Il ne manquait pas d’amateurs de vinyles samedi lors de la vente à 1 $ du Musique Cité. Les curieux fouillaient dans les boîtes pleines de disques à la recherche d’une perle rare, alors que le propriétaire de l'endroit J-F Ouimet tenait la caisse.

Le vinyle continue de spinner

Quelques années après le grand retour du vinyle, la tendance est loin de s’essouffler, constate-t-on chez Musique Cité. « Je pense que ça augmente chaque mois. Il y a toujours de nouveaux fans », rapporte J-F Ouimet, propriétaire de la boutique indépendante située au centre-ville de Sherbrooke.

Les amateurs se pressaient d’ailleurs dans celle-ci samedi matin à l’occasion d'une journée promotionnelle. Des bacs remplis de vinyles à 1 $ étaient à la disposition du public, et comme si ce n’était pas assez bon marché, Musique Cité avait décidé que pour ses 60 ans, si quelqu’un achetait 60 de ces vinyles, il les paierait 60 sous l’unité.

C’est ce qu’a fait le Magogois Ian Dion, un habitué de la place, qui avait réuni 60 vinyles de styles variés dans une boîte. « Ce que j’aime avec les vinyles, c’est de redécouvrir l’écoute d’un album complet. Avec le streaming, souvent, on écoute une chanson à droite, une à gauche, on se fait une playlist... J’aime prendre le temps de m’asseoir et d’écouter de A à Z un album », affirme-t-il.

Et aux dires de plusieurs, le son est meilleur. « Le feeling que tu as avec un vinyle, ce n’est pas le même qu’avec un CD. Le son est plus chaleureux, plus humain, si on peut dire, et plus proche de la réalité, moins compressé », explique M. Ouimet.

Vinyles, CD et cassettes

Cette tendance souligne aussi le désir de contact avec un objet physique. D’ailleurs, les CD, cassettes et VHS se vendent assez bien, dit M. Ouimet. « Moi-même j’ai un groupe de musique et j’ai remarqué que les bands qui vendent le plus de marchandise, c’est ceux qui ont des vinyles – ou même des cassettes – à vendre. »

Il n’y a pas que des nostalgiques qui ressortent leur tourne-disque qui achètent des vinyles, au contraire. L’ancien propriétaire du Musique Cité Sylvain Lecours, qui était venu donner un coup de main pour l'occasion, le confirme. « J’ai déjà vendu des vinyles à des gens qui n’ont jamais acheté de CD. Les jeunes ont grandi avec les MP3, mais quand ils se découvrent un intérêt pour le matériel, l’objet qu’ils achètent c’est le vinyle, et je les comprends parfaitement. »

Les Disquaires Sunrise, qui ont remplacé le HMV au Carrefour de l’Estrie, misent également sur les vinyles pour attirer les acheteurs. Chez Musique Cité, on ne se désole pas de cette ouverture. « C’est toujours intéressant de voir qu’il y a des commerces qui ont envie d’essayer le marché du disque, parce que c’est quand même un marché qui est difficile. C’est toujours le fun de voir des disquaires ouvrir plutôt que des Walmart ou des Costco qui vendent des disques », dit M. Ouimet.

Transition réussie

J-F Ouimet a racheté la boutique de Sylvain Lecours en 2015. La même année, le commerce a déménagé quelques portes plus haut sur King, et a doublé sa superficie.

« J’ai continué à faire la comptabilité du magasin, et la progression des ventes est spectaculaire », rapporte M. Lecours. « Avec la visibilité qu’emmène le Record Store Day en avril, le regain d’intérêt pour le vinyle, le déménagement, les nouvelles idées de relance et la présence sur les médias sociaux, ça fonctionne », estime-t-il.

Plusieurs activités sont prévues chez Musique Cité tout au long de l’année pour souligner le 60e anniversaire : on peut se renseigner sur la page Facebook « Musique Cité 2015 - Disquaire Indépendant ».

En un tour

L’album préféré de Sylvain Lecours : Goodbye Yellow Brick Road de Elton John. « Tu ne peux pas t’imaginer le nombre d’exemplaires que j’ai! »

Les albums qui partent le plus vite : Le rock des années 70, le jazz, le métal et le punk. « Des premiers pressages de groupe de métal, ça atteint régulièrement un prix dans les trois chiffres. Un album de Bathory fait par Banzai Records, par exemple, ou encore des pressages originaux de jazz, comme un Miles Davis ou un John Coltrane », explique J-F Ouimet. « Ce n’est pas parce que c’est rare, mais Dark Side of The Moon de Pink Floyd, ça ne peut pas rester deux semaines ici », renchérit Sylvain Lecours.

La boutique Photovinyl, située sur la rue Alexandre, devra fermer ses portes samedi. « Ça ne valait plus la peine financièrement », explique le propriétaire Jean-François Morin.

Un marché difficile

Même si les disques vinyles continuent de gagner en popularité, ça ne veut pas dire qu’il est facile d’être en affaires dans le domaine. La preuve : la boutique Phonovinyl, située sur la rue Alexandre à Sherbrooke, fermera ses portes samedi.

« J’ai décidé de ne pas renouveler mon bail, parce que ça ne valait plus la peine financièrement », explique le propriétaire Jean-François Morin.

Celui-ci avait racheté en 2015 le fonds d’inventaire de la boutique Rotation, qui était située dans la mezzanine du ArtFocus. Il a opéré Phonovinyl à partir de cet emplacement jusqu’à la fermeture de la galerie d’art, après quoi il a loué le local sur Alexandre.

Durant ses derniers mois d’exploitation, une fois que les frais étaient payés, il pouvait rester à M. Morin moins de 150 $ de profit par mois. « J’ai une famille avec deux jeunes enfants... avec des montants comme ceux-là, ça ne va pas loin pour payer l’hypothèque! Au lieu d’essayer de continuer, de tomber dans les dettes et de perdre mon amour pour la musique et le vinyle, j’ai décidé d’arrêter avant », dit sereinement celui qui compte vendre son inventaire en lot à une autre boutique.

Même si le Phonovinyl comptait sur des clients fidèles, l’augmentation de la compétition a fait mal aux ventes. En plus du Musique Cité à proximité, deux autres petits magasins de vinyle ont ouvert à Sherbrooke, soit Le Plan B sur la rue du Conseil et le Retropop Culture sur la 10e Avenue.

Mais c’est aussi les grands joueurs qui drainent la clientèle, comme les Disquaires Sunrise qui se sont installés au Carrefour de l’Estrie, Archambault qui vend maintenant des disques vinyles, et bien sûr, internet. « Les amateurs de vinyles, les maniaques, vont aussi bouger pour s’en procurer. On n’est pas loin de Montréal et du 33 Tours, qui est la Mecque du vinyle au Québec », rapporte M. Morin. « C’est difficile après de compétitionner avec uniquement la population de Sherbrooke, les salaires de Sherbrooke, bref, l’économie sherbrookoise. »

L’augmentation de la popularité des vinyles vient aussi avec l’augmentation des prix de revente de ceux-ci. « Les lots se vendent plus cher. Des gens me proposent leurs vinyles au prix que je les vendrais dans le magasin, ou encore ils mettent leurs disques en vente sur internet eux-mêmes », résume M. Morin.