La forte reprise des marchés boursiers étonnent au plus haut point Mario Lavallée, professeur en finances de l’Université de Sherbrooke.
La forte reprise des marchés boursiers étonnent au plus haut point Mario Lavallée, professeur en finances de l’Université de Sherbrooke.

Marchés boursiers: à en perdre son latin

 Quand il regarde évoluer la bourse depuis quelques semaines, Mario Lavallée, professeur en finances de l’Université de Sherbrooke, en perd son latin.

La forte reprise des marchés boursiers l’étonne au plus haut point. « C’est remonté très vite. Je ne comprends pas. Est-ce que ça va se maintenir le temps que les profits des entreprises reviennent? » demande-t-il, lors d’un entretien téléphonique accordé à La Tribune.

« C’est vrai que les taux obligataires sont très bas. Ce qui fait que les gens se tournent vers les bourses. Mais il y a une différence entre la reprise des marchés boursiers et la reprise de l’économie… »

Mercredi, le Dow Jones, indice vedette de Wall Street, a atteint à 26 989,99 points. À la mi-mai, il se trouvait à 23 247 points. À son plus creux depuis le début de la crise, l’indice s’était effondré à 18 591 points.

Pour sa part, le NASDAQ, indice à forte coloration technologique, a franchi mercredi le seuil symbolique des 10 000 points pour la première fois.

Jeudi, on a toutefois assisté à une débâcle en règle.  Wall Street a connu sa pire séance en trois mois, le Dow Jones cédant 6,90 %, le NASDAQ perdant 5,27 % et le S&P 500 tombant de 5,89 %.   

Est-ce que cette reprise boursière se fera « en V » ou avec une rechute donc « en W », comme le suggèrent plusieurs observateurs? « C’est difficile de prédire. Actuellement, il y a l’intervention de la FED (la Banque centrale américaine) qui injecte des fonds massivement », explique M. Lavallée.

« Ça change les courroies d’entrainement habituelles des marchés… disons que pour mes étudiants en finances, c’est une période extraordinaire à vivre. »

Les paradigmes ont changé. Les tensions raciales aux États-Unis influencent les marchés. On a observé huit minutes et 46 secondes de silence l’autre midi sur le parquet de la bourse de New York à la mémoire de George Floyd. « Ce n’est jamais arrivé qu’on observe un moment de silence aussi long », fait observer le professeur Lavallée.

« La bourse, c’est le capitalisme le plus pur. C’est le conservatisme. C’est rare que cette institution prenne position comme ça. Et puis, on peut se demander s’il y aura une deuxième vague de coronavirus. Il y a les élections américaines cet automne. C’est beaucoup d’incertitudes. »

Au chapitre de l’incertitude, on peut ajouter que cette pandémie, doublée d’une récession, vient bouleverser bien des habitudes dans le monde du travail. « Ce n’est pas une récession normale. Elle n’a pas été causée par des éléments économiques et elle a été soudaine. Nous manquons de repère. » 

« La reprise va avoir lieu, mais ce n’est pas évident de dire ce que l’économie sera après. »

Selon Mario Lavallée, la crise nous a fait faire un bond de cinq à dix ans en avant au niveau technologique. Les vidéoconférences, le travail à distance et le commerce électronique se sont installés dans nos vies. Qui voudra s’en éloigner une fois les risques de la pandémie derrière nous?

« Donner des cours à distance, je savais que ça s’en venait, mais ce n’était pas arrivé. J’avais la main sur la poignée de porte… mais il y a des avantages pour mes étudiants et moi. On perd beaucoup moins de temps », raconte-t-il.

« Si le télétravail continue d’être aussi populaire, qu’est-ce qui va arriver avec les grandes tours de bureaux des centres-villes? Et les maisons? Les gens vont chercher des résidences avec de petites chambres pour pouvoir y installer des bureaux. Ça veut dire aussi beaucoup moins de déplacements. »

« Pour le commerce, il y a peut-être d’énormes changements à venir. J’ai fait livrer mon épicerie quelques fois. Je n’avais jamais fait ça avant. Le commerce électronique a explosé. Tout cela, c’est des défis énormes qui devront être surmontés. »