D'après  le sondage de l’Institut de recherche sur les PME, l'Estrie est l'une des trois régions du Québec les plus touchées par le crise économique provoquée par la pandémie de la COVID-19.
D'après  le sondage de l’Institut de recherche sur les PME, l'Estrie est l'une des trois régions du Québec les plus touchées par le crise économique provoquée par la pandémie de la COVID-19.

La moitié des entreprises estriennes affectées par la crise

SHERBROOKE —  L’Estrie figure parmi les régions québécoises où l’impact de l’actuelle crise de la COVID-19 est ressenti le plus fort. C’est près d’une entreprise sur deux (49 %) qui souffre des effets de la pandémie.

À ce chapitre, l’Estrie occupe le troisième rang derrière les régions de Lanaudière et du Saguenay-Lac-Saint-Jean selon un récent sondage mené auprès d’entrepreneurs de partout au Québec par l’Institut de recherche sur les PME (INRPME), en collaboration avec la Fédération des Chambres de commerce du Québec (FCCQ).

D’après la vice-présidente exécutive et directrice générale à la Chambre de commerce de Sherbrooke, Louise Bourgault, le début de la pandémie et la proximité géographique expliquent le troisième rang de l’Estrie.

« Je pense que dès le début, il y a eu des licenciements, dit Mme Bourgault. Aussi, pour les entreprises manufacturières, quand l’importation n’arrive pas, la production est diminuée. Tu as moins de commandes et moins d’exportation, outre les entreprises essentielles. »

Ce sondage en ligne a permis d’obtenir le pouls de 1238 entreprises réparties dans chacune des régions au sujet des conséquences de la COVID-19 sur leurs affaires.

Mme Bourgault estime que le marché ne sera pas le même avant six mois. « La chaîne d’approvisionnement ne sera pas ouverte le premier juin. Ça va prendre un certain temps pour que ce soit comme c’était », pense la DG de la chambre de commerce. 

D’après elle, les entreprises ont réussi à s’adapter. « Il y a une tendance à l’ère numérique, analyse-t-elle. Les gens ont compris les mesures de sécurité. Ils ont compris que les gens doivent travailler à deux mètres. Éventuellement, beaucoup d’entreprises vont numériser certaines parties de la production. On a vu des restaurateurs qui se sont fait des sites transactionnels et des livraisons. Ils ont innové, c’est très intéressant. »

« L’Estrie et la Nouvelle-Angleterre se préparent à la relance. Ce vendredi on organise la Tournée manufacturière virtuelle pour parler de l’ère des transitions », résume Mme Bourgault.

Les résultats de ce sondage laissent perplexe l’économiste Frédéric Laurin, auteur de l’enquête, selon qui l’impact de la pandémie ne respecte aucun modèle économique habituel.

Certaines des régions les plus affectées par la crise économique provoquée par la crise sanitaire seraient, selon les données recueillies, l’Estrie, Lanaudière et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais il semble bien difficile d’expliquer ce constat.

« J’essayais d’expliquer le classement régional et ça ne respecte aucun modèle de développement économique que l’on connaît. Ce n’est pas l’éloignement de Montréal, ce n’est pas l’est contre l’ouest, ce n’est pas le secteur des ressources par rapport aux autres, ce n’est pas zone rurale contre zone urbaine. Il n’y a aucune logique », mentionne M. Laurin, auteur de l’enquête.

L’explication réside sans doute dans la composition sectorielle de chacune des économies régionales, croit le chercheur qui admet devoir creuser bien davantage pour valider cette hypothèse.

D’ailleurs, à l’opposé du spectre, le sondage laisse entendre que la grande région métropolitaine incluant Montréal et Laval serait la moins gravement affectée par la crise. Toutefois, un important problème méthodologique vient remettre ces résultats en question.

La représentation des répondants paraît fortement déséquilibrée avec 201 répondants dans le Bas-Saint-Laurent et 30 à Montréal, ou encore 128 répondants dans Lanaudière et seulement six à Laval. Ce à quoi le chercheur Frédéric Laurin répond que le portrait d’ensemble reste fiable.

« Globalement, c’est assez fiable. Là où c’est plus problématique, c’est au niveau régional. On était dépendant du nombre de répondants. Si on a au moins 70 à 100 répondants par région, on commence à avoir quelque chose d’un peu plus clair comme réponses », justifie-t-il.

Le sondage en ligne a été mené, du 5 au 19 mai, auprès des membres des chambres de commerce et du réseau de contacts de l’INRPME associé à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Catastrophe évitée?

S’il parvient difficilement à expliquer la répartition géographique de la crise économique, Frédéric Laurin convient que le tourisme et la culture en arrachent très sérieusement. Toutefois, le secteur manufacturier aurait réussi à éviter la catastrophe ce qui représente un signe encourageant pour une reprise économique.

« La situation est très grave, mais je m’attendais au pire! Je m’attendais à une situation catastrophique, souligne-t-il. Les gens comprennent que ce n’est pas une crise normale. C’est une crise avec un début et une fin. Dans une récession normale, on ne sait jamais quand elle va finir. »

Parmi les faits saillants du sondage, on note que 54 % des entreprises ont réduit leurs activités de moitié, voire plus. Le tiers des répondants ont dû mettre à pied plus de 75 % de leurs employés, mais 38,5 % des entreprises n’ont licencié personne ou presque.

La donnée la plus encourageante indique que près de 82 % des répondants n’ont aucune crainte, ou très peu, de faire faillite.

Le chercheur a discuté avec de nombreux entrepreneurs pour en tirer le constat que des entreprises manufacturières ont continué à produire et que des entreprises de services ont augmenté leur chiffre d’affaires, notamment dans les technologies de l’information.

Par ailleurs, lorsqu’on leur demande comment ils entrevoient les prochains mois, les gens d’affaires semblent légèrement plus pessimistes pour la conjoncture économique en général que pour leur propre entreprise, selon M. Laurin.

Une part de 45,1 % des répondants se dit optimiste pour l’avenir de leur entreprise contre une part de 31,2 % qui se dit pessimiste. La part de pessimistes grimpe à 47,4 % face à l’économie en général. Ce sentiment se traduit également par une réticence à investir.

L’économiste est lui-même plutôt positif affirmant que les choses « ne sont pas aussi pires qu’on le dit ».

« On compare toujours à une crise normale et ce n’est absolument pas une crise normale. Dans une crise normale, un taux de chômage à 7-8 % va aggraver davantage la situation tandis que maintenant les gens vont revenir au travail très rapidement », plaide l’expert de l’INRPME.

Frédéric Laurin va même plus loin en mettant en garde contre un « surpessimisme » qui pourrait s’avérer plus nuisible en affectant le moral des investisseurs et des consommateurs.