Bitfarms rehaussera le mur construit en décembre pour couper le son de ses ventilateurs et construira un nouveau mur devant l’entrée d’air de son usine.
Bitfarms rehaussera le mur construit en décembre pour couper le son de ses ventilateurs et construira un nouveau mur devant l’entrée d’air de son usine.

Le bruit de Bitfarms devra être contrôlé avant le 19 mai

SHERBROOKE —  Bitfarms devra réaliser de nouveaux travaux à son centre de données de la rue de la Pointe, près de la plage Lucien-Blanchard, de manière contenir le bruit sur son terrain au plus tard le 19 mai. C’est du moins l’entente conclue avec la Ville de Sherbrooke, avant la pandémie, si bien que la date butoir sera vraisemblablement repoussée de façon réaliste pour permettre à l’entreprise de procéder.

La Ville de Sherbrooke a aussi annoncé, jeudi lors d’une séance d’information diffusée sur son site internet, qu’elle changera la réglementation municipale pour mieux encadrer l’implantation de centres de données et les nuisances qu’elles peuvent générer. 

Le dossier des bruits engendrés par Bitfarms s’étire depuis l’automne 2019. Des résidants de la rue Raimbault, entre autres, se plaignent de vrombissements constants. La Ville de Sherbrooke avait délivré un constat d’infraction à Bitfarms, qui a tenté de contenir les nuisances en érigeant un mur de conteneurs maritimes, en ajoutant des écrans à l’intérieur de son usine et en construisant un mur pour couvrir le mur de ventilateurs à l’extérieur de son bâtiment. Entre-temps, le ministère de l’Environnement a lancé sa propre enquête.

Le 4 février, la Ville a retiré le constat d’infraction et a conclu, quelques jours plus tard, une entente pour un moratoire de 90 jours pour la mise en place de solutions concrètes. Des procédures judiciaires pourraient être entreprises si Bitfarms n’arrive pas à contenir le bruit sur sa propriété. 

Marc Duchesne, directeur des communications de Bitfarms, rapporte que la plus récente étude sonore réalisée par une firme indépendante, Vinacoustik, démontre que le plus récent mur construit par l’entreprise permet de réduire les émissions sonores de 13 décibels. « La bonne nouvelle est que ce mur fonctionne et qu’il est performant. L’expert ingénieur nous suggère maintenant de rehausser le mur actuel pour couvrir l’ensemble des ventilateurs qui évacuent l’air du bâtiment. L’étape suivante sera d’épaissir le mur en ajoutant une couche de laine acoustique absorbante et une autre feuille d’acier galvanisé. »

L’ingénieur suggère également de réduire le son provenant des entrées d’air en construisant un autre mur acoustique devant les trappes d’aération.

À défaut d’avoir les permissions pour ériger ces nouveaux murs, en raison de la pandémie, Bitfarms travaille à toutes les étapes en amont pour lancer les travaux dès que le gouvernement le permettra. Marc Duchesne n’est pas en mesure de préciser la durée de ces travaux ni leur coût pour le moment.

Une étude de son à 360 degrés sera réalisée après la construction pour vérifier si de nouveaux ajustements sont nécessaires. 

« Ce n’est clairement pas dans les intentions de Bitfarms d’aller devant les tribunaux. »

L’idée de déplacer l’entrée des camions sur le site de l’entreprise et de construire un mur semblable à ceux que l’on trouve en bordure des autoroutes, évoquée dans les derniers mois, est pour le moment abandonnée. 

Révision réglementaire

Puisque le secteur des centres de données est en expansion, la Ville créera une nouvelle catégorie d’usage à son zonage pour l’encadrer. Le nouveau règlement précisera des conditions spécifiques pour l’implantation et l’exploitation de ce type d’entreprise. 

Yves Tremblay, directeur de la planification et de la gestion du territoire, a expliqué que la Ville procéderait en trois étapes, d’abord pour réduire de 37 à 2 le nombre de zones où les centres de données sont permis. Les centres existants disposeront d’un droit acquis. La Ville viendra ensuite abolir ces deux zones pour n’accorder que des usages conditionnels sur demande. Le conseil municipal aura ainsi son mot à dire en amont des implantations. Le nouveau règlement sera soumis à une consultation publique, en théorie du 17 au 23 juin, et pourrait entrer en vigueur le 19 septembre.

Le conseiller Marc Denault a pour sa part suggéré la mise en place d’un bureau spécial à la Ville qui se pencherait sur les implantations qui pourraient être nuisibles. Il souhaite aussi une meilleure communication avec les citoyens.

Paul Gingues, lui, ne souhaite jamais revivre ce genre de situation. 

Les citoyens avaient été invités à poser leurs questions par courriel, jeudi, et la Ville assure que tous recevront une réponse personnalisée.

En réponse à plusieurs questions, la directrice générale adjointe de la Ville, Marie-France Delage, a expliqué que la Ville n’aurait pas pu empêcher l’implantation de Bitfarms parce qu’elle respectait le zonage en vigueur. 

L’entreprise a pour sa part indiqué qu’il était impossible de cesser ses activités la nuit, comme le souhaiteraient certains citoyens.

La Ville a refusé de préciser une date réaliste pour le report de l’échéance imposée à Bitfarms.