Le gouvernement fédéral s’intéresse à l’Hyperloop, ce moyen de transport futuriste imaginé par Elon Musk, au point de lancer une «étude préliminaire de faisabilité».

Le fédéral prend l’Hyperloop au sérieux

Le gouvernement fédéral s’intéresse sérieusement à l’Hyperloop, un moyen de transport futuriste qui permettrait de faire Québec-Montréal en 25 minutes.

Transports Canada a publié mercredi matin un appel d’offres pour retenir les services d’un consultant en transport dans le contexte d’une «étude préliminaire de faisabilité de l’Hyperloop au Canada». 

Cette étude montre que le gouvernement fédéral prend maintenant en considération ce «cinquième mode de transport» — après le train, l’avion, l’automobile et le bateau —, qui permet de propulser des passagers dans une capsule filant dans un tube sous vide jusqu’à 1200 km/h, presque à la vitesse du son.

Alors que le gouvernement Trudeau n’a pris aucun engagement financier dans son dernier budget pour le projet de train à grande fréquence (TGF) dans le corridor Québec-Montréal-Toronto, l’Hyperloop pourrait devenir une option inédite — et beaucoup plus rapide — pour relier les trois villes. 

Transports Canada précise qu’il cherche à savoir si le «concept d’Hyperloop peut être transformé en une technologie viable et sûre pour les passagers et les communautés que traversent les tubes». 

Le ministère se demande aussi si le coût de la technologie Hyperloop est «comparable, voire nettement inférieur» à celui des systèmes ferroviaires à grande vitesse conventionnels comme le train à grande vitesse (TGV) ou les trains ultrarapides à sustentation magnétique comme le Maglev. 

Nicolas Saunier, ingénieur et professeur au Département de génie civil à Polytechnique Montréal, a lu l’appel d’offres, mercredi, à la demande du Soleil. Selon lui, le gouvernement fédéral cherche à déterminer la place que l’Hyperloop pourrait prendre à côté des autres modes de transport. 

Transports Canada, analyse M. Saunier, tentera de vérifier les prétentions des nombreux entrepreneurs qui se sont lancés dans la course à l’Hyperloop depuis qu’Elon Musk, le pdg de Tesla et de SpaceX, a imaginé le concept et l’a présenté pour la première fois publiquement en juillet 2012. «C’est un fact-checking de tout ce qu’on entend actuellement à ce sujet-là», dit le professeur. 

Transport Canada cherche à savoir si le coût de la technologie Hyperloop est «comparable, voire nettement inférieur» à celui des systèmes ferroviaires à grande vitesse conventionnels.

Pour être dans le coup

Le «concept d’Hyperloop et l’évolution de la technologie sont très récents», rappelle Transports Canada. Il ajoute que les informations sur les détails techniques, le rendement, les exigences de sécurité, la qualité du transport des passagers et les coûts d’investissement et d’exploitation sont pour l’instant limités.

Nicolas Saunier souligne que des entreprises qui ont développé des prototypes d’Hyperloop ont déjà signé des partenariats dans d’autres pays pour tester la technologie. Le Canada «ne veut pas paraître à la traîne, estime M. Saunier. On veut nous aussi évaluer les opportunités.»

«Est-ce que, sachant qu’on n’a pas ici un système de train à grande vitesse, ce serait l’alternative, la bonne technologie pour le Canada?» demande-t-il.  

Transports Canada n’a pas été en mesure de répondre aux questions du Soleil, mercredi.  

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PAS DE LA SCIENCE-FICTION

TransPod étudie la faisabilité d’un corridor Hyperloop Québec-Montréal. Ci-dessus, l’intérieur d’un tube de métal utilisé par Hyperloop One dans le désert du Nevada.

Pour l’entreprise canadienne TransPod, une des trois jeunes pousses les plus avancées dans l’Hyperloop, l’intérêt du gouvernement fédéral pour ce moyen transport ultrarapide montre qu’il gagne en crédibilité. 

«On est passé de la phase science-fiction à la phase “Tiens, ça peut vraiment être faisable”», dit le président et cofondateur de l’entreprise, Sébastien Gendron. «Les gens se rendent compte qu’on utilise quand même beaucoup de technologies déjà existantes qui proviennent de l’aéronautique.»

TransPod, dont le siège social est à Toronto, étudie notamment la faisabilité d’un corridor Hyperloop Québec-Montréal et a commencé à travailler sur une feuille de route pour le gouvernement du Québec, indique M. Gendron. 

Le trajet Toronto-Montréal reste la priorité de l’entreprise. Mais elle pourrait d’abord déployer sa technologie dans un corridor plus simple comme Québec-Montréal ou Calgary-Edmonton. 

TransPod prévoit que sa technologie sera prête vers 2025 et envisage une première ligne vers 2030. 

L’entreprise a annoncé à la fin janvier le lancement d’une filiale en France et des collaborations avec de nouveaux partenaires, dont ArcelorMittal et EDF. Une piste d’essai de trois kilomètres doit être construite à Droux, près de Limoges, où l’entreprise va installer ses activités de recherche. 

Deux rivaux

Ses deux rivaux les plus avancés dans la course à l’Hyperloop sont deux entreprises américaines : Virgin Hyperloop One et Hyperloop Transportation Technologies (HTT). Virgin Hyperloop One dispose déjà d’une piste d’essai de 500 mètres dans le désert du Nevada, où l’entreprise teste un prototype. Lundi, la compagnie a annoncé que les Saoudiens pourraient voyager en Hyperloop dès l’an prochain, de Riyad à Jeddah. 

Le corridor Montréal-Toronto suscite aussi l’intérêt de Virgin Hyperloop One, selon La Presse. En juin, le quotidien rapportait que l’entreprise a même eu des discussions avec Investissement Québec pour implanter dans la province un centre de recherche et développement qui pourrait compter des centaines d’employés.

Pour sa part, HTT a annoncé le 26 février qu’elle venait de terminer l’assemblage de la première piste d’essai à taille réelle au monde de l’Hyperloop, à Toulouse, en France. 

En avril, l’entreprise y mettra à l’épreuve le Quintero One, une capsule de cinq tonnes et de 32 mètres de long pourrait un jour transporter des passagers dans l’Hyperloop.