Le centre de congrès de Sherbrooke est situé à l’hôtel Delta. Avant sa rénovation amorcée en 2018, la Ville de Sherbrooke avait amorcée une réflexion sur la pertinence de déménager le centre de congrès au centre-ville.

La Ville a songé à un centre de congrès au centre-ville

EXCLUSIF / Au moment de réfléchir à la revitalisation du centre-ville et à la vocation à donner, entre autres, à la rue Wellington Sud, la Ville de Sherbrooke a considéré la possibilité d’y bâtir un nouveau centre de congrès.

La Tribune a obtenu une étude commandée à Lemay stratégies en 2016, étude qui devait évaluer la possibilité de maximiser les retombées en tourisme d’affaires par l’implantation d’une nouvelle infrastructure pour les réunions et congrès au centre-ville.

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C’était avant que l’Hôtel Delta annonce une cure de rajeunissement de ses installations pour des investissements 10 M$, le printemps dernier. Le directeur général de Destination Sherbrooke, Denis Bernier, estime que la fenêtre d’opportunité pour un nouveau centre de congrès s’est refermée depuis que la Ville a obtenu les conclusions de cette étude, notamment en raison de l’orientation choisie pour le Quartier Well Sud et les rénovations annoncées au Delta.

L’étude, qui se voulait objective, suggérait quatre scénarios. Le scénario privilégié était la transformation du centre de congrès et de l’hôtel actuels en appartements et espaces à bureau pour ensuite construire un hôtel cinq étoiles et un centre de congrès de 40 000 pieds carrés. Les autres options consistaient au statu quo, à l’agrandissement du centre de congrès actuel, ou simplement à l’ajout d’un hôtel et d’un centre de congrès sans toucher aux équipements existants. 

Dans les conclusions de l’étude, on lit qu’il est évident « que le statu quo n’est pas la solution si Sherbrooke veut acquérir une position de destination d’affaires importante au Québec ». On y lit aussi que « malgré les rénovations du centre de congrès actuel, il nous apparait clair qu’à moyen et long termes, ce type d’équipement ne permettra pas à Sherbrooke de reprendre sa part de marché et encore moins de l’augmenter ». Le consultant avance que les pertes commerciales liées à la taille du centre des congrès pourraient être d’environ 1,6 M$ annuellement.

On relève du même coup que les marchés concurrents investissent massivement dans leurs infrastructures de réunions et de congrès, notamment Drummondville, Saint-Hyacinthe et Trois-Rivières.

En résumé, les besoins identifiés par la Ville de Sherbrooke étaient un établissement hôtelier cinq étoiles de 250 chambres et un centre de congrès de 40 000 pieds carrés. 

En 2016, un tel projet était évalué à 72,4 M$. À titre comparatif, la superficie du centre de congrès de l’hôtel Delta, selon l’étude, est d’environ 26 000 pieds carrés. 

À noter que le Centre de foires compte trois salles totalisant environ 60 000 pieds carrés.

« En se basant uniquement sur la capacité actuelle des salles à Sherbrooke, on remarque que la destination accueille peu d’événements de moyenne et grande taille. [...] On peut supposer que si Sherbrooke était mieux équipée pour les accueillir, la destination pourrait certainement aller chercher des parts de marché à ce niveau. »

L’étude précise enfin que le projet comporterait un très grand risque du point de vue commercial puisque la construction d’un nouvel hôtel entraînerait un bouleversement important dans l’industrie hôtelière de Sherbrooke. Des hôtels en fin de vie utile pourraient fermer.

La fenêtre s’est refermée

Denis Bernier précise que le sujet s’est imposé dans la foulée de la réflexion sur Well inc. « Nous avions été interpellés pour voir s’il y avait une possibilité d’améliorer nos infrastructures de tourisme d’affaires. Il y a trois ans, il y avait une fenêtre d’opportunité, mais nous n’aurions pas avancé là-dedans sans en parler à nos partenaires hôteliers, sans nous asseoir avec les gens du Delta. Nous étions dans l’analyse de la pertinence, donc encore loin de la faisabilité et de l’acceptabilité. Cette fenêtre, selon nous, s’est fermée. Selon moi, il est trop tard. »


«  Il est encore possible de développer quelque chose. Nous pensons que nous pouvons continuer d’être créatifs et innovants. »
Denis Bernier

Il n’y a donc aucune discussion en ce moment pour la construction d’un nouveau centre de congrès. « Le Delta a amorcé la rénovation de ses chambres. Il est clair que, ne serait-ce par respect, qu’il n’y a pas de discussions. »

M. Bernier précise qu’il ne pourrait pas y avoir deux centres de congrès à Sherbrooke, si bien que le seul scénario réaliste aurait été celui d’un déménagement orchestré avec la collaboration du Delta.

Le directeur de Destination Sherbrooke se montre par ailleurs moins alarmiste que les conclusions de Lemay stratégies. « Nos infrastructures sont adéquates. Ça dépend beaucoup des besoins des organisateurs de congrès et d’événements, mais le nombre de congrès est relativement stable à Sherbrooke. En termes d’avantages concurrentiels, il est encore possible de développer quelque chose. Nous pensons que nous pouvons continuer d’être créatifs et innovants. »

Si l’étude laisse croire que Sherbrooke pourrait perdre des clients avec le temps, Denis Bernier rétorque que la mise sur pied du Fonds d’aide aux congrès et événements fait déjà une différence pour attirer des congrès. « Il n’y a pas qu’en investissant dans les infrastructures qu’on peut faire une différence. »

L’agrandissement du Centre de foires pourrait-il être une autre solution? Un hôtel au plateau Saint-Joseph répondrait-il davantage aux besoins de clients potentiels? 

« Le plateau est loin du centre-ville. L’idée avec l’étude était de revitaliser le centre-ville. Nous n’avons pas de projets pour modifier nos infrastructures d’accueil en tourisme d’affaires. »