Les petits producteurs laitiers font face à un avenir incertain, eux qui auront accès plus difficilement aux compensations distribuées par le gouvernement fédéral suite à la ratification de l’AEUMC.

Nouvel ALÉNA : les fermes familiales amères

SHERBROOKE - L’entrée en vigueur du nouvel accord économique entre le Canada, les États-Unis et le Mexique inquiète grandement les petits producteurs laitiers estriens, qui craignent pour la pérennité de leur entreprise familiale.

Après que le marché local eut été ouvert aux producteurs laitiers européens et asiatiques avec la ratification de l’Accord économique et commercial global ainsi que l’Accord de Partenariat transpacifique, c’est au tour des producteurs américains de s’inviter dans la cour des producteurs québécois. Cette plus récente ouverture laisse un goût amer à des petits producteurs d’ici, qui doutent pouvoir rivaliser longtemps avec les producteurs américains peu régulés par l’État. 

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« On se demande comment on doit se positionner pour être en mesure de concurrencer dans le futur avec un produit qui n’est pas conçu selon les mêmes normes que le nôtre. Les normes qui régissent notre production sont parmi les plus sévères au monde, tandis qu’elles sont beaucoup moins présentes aux États-Unis. Ils peuvent utiliser des hormones pour maintenir la production laitière de leurs vaches, près de 80 % des fermes laitières emploient des travailleurs illégaux à faibles coûts et les régulations environnementales et d’ordre du bien-être animal sont plus permissives », questionne d’emblée Maude Fontaine, productrice laitière à la ferme Fontabel de Weedon. 

Fin d’un système idéal

Mme Fontaine, comme l’ensemble des producteurs laitiers estriens et québécois, déplore la déstabilisation du système de gestion de l’offre tant apprécié par les producteurs de toute taille qui leur apportait une certaine sécurité financière.

« Le système de gestion de l’offre permet entre autres aux producteurs de mieux planifier à long terme, puisque les revenus sont toujours relativement stables », explique la productrice estrienne. « Or, avec les différentes brèches concédées au fil des dernières années, il sera plus difficile pour la relève de continuer à investir et à moderniser leur entreprise laitière étant donné que les revenus risquent d’être plus fluctuants, surtout en accordant à Washington un droit de regard sur le prix de nos différentes classes de lait et sur nos exportations. »

« C’est une grande déception pour nous. Le gouvernement libéral avait pourtant instauré le programme de gestion de l’offre dans les années 70 et avait promis de le conserver. Le système était équitable pour les consommateurs, les transformateurs ainsi que les producteurs. On veut produire pour notre pays et pour notre province. Nous étions autonomes dans notre production, le système fonctionnait très bien et nous n’avons rien obtenu en échange de ces concessions lors des négociations », poursuit-elle. 

Un avenir incertain

La perte de 10 % à 12 % du marché au profit des producteurs étrangers, représentant des pertes équivalentes à près d’un mois de recettes, pousse les petits producteurs à chercher des solutions pour assurer leur rentabilité et leur survie. Celles avancées jusqu’à maintenant par le gouvernement fédéral tombent à court des attentes des petits producteurs. 

« Le gouvernement a promis de compenser les producteurs, mais ce n’est pas la majorité d’entre nous qui en bénéficierons. Ce sont des subventions à l’établissement qui sont accordées aux premiers arrivés, ceux qui ont déjà ébauché leur projet, en plus d’être réparties inégalement sur le territoire canadien. On n’a pas trop confiance qu’on va avoir les subventions qui vont nous permettre de compenser pour toutes les brèches permises par le gouvernement. C’est frustrant et inquiétant », avoue Mme Fontaine, illustrant la dure réalité de l’allocation des compensations. 

« La solution idéale aurait été de ne pas faire de brèches dans l’ancien modèle de gestion de l’offre et d’ouvrir notre marché aux producteurs étrangers. On espère que les consommateurs vont nous supporter dans cette étape difficile en achetant des produits faits avec du lait d’ici, qu’on peut identifier avec le logo de la vache bleu. Le moins qu’on puisse dire est que cette période sera difficile pour les producteurs et que le morceau n’est pas encore passé », conclut-elle, indiquant que l’industrie laitière entre dans une période d’incertitude après des décennies de stabilité.