La prolifération des plateformes d'échanges pairs à pairs telles que Airbnb et Uber n'est pas une mode, prévient le conseiller municipal de Montréal Guillaume Lavoie, qui sera à Sherbrooke jeudi soir afin démystifier l'économie collaborative.

«On n'est pas face à une mode»

La prolifération des plateformes d'échanges pairs à pairs telles que Airbnb et Uber exacerbe fréquemment la position des chantres du libre-échange et des tenants du statu quo. Or, la solution se trouverait plutôt entre les deux et il importe d'y adhérer rapidement, croit Guillaume Lavoie.
« Les deux ont complètement tort. Il faut encadrer afin de mieux permettre », insistera-t-il d'ailleurs à plusieurs reprises en entrevue avec La Tribune.
À l'invitation de la Corporation de développement économique communautaire de Sherbrooke, le conseiller municipal de l'arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie, à Montréal, sera au Caffucinno situé au 1269 rue King Est jeudi soir afin de démystifier l'économie collaborative. Il espère du même coup sensibiliser les entrepreneurs, élus et autres intervenants à la nécessité de comprendre la mouvance actuelle et leur permettre éventuellement d'en tirer parti, car la « révolution » ne se limitera pas aux logements et aux taxis. De plus en plus d'applications permettent notamment d'offrir des repas ou de louer ses outils, par exemple.
« On n'est pas face à une mode, nous sommes face à un phénomène profond, sociétal, qui va transformer la manière dont toutes les choses fonctionnent. Que ce soit les marchés, la relation à l'emploi, le rôle des gouvernements, les juridictions et la façon d'interagir entre les individus, il n'y a pas un secteur qui ne sera pas impacté et ce n'est pas pour rien que ça dérange tant que ça. S'il y en a qui pensent que c'est une mode, ils se trompent largement, c'est fondamental de le comprendre. Les institutions publiques doivent rapidement prendre la mesure du phénomène, le comprendre, savoir ce qu'il implique, pour pouvoir en tirer avantage. »
14 millions de sièges vides
Guillaume Lavoie est plutôt bien placé pour en discuter. Alors que le débat sur Uber faisait rage dans la métropole, celui-ci est devenu en juin dernier l'auteur du premier règlement municipal au Canada pour encadrer et permettre le partage des espaces privés, soit les stationnements, l'entreposage privé et les espaces pour l'agriculture urbaine. Rappelons qu'à Sherbrooke et Magog au cours de la dernière année, plusieurs propriétaires de gîtes sommaient les municipalités à agir pour contrer l'hébergement illégal sur leur territoire. Loin d'être une ennemie, l'économie collaborative, « si elle est bien encadrée », peut s'avérer aussi bonne pour la municipalité que pour les particuliers, assure-t-il tout en vantant les vertus « écoresponsables » et « durables » de cette dernière.
« Ça permet aux gens qui ont un stationnement de libre, par exemple quand ils sont au travail, d'avoir un petit revenu quand ils ne sont pas là et ça évite à la municipalité d'avoir à ajouter des espaces de stationnement. Plutôt que de construire des horreurs le long des autoroutes pour entreposer des biens, ça permet à quelqu'un à trois maisons de chez toi de t'offrir un espace s'il en a un de disponible. »
« Le but, c'est de mettre à profit la capacité excédentaire, poursuit-il. Je ne connais pas la situation à Sherbrooke, mais à Montréal, c'est 14 millions de sièges vides qui se promènent chaque jour dans les automobiles. 14 millions! La première dépense en province, c'est l'habitation et la deuxième, c'est le transport. Ça coûte plus cher se déplacer au Québec que de se nourrir. Le covoiturage a donc un potentiel énorme et comme ville, notre rôle n'est pas d'agir comme opérateur d'autobus, mais comme fournisseur de services. La question à se poser est donc : comment fait-on pour réglementer ça tout en protégeant l'intérêt du public? Pour encadrer afin de mieux permettre? Parce qu'il y a une différence entre louer son logement deux semaines pendant un voyage et acheter un immeuble, mettre les locataires dehors et louer les espaces sur Airbnb. »
À cet égard, il invite les élus à ne pas sous-estimer leur rapport de forces face aux multinationales qui engrangent de gigantesques profits sous le couvert de l'économie du partage et ne pas hésiter réclamer leur juste part. Québec a par ailleurs annoncé le 27 mars qu'elle ne résilierait pas l'entente signée en septembre et qui la lie à Uber en retour de contributions importantes.
« On sous-estime énormément la capacité des gouvernements de s'entendre avec ces compagnies-là. Toronto a pris la démarche complètement différente de Montréal. Au départ, Montréal et le Québec avaient une position « ceci ne peut exister chez nous », ce qui était une erreur énorme et qui nous a obligés à changer notre fusil d'épaule ensuite. Pendant ce temps, Toronto faisait d'énormes profits », résume celui qui a fait plus de 100 conférences au Canada et à l'étranger.
Quelles opportunités pour Sherbrooke?
En plus de Guillaume Lavoie, l'activité « L'économie collaborative : quelles opportunités d'affaires pour Sherbrooke? » regroupera cinq autres intervenants, soit Agathe Lehel, connecteure OuiShare pour OuiShare Québec, Bertrand Fouss, directeur de projets à la Coop Carbone, Kathleen Macdonald, fondatrice de Cuisine voisine, Nejib Riahi, fondateur de iStockBox et Tanguy Bornaz, fondateur de l'entreprise à la vision collaborative Matrioshka. L'activité est prévue de 17 h à 20 h, jeudi, au Caffucinno situé au 1269 rue King Est. Une contribution volontaire de 10$ est demandée.