«Un gouvernement au bout du pouce, pour vous autres les citoyens du Québec, ça veut dire quoi?» questionne le ministre Éric Caire. Le 11 avril, il lancera une consultation en ligne d’une durée de deux semaines, qui sondera les Québécois sur leur ouverture à utiliser certaines technologies ou non.

La reconnaissance faciale pour transiger avec le gouvernement?

Accepteriez-vous d’entrer en communication avec le gouvernement du Québec à l’aide de vos empreintes digitales ou de la reconnaissance faciale? Le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale Éric Caire mesurera jusqu’où les citoyens sont prêts à aller dans l’utilisation de la technologie.

«Un gouvernement au bout du pouce, pour vous autres les citoyens du Québec, ça veut dire quoi?» questionne M. Caire en entrevue au Soleil. Le 11 avril, il lancera une consultation en ligne d’une durée de deux semaines, qui sondera les Québécois sur leur ouverture à utiliser certaines technologies ou non.

M. Caire donne l’exemple d’un citoyen qui pourrait utiliser son cellulaire pour demander à l’assistant personnel intelligent (Siri par exemple), de renouveler son permis de conduire auprès de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). La reconnaissance faciale pourrait permettre à la SAAQ d’identifier le citoyen et la transaction pourrait être conclue. 

«Quel est le degré de tolérance de nos citoyens? Parce que la technologie nous permettrait de faire ça. Mais est-ce que le citoyen veut ça? Est-ce que le citoyen pense que ça va trop loin? Ou pas assez loin?»

Les réponses obtenues lors de cette consultation guideront le ministre dans la rédaction de la Stratégie numérique du gouvernement, qui sera dévoilée à la fin mai. Chose certaine, M. Caire veut que les services gouvernementaux soient plus intuitifs et plus simples qu’à l’heure actuelle. «Du moment où tu entres en contact avec le gouvernement, il faut que tu sois à trois clics de ta solution», illustre-t-il. 

M. Caire assure qu’il sera toujours possible de parler à un être humain au téléphone. Mais encore là, il veut se servir de l’intelligence artificielle pour guider le citoyen qui peut se perdre à travers les différents services. Le ministre évoque l’idée de créer un numéro de téléphone unique pour tout le gouvernement, mais où le citoyen trouverait rapidement une réponse à sa question. «L’idée, c’est d’élaguer tous les obstacles administratifs qui font en sorte que tu zigonnes, que tu parles pas à la bonne personne.» 

Malgré les nombreux ratés, obstacles et dépassements de coûts qui ont miné les projets informatiques au gouvernement ces dernières années, M. Caire ne veut pas se laisser démonter. La solution réside selon lui dans la formation des cadres du gouvernement, afin qu’ils participent à la création de plates-formes informatiques efficaces, qui répondent aux réels besoins. 

Mobilité des données

Éric Caire a posé un premier jalon de la Stratégie numérique en déposant jeudi le projet de loi 14 favorisant la transformation numérique de l’administration gouvernementale. Une fois adoptée, cette loi forcera tout organisme ou ministère à communiquer les renseignements qu’elle possède sur les citoyens à un autre ministère, si un projet numérique d’envergure le commande. 

Par exemple, le projet Accès UniQc, qui est dans les cartons du gouvernement depuis plus d’un an, a besoin du projet de loi 14 pour aller de l’avant. Accès UniQc est une clé qui permettra aux citoyens d’utiliser un seul nom d’usager et un seul mot de passe pour accéder à tous les services gouvernementaux. Ce mot de passe pourra même être celui que le citoyen utilise déjà pour ses transactions bancaires. 

Accès UniQc vise à remplacer la plate-forme clicSÉQUR, qui se fait vieillissante. Même s’il ne sait pas encore combien coûtera Accès UniQc, M. Caire est confiant que cette plate-forme pourra être déployée d’ici un an. 

Pour le ministre, la «mobilité des données» entre les différents ministères est cruciale. La loi d’accès à l’information actuelle, qui a été adoptée il y a plusieurs décennies, ne permet pas cet échange. Le projet de loi 14 est une solution «à court terme», en attendant que la loi d’accès à l’information soit réformée. «On était dans un mode où chaque ministère et organisme gérait sa petite patente comme un coffre-fort, puis on a créé des dizaines et des dizaines de coffres-forts qui ne se parlent pas», illustre-t-il. 

Si la Commission d’accès à l’information avait au départ des craintes quant à la protection des données privées des citoyens, celles-ci ont été considérées dans le projet de loi. «On considère que le projet de loi prévoit des mesures visant à minimiser les risques d’atteinte à la vie privée», indique Isabelle Gosselin, porte-parole de la Commission.