Sylvain Leduc

Le sous-gouverneur livre son premier discours à Sherbrooke

Baisse marquée de la croissance de la productivité et déclin du dynamisme économique. Importance de l’innovation et des jeunes entreprises dont la croissance bondit très rapidement. Sylvain Leduc, sous-gouverneur à la Banque du Canada, était de passage à Sherbrooke, mardi, le temps d’une présentation sur l’économie canadienne. Il s’agissait de son premier discours public en sol québécois depuis sa nomination à son poste en mai 2016.

«Dans les dernières décennies, les économies avancées ont enregistré une baisse marquée de la croissance de leur productivité. C’est un phénomène inquiétant, parce que, à long terme, la croissance de productivité détermine l’évolution de notre niveau de vie», a noté M. Leduc, précisant que les Canadiens auraient gagné 13 000$ de plus l’année dernière si la productivité avait progressé au même rythme que dans les années 1990.

La productivité d’une économie repose sur les réussites d’entrepreneurs innovants, des gens qui partent de presque rien et fondent des entreprises qui deviennent des moteurs de l’économie. Comme l’Estrien Joseph-Armand Bombardier, créateur de la motoneige, et le Montréalais Arthur Sicard, créateur de la première souffleuse à neige, a souligné le sous-gouverneur.

Quelques statistiques démontrent la baisse du dynamisme de l’économie canadienne.

«Les données colligées par Statistique Canada démontrent une baisse surprenante et soutenue du taux d’entrée de nouvelles entreprises depuis le début des années 1980», a mentionné M. Leduc, ajoutant que le taux de création de nouvelles entreprises, soit le rapport entre le nombre d’entreprises créées et le nombre total d’entreprises actives, est passé de 24% en 1984 à 12% en 2016.

Le taux de sortie a aussi diminué, mais de façon moindre. Aussi, depuis  dix ans, les entreprises naissantes créent moins d’emplois qu’auparavant. Cette baisse de dynamisme est généralisée et s’observe dans toutes les régions du pays et dans l’ensemble des pays de l’OCDE.

Les causes de cette baisse de dynamisme sont pluriels. Le vieillissement de la population, la concentration industrielle et la hausse du manque à gagner que les jeunes, universitaires souvent, subiraient en renonçant à leur salaire d’employé pour fonder leur entreprise figurent parmi les causes identifiées.

M. Leduc, une des six personnes prenant les décisions concernant le taux directeur de la Banque du Canada, a terminé sur une note positive.

«Au cours des derniers trimestres, la croissance de l’économie canadienne a été vigoureuse, surpassant celle de toutes les économies du G7. La forte dépréciation du dollar canadien qui a suivi la baisse du prix du pétrole a possiblement aidé la croissance de nos gazelles (entreprises dont la croissance bondit rapidement) facilitant l’accès aux marchés externes et en augmentant les bénéfices dérivés de plus grandes économies d’échelle», celui qui a été vice-président à la Banque fédérale de réserve américaine, ajoutant que l’accord de libre-échange avec l’Europe pourrait permettre aux entreprises canadiennes de croître davantage.

«Le taux de croissance de l’économie devrait diminuer durant les prochains trimestres, mais il devrait tout de même dépasser celui de la production potentielle. Nous nous attendons donc à une hausse des entrées et une baisse des sorties d’entreprises dans les trimestres à venir. De plus, comme les nouvelles entreprises contribuent à faire augmenter la capacité de production de l’économie, une telle hausse pourrait donner lieu à un cercle de croissance vertueux», prévoit M. Leduc.