Des chauffeurs de taxi d'un peu partout au Québec devant les locaux des Chevaliers de Colomb sur la rue Dufferin, à Granby, où le ministre des Transports François Bonnardel tenait un déjeuner.

Manifestation de chauffeurs de taxi à Granby: Bonnardel garde le cap

Une cinquantaine de manifestants ont fait entendre leur colère face au projet de loi 17, visant à déréglementer l’industrie du taxi, présenté par le ministre des Transports et député de Granby, François Bonnardel. Rassemblés face aux locaux des Chevaliers de Colomb à Granby, où M. Bonnardel tenait un déjeuner pour les membres de l’organisme, des chauffeurs de taxi provenant de partout au Québec ont répondu à l’appel d’Elvis Redzepagic, président de Taxi 3000 à Granby.

Ils sont venus de Québec, Joliette, Sherbrooke, Montréal et la Rive-Nord pour manifester leur mécontentement. 

Ces chauffeurs de taxi se sont déplacés « pour lui faire comprendre que, pendant qu’il est en train de déjeuner, nous sommes en train de réfléchir, de penser, laisse tomber le Montréalais Malek Zinati. On ne dort plus. On n’est pas là pour le supplier. Nous avons des revendications. »

M. Zinati a payé son permis de taxi 190 000 $ en 2013. L’ancien propriétaire du permis a d’ailleurs payé 26 000 $ en impôts sur la vente du permis. « Aujourd’hui, avec le projet de loi 17, il ne vaut plus rien. »

Même constat du côté de M. Redzepagic, dont les deux permis de taxi valaient jusqu’à récemment 80 000 $ chacun.

« Pas à vendre »

« La seule chose que je peux dire à M. Bonnardel, c’est qu’on n’est vraiment pas à vendre. Je le répète toujours. Il ne nous achètera pas. Il ne nous montrera pas comment faire du taxi et Uber n’a rien à nous apprendre, argue le président de Taxi 3000. On a une application mobile, les clients peuvent réserver par l’application, par téléphone, par Facebook, par site web. On fait le taxi-bus, on fait les hôpitaux, les CLSC, etc. Je ne pense pas qu’Uber va donner le même service. »

Mélanie Pelletier est quant à elle venue de Sainte-Thérèse avec son enfant pour manifester. Son conjoint est propriétaire d’un taxi dans leur municipalité depuis quatre ans. « On a une belle grosse dette à payer. On veut juste pouvoir continuer à travailler, à faire rouler le taxi, clame-t-elle. On est des travailleurs honnêtes. Mon mari, tous les matins, fait le transport collectif, va chercher des étudiants pour les amener à l’école. Les taxis font l’autobus. S’il n’y a plus de taxis, il n’y aura plus ce service-là. Ce n’est pas Uber qui va se lever et aller porter les étudiants à l’école. On veut continuer, on ne veut pas perdre nos permis, on aime notre travail et on veut se faire entendre là-dessus. »

Malek Zinati propose la création d’une plateforme universelle pour l’ensemble du Québec plutôt que l’abolition des permis. Cette application permettrait de moderniser l’industrie et de regrouper l’ensemble des municipalités, tout en dépensant moins d’argent pour y arriver. Cette proposition a déjà été envoyée à tous les députés récemment. 

Rencontre avec le ministre

François Bonnardel a reçu quelques représentants des chauffeurs de taxi présents pour entendre leurs revendications, dont Mme Pelletier, MM. Redzepagic­ et Zinati. 

Le Granbyen a quitté la rencontre avant que celle-ci prenne fin. « Ça tourne en rond. Je ne suis pas là pour négocier une récompense, je suis là pour lui dire que je ne suis pas à vendre. »

M. Zinati estime pour sa part que la rencontre s’est bien déroulée. Selon lui, M. Bonnardel les a invités à lui fournir des propositions au cas par cas, mais qu’il est toujours hors de question de reculer quant à l’abolition des permis.

« Il a dit qu’il tiendrait compte de la valeur de chaque permis, ajoute Mme Pelletier, mais pour lui, il n’est pas question de reculer. Il veut absolument enlever les permis de taxi. »

Le député de Granby juge lui aussi que la rencontre s’est bien déroulée. « Ça a été une rencontre intéressante. On a eu peu de temps. Je leur ai expliqué les tenants et aboutissants de la loi et qu’on était toujours en mode discussion pour l’améliorer. Il est très rare qu’une loi ne soit pas modifiée. Je pense qu’on a trouvé un équilibre entre la protection de l’industrie du taxi traditionnelle et les nouvelles technologies. »

Le ministre avait déjà rencontré les représentants de Granby vendredi matin. Il rencontrera de nouveau les représentants officiels de l’ensemble de l’industrie cette semaine.

Il confirme également qu’il n’a pas l’intention de reculer sur l’abolition des permis de taxi.

« Ce qui était important ce matin, c’était de leur répéter comment je vois l’industrie du taxi de demain et comment je peux les aider pour se transformer. C’était important pour moi de prendre quelques minutes. »

Dissensions dans les rangs

La Voix de l’Est a pu observer quelques dissensions dans les rangs des chauffeurs de taxi. Le fait que Malek Zinati se soit impliqué et ait rencontré le ministre ne semble pas avoir plu à certains confrères.

Alors que M. Zinati réagissait à la rencontre tenue quelques minutes plus tôt, dans une mêlée de presse, un homme s’est interposé. « Tu parles trop ! C’est pas toi qui négocies avec le gouvernement, c’est pas toi qui négocies pour l’industrie du taxi, faque ferme toi la et attend ton tour ! a lâché un chauffeur de taxi venant de Montréal à l’endroit de M. Zinati avant de lui empoigner brièvement le collet. C’est nous qui avons le mandat de négocier, pas toi. »

L’homme en question a répondu qu’il était montréalais lorsque l’auteure de ces lignes lui a demandé son identité, sans extrapoler.

Une cinquantaine de manifestants ont fait entendre leur colère face au projet de loi 17, visant à déréglementer l’industrie du taxi, présenté par le député de Granby et ministre des Transports François Bonnardel. Réunis face aux locaux des Chevaliers de Colomb à Granby, où M. Bonnardel tenait un déjeuner pour ses membres, des chauffeurs de taxi de partout au Québec ont répondu à l’appel d’Elvis Redzepagic, président de Taxi 3000 à Granby.