sont planifiées tous les trois mois, afin d’examiner la situation du patient et de recueillir les données utiles à la recherche.