Le 17 octobre 2018, le Canada était le centre d’attention du monde entier quand il est devenu le deuxième pays à légaliser le cannabis à usage récréatif, après l’Uruguay.

Nouvelles économiques 2018: la légalisation du pot en tête

TORONTO — La légalisation du cannabis récréatif au Canada a été choisie nouvelle économique de l’année par les clients de La Presse canadienne.

Dans le sondage annuel mené dans les salles de presse du pays par La Presse canadienne, des rédacteurs en chef et des journalistes de partout au pays ont choisi la légalisation du cannabis dans une forte proportion de 60 % des suffrages exprimés.

Toutefois, les médias francophones ne partagent pas la même opinion. Cinq des dix répondants ont choisi les négociations en vue de conclure une nouvelle entente de libre-échange nord-américain à titre de nouvelle économique de l’année. Quatre autres ont voté pour la légalisation du cannabis et un dernier sur la hausse du salaire minimum.

«On ne s’en sort pas : tous les acteurs de l’économie canadienne suivaient la renégociation de l’ALENA. À peu près toutes les industries ont dû vivre dans l’incertitude pendant plusieurs mois. Les Canadiens ont aussi pris conscience de l’importance de cet accord de libre-échange. Résultat : jamais les lecteurs n’ont été aussi intéressés par le commerce international que cette année», souligne Hugo Fontaine, directeur de la section Affaires de La Presse.

Dans l’ensemble du pays, les négociations difficiles entre le Canada, les États-Unis et le Mexique en vue d’un nouvel accord de libre-échange nord-américain se sont classées au deuxième rang du sondage, à 30 % des voix.

Les oléoducs sont arrivés en troisième position à 10 % des suffrages. L’expansion du pipeline Trans Mountain est aujourd’hui en suspens, après que la Cour d’appel fédérale eut invalidé son autorisation réglementaire, et un tribunal américain a annulé le permis présidentiel accordé précédemment au projet de pipeline Keystone XL.

Un événement historique

Le 17 octobre, le Canada est devenu le deuxième pays au monde à légaliser le cannabis destiné à l’usage récréatif, après l’Uruguay.

Cet événement historique a marqué l’aboutissement de mois, sinon d’années, d’efforts de la part des législateurs et de l’industrie, mais les consommateurs continuent de faire face à une pénurie généralisée et le nombre de magasins physiques où on peut se procurer de la marijuana reste relativement peu élevé.

Le mot perturbation est tellement galvaudé dans le milieu des affaires qu’il s’est transformé en un cliché vide. Toutefois, il est tout à fait justifié pour décrire ce que représente la légalisation du cannabis, soutient Andrew Meeson, rédacteur en chef adjoint au Toronto Star.

«Il est difficile de penser à un secteur qui n’a pas été secoué au Canada. On ne parle pas seulement du commerce [de la vente criminelle à la petite entreprise en plein essor en passant par la tentative de prise de contrôle], mais aussi de la police, des soins de santé, de la justice et de la politique. Même la culture [a été touchée], demandez-le à Tommy Chong», fait-il valoir.

«Si cela n’est pas la nouvelle économique de l’année, je ne sais pas laquelle elle pourrait bien être», ajoute-t-il.

Le rédacteur en chef du Nouvelliste, de Trois-Rivières, Stéphan Frappier, juge que «la légalisation du cannabis marquera l’histoire contemporaine du Canada».

Selon le chroniqueur David Blair de la CBC, les aléas des oléoducs auraient sans doute été la nouvelle économique de l’année si une toute nouvelle industrie n’avait pas vu le jour au pays. «Les journalistes ont rarement, voire jamais, la possibilité de couvrir l’ouverture d’un nouveau marché, en particulier d’un marché aussi controversé que le cannabis.»

Le Canada sous la loupe

Le pays s’est retrouvé sous le regard du monde entier lorsqu’il a écrit une nouvelle page d’histoire. Peu après minuit, le 17 octobre, le premier joint non médicinal était vendu en toute légalité en Terre-Neuve-et-Labrador en raison du fuseau horaire de la province. Pour le célèbre quotidien américain New York Times, le Canada vivait une «expérience nationale».

Cette journée marquait l’aboutissement de mois de préparation pour les législateurs, les responsables de la sécurité publique et les corps policiers de l’ensemble des ordres de gouvernement : fédéral, provincial, territorial et municipal.

Le gouvernement avait voulu que l’entrée en vigueur de la légalisation tombe le 1er juillet, mais il a dû la repousser jusqu’au 17 octobre. Au cours de ce délai, les producteurs autorisés ont augmenté leur production.

Vint le jour fatidique. De longues files d’attente se sont formées devant les rares commerces prêts à recevoir leurs clients qui ont été rapidement confrontés à une pénurie à laquelle n’a pas échappé le commerce en ligne.

Plusieurs Canadiens étaient ravis de pouvoir enfin acheter légalement du cannabis.

«Mon nouveau revendeur est le premier ministre!» s’est exclamé le musicien Ashley MacIsaac, arrêté en 2001 pour possession de drogue en Saskatchewan.