La crème glacée fait partie des aliments « bonheur » dont les ventes connaissent une hausse en confinement.
La crème glacée fait partie des aliments « bonheur » dont les ventes connaissent une hausse en confinement.

Les aliments «bonheur» ont la cote en confinement

Consommation de croustilles, bonbons, chocolat et grignotines à la hausse, vente de crème glacée en croissance, les gens se tournent visiblement vers les aliments « bonheur » en cette période de confinement.

À la Laiterie Coaticook, on constate bien le phénomène.

« Les ventes de crème glacée vont très bien. C’est certain que nous avions des promotions planifiées, mais nous constatons tout de même une hausse. Un deux litres de crème glacée, ça ne coûte pas cher pour se gâter un peu », estime la directrice des ventes à la Laiterie Coaticook, Renée Fillion.

Le fait que la crème glacée Coaticook soit un produit local a aussi un impact croit la directrice des ventes.

« Nous allons vraiment constater l’impact sur le long terme », estime Mme Fillion.

Ce phénomène de hausse des ventes des aliments qui font du bien se fait également sentir chez le fabricant de croustilles Yum Yum, établi à Warwick depuis 60 ans.

« Depuis les dernières semaines, nous remarquons une croissance dans la demande pour nos produits de croustilles et grignotines, en gros formats, dans le secteur de l’épicerie. Nous attribuons cette demande accrue à la fois au fait que nous sommes une marque d’ici, réconfortante et nostalgique, mais aussi au fait que nos produits sont une source de plaisir et que ces temps-ci, les gens sont en quête de réconfort et de petits bonheurs quotidiens », confirme la directrice du marketing chez Aliments Krispy Kernels, Renée-Maude Jalbert.

La vente de confiseries et autres grignotines emballées par Aliments Jardi de Sherbrooke a aussi connu une croissance depuis la mi-mars.

« Nous avons ajusté notre production afin de pouvoir fournir nos bannières. La demande est forte pour tous nos produits. Nos clients ont découvert l’éventail des produits que nous pouvons offrir notamment les produits de cuisson », indique Robin Charest des Aliments Jardi.

Les ventes de chips ont augmenté en ces temps de confinement.

Professeure de psychologie à l’Université Laval à Québec, Catherine Bégin analyse que ce type d’aliments « bonheur » joue un rôle réconfortant pour apaiser les émotions négatives liées au confinement et à la pandémie de la COVID-19.


« Manger des chips, du chocolat ou n’importe quelle autre gâterie est une façon accessible et peu coûteuse d’aller chercher un réconfort rapide. Ces aliments activent les zones de plaisir et de récompense. »
Catherine Bégin, professeure de psychologie à l’Université Laval

« Manger des chips, du chocolat ou n’importe quelle autre gâterie est une façon accessible et peu coûteuse d’aller chercher un réconfort rapide. Ces aliments activent les zones de plaisir et de récompense », estime-t-elle.

« C’est très primitif comme comportement. En période de stress comme celle que l’on traverse, l’être humain va avoir tendance à chercher une gratification rapide en se tournant vers des aliments riches en sucre, en gras et en sel » ajoute le professeur titulaire au département d’histoire de la faculté des lettres en sciences humaines à l’Université de Sherbrooke, Tristan Landry.

Tant dans sa pratique clinique que sur les médias sociaux, la nutritionniste et diététiste sherbrookoise Geneviève Arbour de la clinique Nutritive a aussi constaté cet engouement pour les aliments « plaisir ».

« Les travailleurs de la santé dont le risque au travail est plus élevé ou les gens confinés peuvent trouver du réconfort dans ces aliments sucrés, salés ou gras. Il n’y a rien de malsain à se réconforter en consommant des aliments, mais ça ne doit pas être le seul outil. Il faut prendre conscience que ces aliments ne peuvent à eux seuls servir à calmer l’anxiété. Dans ma pratique clinique, je constate cette résurgence de comportements alimentaires face aux émotions. Il ne faut pas se culpabiliser, mais ne pas non plus en abuser », signale Geneviève Arbour.

Catherine Bégin croit aussi qu’il ne faut pas se priver de ces aliments de plaisir, mais ils doivent être combinés à d’autres stratégies de régulation des émotions comme aller marcher ou discuter avec des amis en visioconférence.

« Il faut éviter que ce mécanisme de gestion de ses émotions par la nourriture devienne un cercle vicieux où l’on se culpabilise de l’avoir fait, de là l’importance de varier ses outils de régulation des émotions », prévient la professeures en psychologie.