Lors du lancement de l’incubateur estrien d’entrepreneuriat collectif jeunesse SISMIC, mercredi, le cofondateur et président de La Fabrique, Étienne Plante, est venu partager le parcours qui a mené son groupe à la coopérative d’ateliers collectifs qu’il pilote aujourd’hui.

Le pouvoir du groupe et des idées

S’il y a bien quelque chose que les jeunes portent en commun, c’est un désir de changer le monde, avance le Pôle d’entrepreneuriat collectif de l’Estrie. C’est dans cette optique que l’organisme lançait mercredi, en collaboration avec le Chantier de l’économie sociale, son nouvel incubateur d’entreprises collectives jeunesse du nom de SISMIC.

Le projet SISMIC s’inscrit dans une initiative à l’échelle provinciale de Chantier de l’économie sociale, une organisation autonome et non partisane, qui regroupe 19 incubateurs actifs sur l’ensemble du territoire québécois. Destinés aux jeunes entre 18 et 29 ans, ces incubateurs visent à encourager l’adoption d’un modèle d’affaires collectif et basé sur l’économie sociale chez les nouveaux et les futurs entrepreneurs.

« Notre société fait face à des enjeux majeurs, notamment la croissance des inégalités sociales et la crise climatique. Nous observons également que les jeunes démontrent une grande préoccupation à l’égard de ces enjeux. L’entrepreneuriat collectif, qui mise sur la prise en charge collective, sur la solidarité et sur la redistribution équitable de la richesse, fait partie des réponses à ces enjeux, mais demeure un modèle entrepreneurial trop peu connu des jeunes », note le président du Pôle d’entrepreneuriat collectif de l’Estrie, Réal Desautels.

Mireille Pelchat, chargée du projet SISMIC au Chantier de l’économie sociale, tient d’ailleurs à souligner qu’« il s’agit d’une façon d’entreprendre, et non d’un secteur d’activité ». « C’est un modèle d’entreprendre, autrement, explique Mme Pelchat. Les jeunes se questionnent beaucoup sur le type d’emplois actuels et sur le modèle capitaliste qui enrichit un ou quelques individus, au détriment souvent des travailleurs. Les millénaux ont envie d’avoir un pouvoir de décision plus grand dans les organisations et de s’impliquer. On voit l’engouement de ces jeunes-là à faire la différence entre le pouvoir de l’argent et le pouvoir des idées, le pouvoir du groupe. »

Pour l’occasion, le cofondateur et président de La Fabrique, Étienne Plante, est venu partager le parcours qui a mené son groupe à la coopérative d’ateliers collectifs qu’il pilote aujourd’hui. « C’était toute une nouvelle bibitte qui comportait beaucoup d’enjeux. C’est certain qu’on aurait été bien supportés par un incubateur de la sorte », partage celui qui est aujourd’hui fier d’avoir un emploi qui correspond à ses valeurs et qui se préoccupe du bien-être collectif.

Ateliers et partenariats

L’incubateur SISMIC estrien a déjà conclut son premier partenariat avec l’Université de Sherbrooke, qui permettra à celui-ci d’allier ses forces avec son Accélérateur entrepreneurial Desjardins (AED). « Au cours des prochains mois, nous travaillerons à ancrer ce parcours d’incubation spécialisé en entrepreneuriat collectif dans le milieu collégial et universitaire estrien et à développer des partenariats pour mener à bien ce projet, déclare Cynthia Collette, directrice générale du Pôle d’entrepreneuriat collectif de l’Estrie. Nous approcherons également nos partenaires du développement local pour favoriser l’émergence de ce modèle économique dans l’ensemble de la région en complémentarité avec leurs services. »

Les différents outils que le Pôle souhaite apporter aux jeunes entrepreneurs se manifesteront principalement sous forme d’ateliers structurants et formateurs orientés en trois étapes-clés : idéateur, prototypage et propulsion. Même si plusieurs activités se dérouleront en milieu scolaire, les jeunes sur le marché du travail sont aussi ciblés par le projet.

Pour expliquer les motivations de son organisation à mener à bien ce projet, Mireille Pelchat s’appuie sur des statistiques du GEM (Global entrepreneurship Monitor), la plus grande étude entrepreneuriale du Canada, qui indiquent que 37 % des Québécois entre 18 et 34 ans auraient l’intention de se lancer en affaires. « Malheureusement, on a constaté une perte de vitesse lorsque venait le moment de passer à l’action, dit-elle. Maintenant, on doit soutenir le passage à l’action, et je pense que les milieux universitaires comme l’Université de Sherbrooke et ailleurs au Québec sont aussi un peu plus mobilisés à mettre des infrastructures en place. Je pense que notre projet arrive au bon moment. »

L’incubateur commencera ses activités dès l’automne.

580 entreprises d’économie sociale en Estrie

Le 29 avril dernier, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) dévoilait son premier portrait de l’économie sociale dans la province et révélait que pas moins de 580 entreprises fonctionnent sous un modèle d’affaires collectif. 

Ces entreprises, qui génèrent un revenu de 811 M$, représentent 7490 emplois dans la région. L’étude de l’ISQ a aussi permis de constater que les entreprises de ce type affichent une longévité importante : 39 % existent depuis plus de 30 ans et 35 % ont entre 16 et 30 ans.   

« Les entreprises collectives ont un taux de survie du double des entreprises privées et jouent un rôle de stabilisateurs dans notre économie, insiste Réal Desautels, président du Pôle d’entrepreneuriat collectif de l’Estrie. Pourquoi? Parce qu’elles ont pour but de répondre à des besoins de leur milieu et que les emplois ne peuvent pas être délocalisés. En période difficile, les gens se serrent les coudes pour trouver des solutions et pour ne pas fermer l’entreprise. La dimension collective de ces entreprises apporte en soi beaucoup de solidité en assurant la relève des dirigeants. C’est donc un excellent modèle pour le développement de notre société en complémentarité, bien sûr, avec le secteur public et le secteur des entreprises privées. » 

Au Québec, ce sont environ 11 200 entreprises qui œuvrent sous un modèle d’affaires collectif. Celles-ci représentent 220 000 emplois et génèrent 48 milliards $ de chiffre d’affaires.