François Bourassa et Martin Caron

Les producteurs agricoles se liguent aux consommateurs

SHERBROOKE — Non seulement les producteurs agricoles se mobilisent pour obtenir des compensations équitables avec l’entrée en vigueur du nouvel accord de libre-échange nord-américain, mais ils s’allient les consommateurs pour se faire entendre.

Une grande marche « citoyenne » s’organise à Montréal le 18 novembre pour interpeller les gouvernements, en mettant à l’avant-plan la préoccupation des consommateurs pour l’achat local qui connaît un nouvel engouement depuis l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC).

« Si on veut chercher un petit peu de positif dans ce nouvel accord, c’est justement la sensibilisation du public à privilégier l’achat local, non seulement pour les produits laitiers mais pour les gestes quotidiens qui sont posés », lance le président de l’UPA-Estrie, François Bourassa. 

« C’est réconfortant de voir que c’est devenu le souci de beaucoup de consommateurs qui ne veulent pas perdre leur souveraineté alimentaire et leur droit de s’alimenter en sachant d’où provient ce qu’il y a dans leur assiette », ajoute-t-il en précisant que des autobus partiront de toutes les régions du Québec, y compris l’Estrie, pour participer à cet événement.

M. Bourassa, un producteur laitier et acéricole de Valcourt, présidait mardi l’assemblée générale annuelle de son organisation, avec l’AEUMC en toile de fond. Près de 175 producteurs agricoles et intervenants du milieu y ont pris part.

Même s’il est difficile à ce moment-ci de chiffrer les impacts de cet accord sur les 4000 producteurs agricoles et les 2700 fermes des sept MRC de l’Estrie, les inquiétudes sont grandes.

D’autant que l’UPA a en tête les impacts de l’accord avec l’Union européenne (2017) et du Partenariat transpacifique (2016) pour s’y préparer.

En ce qui concerne uniquement l’accès aux marchés pour les producteurs laitiers canadiens sous gestion de l’offre, par exemple, les trois ententes représenteraient des pertes annuelles permanentes de près de 500 millions $, évalue-t-on.

« Les gouvernements nous promettent toujours des compensations, dit M. Bourassa, mais dans le cas de l’accord avec l’Europe, c’est une minorité de producteurs qui y a eu accès. On souhaite donc pour le futur que ces compensations soient équitables et équivalentes aux pertes encourues. »

Le président sait aussi que l’AMEUC n’aura pas que des impacts financiers sur ses membres. Cela fait planer une incertitude qui affecte l’avenir même des entreprises agricoles.

« C’est pour ça qu’on vient d’embaucher une travailleuse de rang, rappelle-t-il. Cette instabilité au niveau des conditions fait en sorte qu’il peut y avoir de l’anxiété chez les producteurs. Ce n’est pas juste des impacts financiers, il y a aussi des impacts sur les décisions qui doivent être prises au sein d’une entreprise pour le futur. »

Un autre dossier a retenu l’attention lors de l’AGA et c’est celui de la fiscalité foncière qui « menace la rentabilité des entreprises », déplore-t-on.

« De plus en plus on voit que les budgets consacrés à cette dépense pour les producteurs agricoles sont énormes. De 2007 à 2016, on a doublé, de 37 millions $ à 62 millions $, ce que les producteurs ont sorti de leurs poches (pour acquitter leur facture de taxes foncières), et notre prévision c’est qu’en 2020, on ira jusqu’à 121 millions $. C’est inacceptable pour les producteurs agricoles », dénonce Martin Caron, premier vice-président de l’UPA provinciale.

Faisant valoir que le Québec est la seule province en Amérique du Nord à fonctionner avec un système de crédit de taxes — insuffisant, constate-t-elle —, l’organisation syndicale réclame depuis plusieurs années une révision de ce modèle qui pourrait s’inspirer de ce qui se passe en Ontario avec la mise en place d’un plafond à l’évaluation foncière et d’un taux de taxe distinct pour le secteur agricole.

Pour le vice-président, il importe aussi de s’asseoir avec les partenaires du monde municipal pour trouver une solution satisfaisante pour les agriculteurs « qui ont de moins en moins d’argent à investir dans leur entreprise ».

L’UPA aura-t-elle cette fois une oreille attentive auprès des gouvernements supérieurs?

« Au fédéral, notre demande c’est que les compensations soient mises en place et budgétées avant le déclenchement des élections, prévient M. Bourassa. On a vécu l’accord avec l’Europe où M. Harper (gouvernement conservateur de Stephen Harper) avait promis 2 milliards de compensations et quand le nouveau gouvernement est arrivé en poste, il n’y avait plus que 250 millions $. »

Au provincial, l’UPA laisse la chance au coureur mais promet de veiller au grain. « En période électorale, tout le monde nous promet que les solutions arriveront rapidement. Ce qu’on souhaite, c’est que les solutions arrivent durant la première année du mandat. »