Stéphane Ouellette et Julie Grenier rouvrent leur commerce, le Pain voyageur café, mercredi.
Stéphane Ouellette et Julie Grenier rouvrent leur commerce, le Pain voyageur café, mercredi.

Le Pain voyageur rouvre ses portes mercredi

Célébrant du même coup ses cinq ans d’activités, le Pain voyageur café rouvrira officiellement son comptoir de la rue King Est, mercredi matin. C’est un soupir de soulagement pour les propriétaires, qui ont vécu un début de pandémie anxiogène et fort loin de leur commerce, alors qu’ils se trouvaient au Maroc.

Après trois semaines de fermeture complète, suivies de l’apparition d’un service de livraison et de cueillette en magasin, le Pain voyageur café permettra à nouveau à ses clients de venir récupérer notamment des boîtes à lunch, du prêt-à-manger et du pain directement à son comptoir, avec ou sans réservation. Toutes les consignes de distanciation physique seront appliquées, assure Julie Grenier, copropriétaire de l’entreprise.

« Financièrement, on va mourir, si on ne rouvre pas, explique-t-elle. On sent que ça commence à reprendre tranquillement, et de notre côté, on perd déjà les revenus de nos autres secteurs d’activités, comme notre restaurant et notre Pain voyageur mobile, avec lequel on fait de l’événementiel. En ce moment, on ne peut pas ouvrir la salle à manger, et tous les festivals et événements sont annulés cet été. »

Les revenus liés à ces événements représentent habituellement près de 200 000 $ pour la saison, estime Mme Grenier. « Si ceux de l’automne peuvent au moins avoir lieu, ça va sauver les meubles », espère celle qui croit tout de même que son commerce survivra à la crise.

L’entrepreneure se considère cependant privilégiée : toute son équipe a immédiatement répondu « présente » pour retourner au travail. « De sentir que la gang était là, ça nous a énormément motivés. S’il y a bien un commentaire que j’entends quand les gens apprennent que je suis la propriétaire du Pain voyageur, c’est à quel point notre personnel est formidable », se réjouit-elle.

Connu comme commerce de proximité dans son quartier, le Pain voyageur pourrait également faire des heureux chez les travailleurs essentiels, avec cette réouverture.

« On est juste en face du Centre de réadaptation de l’Estrie et du Centre d’hébergement Saint-Vincent, fait remarquer Mme Grenier. On était la boîte à lunch de nombreux employés là-bas. Je pense qu’ils seront contents de pouvoir revenir. »

Puisque Mme Grenier et son conjoint, Stéphane Ouellette, étaient en voyage au Maroc avec leur fille lorsque la pandémie a éclaté, ceux-ci ont préféré ne pas laisser leurs employés avec le fardeau de tenir le commerce. Le 21 mars, ceux-ci ont finalement pu remettre les pieds en terre sherbrookoise, mais ont dû s’imposer une période d’isolement de 14 jours. Ce n’est qu’une fois leur confinement passé qu’ils ont pu se remettre au travail et dénicher de nouvelles façons de servir leurs clients.

Afin de célébrer les cinq ans du café et les 15 ans du Pain voyageur mobile, Mme Grenier cuisinera des petits gâteaux d’anniversaire afin de les offrir aux clients.

La livraison continuera également d’être offerte au-delà de 40 $ d’achat.

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Julie Grenier et Stéphane Ouellette rouvrent leur commerce, le Pain voyageur café, mercredi.

« La frousse de notre vie »

Julie Grenier, Stéphane Ouelette et leur fille se sont envolés pour le Maroc le 3 mars dernier. L’idée ne semblait pas si loufoque, à l’époque, explique Mme Grenier.

« Quand on est partis, ça se passait plutôt en Europe, on n’était pas tellement craintifs de partir, dit-elle. Mais là-bas, ça a changé vite. À un moment donné il y a eu une vingtaine de pays qui étaient coupés et qui ne pouvaient plus transiter par le Maroc, alors notre vol a été annulé alors qu’il nous restait quatre jours de voyage. »

Tout a rapidement déboulé ensuite. Après un court séjour dans un village à proximité de Casablanca afin d’échapper aux regards accusateurs — la maladie était alors associée aux touristes français, explique Mme Grenier — la famille est retournée dans la grande ville portuaire, où elle a loué un appartement à quelques minutes de l’aéroport.

« Un matin, Stéphane s’est réveillé et il m’a dit “ Julie ! Ils ferment tous les aéroports du pays aujourd’hui ! ” On a fait nos bagages, on est allés à l’aéroport, et il était en train de fermer, il n’y avait pas moyen de partir de là. »

Finalement, après quelques heures de recherche, le trio a déniché un vol de rapatriement vers Londres... à partir de Marrakech, à presque 250 km.

« Le vol était 3 h 30 plus tard, et nous avions 3 h pour nous y rendre. C’était la folie. On a pris un taxi, et le chauffeur devait avoir une autorisation pour se rendre à l’aéroport, il y avait des barrages routiers, de la police... on a eu la frousse de notre vie ! En plus, quand on a voulu réserver le billet, toutes nos cartes de crédit étaient bloquées, ils pensaient que c’était une fraude. On a dû appeler pour s’en faire prêter une... le bordel ! Quand on est arrivés chez nous, on était tellement heureux ! » se souvient celle qui aura certainement beaucoup à raconter à ses fidèles clients, mercredi matin lors de la réouverture du Pain voyageur café. Jasmine Rondeau