Lorsqu’Ernesto Castellanos Gil a commencé à travailler chez Roulottes Évasions.com, il ne parlait presque pas français. Aujourd’hui, il maîtrise très bien la langue.

Les pauses en espagnol chez Roulottes Évasion

SHERBROOKE — Français, anglais ou espagnol, on entend plusieurs langues dans la salle de pause chez Roulottes Évasion.com à Sherbrooke. C’est que l’entreprise familiale emploie plusieurs travailleurs cubains qui lui permettent de naviguer à travers la pénurie de main-d’œuvre qui frappe la région.

« Depuis quelques années, on fait l’intégration de nouveaux arrivants, de gens qui ne parlaient pas nécessairement français, souligne Andrée-Anne Fisette, directrice du service chez Roulottes Évasion.com. De bouche à oreille ça s’est su et nous avons de plus en plus de techniciens et de laveurs qui sont d’origine cubaine. Les pages Facebook de regroupements nous aident beaucoup également. »

L’entreprise familiale, qui se spécialise dans la vente et la réparation de véhicule récréatif, offre de la formation dans trois langues, français, anglais et espagnol.

« La dynamique est très agréable, les gens nous disent qu’ils se sentent en vacances parce qu’il y a de la musique latine dans le garage, lance Mme Fisette. On rit souvent parce qu’à la table ça parle plus espagnol que français et les Québécois réagissent. Ça nous donne un grand coup de main et on ne se passerait plus de ces gens-là aujourd’hui, je ne suis pas gênée de le dire. »

« On niaise toujours entre nous, je dis parfois à mes collègues québécois de retourner dans leur pays s’ils ne sont pas contents », dit Yurien Hernandez avec le sourire. Il travaille au département des pièces chez Roulottes Évasions.com depuis 2013.

Andrée-Anne Fisette avoue qu’elle avait une certaine crainte concernant les clients de son entreprise.

« J’avais peur qu’il y ait des préjugés parce que j’ai des employés qui ne parlent pas encore français. Ils se parlent beaucoup espagnol entre eux aussi. J’avais peur qu’on ait de mauvais commentaires, mais au contraire, les gens sont très ouverts d’esprit, c’est impressionnant. Les clients me surprennent. Si des employeurs hésitent à cause de cela, allez-y. »

Dominic Ash, technicien en véhicule récréatif, mentionne que la barrière de la langue n’est pas un problème majeur.

« Quand je ne comprends pas ce qu’un employé dit, je vais en chercher un autre pour qu’il me traduise. On continue notre chemin et tranquillement ils s’améliorent. Je les écoute aussi beaucoup et je commence à saisir quelques mots. »

Il cite en exemple son collègue Ernesto Castellanos Gil. Lorsque ce dernier a commencé à travailler chez Roulottes Évasions.com, il ne parlait presque pas français. Aujourd’hui, il maîtrise très bien la langue.

Combattre la pénurie

Roulottes Évasion.com existe depuis 25 ans et Mme Fisette admet que les deux dernières années n’ont pas été faciles pour le recrutement.

« Avant on avait beaucoup de CV d’étudiants et ce n’était pas rare qu’on avait trois ou quatre laveurs l’été, explique-t-elle. Cette année, on s’est rendu à deux de justesse parce que nous n’avons pas reçu beaucoup de candidatures. »

L’aspect saisonnier de l’emploi est aussi une difficulté que rencontre l’entreprise.

« On avait de la difficulté à trouver des gens pour travailler l’été et être sur le chômage l’hiver. Souvent les nouveaux arrivants, ils vont faire de la francisation l’hiver ou ils vont aller visiter leur famille donc ce sont des horaires qui leur conviennent. »

Mme Fisette estime toutefois qu’il reste encore des préjugés envers la main-d’œuvre immigrante.

« En les côtoyant, je vois que souvent ils ont envoyé énormément de CV et ils n’ont pas beaucoup de retours. Parfois je rappelle des gens qui ont posé leur candidature et il y a une hésitation au bout du fil tellement ils sont surpris que je retourne leur appel. Les entreprises ne devraient pas avoir peur de ça. Je trouve ça merveilleux de pouvoir servir mes clients en trois langues. Ça nous amène même une nouvelle clientèle, cette année on a servi trois ou quatre clients en espagnol! »

« Tous les immigrants que j’ai connus ici sont venus pour travailler parce qu’ils ont laissé du monde derrière eux et il faut les nourrir, ajoute Yurien Hernandez. Malheureusement il y en a beaucoup qui n’ont pas la chance de se trouver un travail rapidement. Moi j’ai eu cette chance. On parle de pénurie de main-d’œuvre, mais je connais plusieurs personnes qui se cherchent un emploi. Si tu as besoin de main-d’œuvre, ouvre ton esprit. C’est facile juger quand on ne connaît pas. »