Le directeur général du Cep d'Argent, Jean-Paul Scieur, se réjouit des nombreux jours de chaleur obtenus depuis le début de l'été.

Les canicules, amies des vignerons

Le vigneron Jean-Paul Scieur se rappelle l’été torride de 1976. Une sécheresse de cinq mois avait sévi en Champagne, région du nord de la France qu’il habitait à l’époque; pas la moindre goutte d’eau n’était tombée du ciel. «On avait eu un millésime exceptionnel», rapporte-t-il. «Quand il fait chaud et sec, les vignes ont le sourire, tout comme le vigneron!»

Les canicules et grandes journées de chaleur qui touchent cet été le Québec sont donc les bienvenues au Cep d’Argent, vignoble magogois dont M. Scieur est le directeur général.

Plusieurs climatologues croient que les changements climatiques feront en sorte que le Québec connaîtra plus de vagues de chaleur à l’avenir. Ce phénomène pourrait avoir des répercussions positives pour les vignerons québécois; après tout, les vignobles les plus réputés du monde se trouvent dans des endroits où il fait très chaud, comme en Espagne, en Italie ou dans le sud de la France, fait remarquer M. Scieur.

«Mais ces avantages seraient seulement valides pour le Québec, parce que dans les endroits où il fait déjà chaud, comme en Californie ou dans le sud de la France, ça causerait des problèmes. Il n’y aurait pas assez d’acidité, et ce qui fait un bon vin, c’est l’équilibre entre les sucres et les acides», souligne-t-il.

M. Scieur explique qu’entre les premiers bourgeons et le mûrissement des fruits, les producteurs croisent les doigts pour que les plants soient exposés le plus possible à la chaleur, ce qui leur permet d’accumuler des unités thermiques. «Plus c’est chaud dès le début, plus les raisins mûrissent vite et plus ils ont d’arômes, ce qui se répercute sur le vin et qui nous fait de beaux millésimes», résume-t-il.

Le copropriétaire du vignoble sherbrookois La Halte des Pèlerins, Marco Corbin, abonde dans le même sens. «Ce sont vraiment des températures exceptionnelles pour nous. La vigne n’a pas besoin de beaucoup d’humidité et de pluie, puisque ses racines vont vraiment en profondeur dans le sol. Et quand on a moins de pluie, on a beaucoup moins de maladies ou de champignons qui vont se développer sur les plants. C’est donc vraiment bénéfique», dit-il.

La seule précaution que les vignerons doivent prendre lors de grandes chaleurs est de jeter un oeil attentif aux nouveaux plants, puisqu’une vigne a davantage besoin d’eau lors de sa première année de vie. «Comme leur système racinaire n’est pas encore développé, il faut donner de l’amour à ces plants-là et les arroser», précise M. Scieur.

Récoltes hâtives?

Et pour 2018, les journées de chaleur sont-elles suffisantes pour prédire des récoltes hâtives en Estrie?

«C’est possible, mais on prendra les décisions à ce moment-là», tempère M. Corbin. « C’est comme n’importe quelle culture qui dépend de la température : actuellement, c’est numéro 1, on ne peut pas souhaiter mieux, mais si on a un automne très pluvieux, on pourrait perdre tout ce qu’on a gagné.»

Jean-Paul Scieur, lui, espère pouvoir sortir les sécateurs à la mi-septembre, soit un peu plus tôt que lors d’une année standard.

Et en attendant les vendanges, ces deux vignobles — ainsi que d’autres en région — sont ouverts pour des dégustations. «On est équipés pour parer à toutes les éventualités : s’il fait trop chaud, on a l’air climatisé; s’il fait froid ou qu’il pleut, on a des places à l’intérieur, et quand il fait beau, on a notre terrasse couverte… On est capables de répondre à tous les aléas de mère Nature!» lance M. Corbin, visiblement habitué à composer avec les caprices de celle-ci.