L'exportation vers les É-U est périlleuse pour Hydro, selon des experts

Des experts des questions énergétiques déconseillent à Hydro-Québec de miser sur l'exportation d'électricité aux États-Unis en aménageant des lignes de transport comme celle du projet Northern Pass qui doit traverser le mont Hereford.
Réunis à Montréal, ceux-ci soutiennent qu'il s'agit d'un exercice de plus en plus périlleux pour le Québec.
Hydro-Québec a beau vouloir développer davantage son marché d'exportation, « elle fait face à une concurrence vive dans le domaine de l'énergie renouvelable variable », a déclaré Normand Mousseau, un des trois experts en énergie réunis lundi à Montréal pour débattre des enjeux liés aux grands projets d'exportation d'Hydro-Québec, notamment du projet de ligne aérienne qui doit transiter via le mont Hereford et son aire protégée.
Selon M. Mousseau, auteur de plusieurs ouvrages et qui a coprésidé en 2014, la commission sur les enjeux énergétiques du Québec, « Hydro-Québec fait face à plusieurs embûches dans ses projets d'augmenter ses exportations. Tout d'abord, l'électricité demeure un secteur où la production et les retombées locales sont favorisées. Tant l'Ontario que les États de la Nouvelle-Angleterre préfèrent donc payer plus cher leur électricité si elle est produite chez eux», dit-il. «Ensuite, les lignes de transport d'électricité actuelles sont saturées. Sans nouvelles lignes, qui sont de plus en plus difficiles à faire accepter par les populations locales, Hydro-Québec ne peut pas facilement augmenter ses ventes et surtout, ses profits. »
Pour Philip Raphals, directeur du Centre Helios, un organisme de recherche indépendant en énergie, « les exportations d'électricité du passé et d'aujourd'hui produisent des profits importants, étant donné que le coût moyen de production d'Hydro-Québec Production est toujours autour de 2 cents/kWh», explique-t-il dans un communiqué de presse.
«Toutefois, le coût de production pour les projets en cours et les projets futurs (coût marginal) est beaucoup plus élevé, bien au-delà des prix prévisibles sur les marchés américains. Ainsi, la rentabilité de nouveaux projets hydroélectriques, y compris La Romaine, est loin d'être évident, sans parler des coûts environnementaux et sociaux. »
Pour sa part, Jean-Pierre Finet, analyste en énergie qui représente notamment le Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEÉ) devant la Régie de l'énergie, se demande si Hydro-Québec «exclut l'enfouissement d'une partie de sa ligne au Québec parce qu'une somme de 60 millions $ affecterait la rentabilité d'un projet global de 2,7 milliards $?»
«Les Québécois devraient s'inquiéter du risque associé à l'engagement de long terme que représente le projet Northern Pass. »
Pour M. Raphals, il est préoccupant que les décisions «sur la production et l'exportation d'électricité se prennent à huis clos, sans aucun débat public. Il y a dix ans, après le débat sur le Suroît, la Régie dénonçait l'absence d'un forum pour débattre ces questions, mais rien n'a changé. En fait, il y a 25 ans, Hydro-Québec était beaucoup plus transparente sur ses planifications qu'elle ne l'est aujourd'hui.»
Enfin, pour Jean Pierre-Finet, « le risque qu'Hydro-Québec s'apprête à courir en garantissant à grands frais (5.5 cents US/kWh) et sur 40 ans, le remboursement de la ligne de transport d'électricité Northern Pass sur la base d'un modeste contrat de 15 à 20 ans, est pour le moins surprenant. Il ne faudrait pas se retrouver aux prises avec des contrats fixes à long terme, très désavantageux pour le Québec et dont nous nous ne pourrions pas sortir. »